La Russie s'en prend au bouclier antimissiles

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Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a accusé hier à Varsovie les Etats-Unis de vouloir encercler la Russie. Il a réaffirmé l'opposition de Moscou à l'installation en Pologne d'éléments du bouclier antimissiles américain.

  12.09.2008, 16:27

«Il est impossible de ne pas voir les risques résultant de la présence de forces stratégiques américaines déployées aussi près de nos frontières», a déclaré Sergueï Lavrov lors d'une conférence de presse commune avec son homologue polonais Radoslaw Sikorski à Varsovie. La Pologne a accepté en août, en pleine crise géorgienne, d'accueillir à l'horizon 2012 une base américaine de dix intercepteurs capables de détruire en vol d'éventuels missiles balistiques à longue portée, et couplés à un puissant radar implanté en République tchèque.

Les Etats-Unis préparent «non seulement une troisième, mais aussi une quatrième et cinquième zone de stationnement (d'éléments du bouclier) et pas seulement à proximité des frontières européennes» de la Russie, a ajouté le ministre russe. «Nous sommes ouverts à des négociations sérieuses. Si les Etats-Unis et la Pologne sont d'accord pour garantir que la base antimissiles n'est pas dirigée contre la Russie, nous sommes prêts à étudier des propositions concrètes», a-t-il dit. Selon Washington, le bouclier antimissile a pour objectif de parer à une éventuelle menace venant de pays comme l'Iran. Une affirmation à laquelle Sergueï Lavrov ne croit pas. «Tout expert objectif comprend que les missiles d'Iran ne constituent aucune menace pour l'Europe, et encore moins pour les Etats-Unis», dit-il. «Une simple analyse militaire prouve qu'une base européenne pour la défense globale antimissiles des Etats-Unis n'a pas, et n'aura pas pour de longues années, d'autres cibles que les missiles russes», a-t-il ajouté.

Evoquant ses entretiens avec les candidats à la présidence des Etats-Unis, Radoslaw Sikorski a de son côté déclaré devant la presse espérer «que les craintes russes (...) vont disparaître avec le temps». Le ministre russe des Affaires étrangères est par ailleurs revenu sur le conflit russo-géorgien. Il a exhorté les puissances occidentales à accepter «les nouvelles réalités» du Caucase en reconnaissant comme Moscou l'indépendance des régions séparatistes géorgiennes d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie.

«Avec son agression contre l'Ossétie du Sud, la Géorgie a renoncé à son intégrité territoriale. Nous invitons nos partenaires à suivre l'exemple russe et à reconnaître les nouvelles réalités», a-t-il déclaré.

Par ailleurs, le président russe Dmitri Medvedev a déclaré hier au Kremlin que la modernisation de l'armement était devenue une «haute priorité» de la Russie. Parmi les raisons qui poussent à cette réforme figure notamment la menace géorgienne, a-t-il dit. «Cela devient un objectif que je viens de fixer au rang de haute priorité de l'Etat», a-t-il ajouté.

Le président russe avait accusé samedi les Etats-Unis de «réarmer» la Géorgie sous couvert d'assistance humanitaire. «La Russie est un Etat avec lequel il faut compter à partir de maintenant», avait ajouté Medvedev. «Le monde a changé après le 8 août de cette année», avait-t-il poursuivi en allusion au début du conflit entre Moscou et Tbilissi dans le territoire séparatiste géorgien pro-russe d'Ossétie du Sud. /ats-afp-reuters

Moscou s'affirme

Commentaire par Jacques Girard

La Russie, décidément, ne digère pas l'installation en Pologne et en République tchèque d'un bouclier antimissiles américain. On pourrait certes évoquer à ce propos l'héritage historique de l'empire tsariste ou une nostalgie de l'impérialisme de l'ancienne Union soviétique, mais cette vision quelque peu réductrice n'expliquerait pas tout, et de loin.

Les Etats-Unis disposent ainsi déjà de bases militaires en Géorgie, aux portes de la Russie, et d'installations plus ou moins secrètes dans un grand nombre d'Etats du Caucase et de la Caspienne. Dans cet ordre d'idées, on imagine mal quelle aurait été la réaction de Washington si la Russie avait implanté des postes de surveillance ou des unités armées au Venezuela par exemple. Ceci alors que les Etats-Unis interviennent constamment, depuis des décennies, dans bon nombre de pays d'Amérique centrale et du sud. L'objectif de répandre la démocratie dans le monde est certes fort louable, mais il ne parvient pas, en l'occurrence, à cacher les motivations économiques et géostratégiques, qui guident les protagonistes de ce conflit de portée planétaire. Car l'enjeu de toutes ces tensions, c'est d'abord le contrôle des zones de production du pétrole – dans une région qui en regorge – et de ses voies d'acheminement.


Le vrai danger de cette situation, c'est que cette pression américaine ravive d'autant l'intention des Russes d'investir massivement dans le renouvellement de leurs armements. Et les moyens, cette fois, ne leur manquent pas puisque la flambée des prix du pétrole a rempli les caisses du Kremlin. Faute de parvenir à un véritable partenariat avec la Russie, faute de ne pas vouloir comprendre qu'elle entend à nouveau jouer un rôle sur la scène internationale, il y a donc un risque bien réel de voir renaître une guerre froide nouvelle manière, si elle n'est pas déjà réalité.

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