03.08.2015, 09:16

La gauche est majoritaire au Sénat

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Par paris, guillaume Perrault - Le Figaro

C'est un Séisme à sept mois de la présidentielle. Pour la première fois depuis l'après-guerre, le PS et ses alliés ont obtenu hier la majorité absolue au Sénat, jusqu'alors un bastion de la droite et du centre. Une défaite et un avertissement sérieux pour Nicolas Sarkozy et pour le gouvernement.

«Nicolas Sarkozy sera le président de la République de droite qui aura perdu la majorité au Sénat!», s'est réjoui François Hollande, candidat à la primaire socialiste. Hier soir, le PS et ses alliés avaient conquis les 24 sièges qui lui manquaient pour obtenir la majorité absolue au Sénat, avant même que les résultats de la Martinique et de la Guadeloupe ne soient connus. «Pour la première fois dans l'histoire de la Ve République, le Sénat va connaître l'alternance», a souligné Jean-Pierre Bel, président du groupe PS au Palais du Luxembourg qui devrait être le candidat de la gauche au Plateau, la présidence du Sénat.

«La poussée de l'opposition est réelle et plus ample que je ne l'avais estimée», a concédé le président sortant du Sénat, l'UMP Gérard Larcher. La gauche a d'ailleurs gagné un siège dans son propre département, les Yvelines. À mots couverts, Gérard Larcher a imputé à Nicolas Sarkozy une part de responsabilité dans l'ampleur de la poussée de la gauche. «Il nous faut expliquer mieux la situation de la France et celle de l'Europe, a déclaré le président du Sénat. Surtout, il nous faut veiller à ce que ces efforts soient justement répartis.» À l'Élysée, on explique au contraire la victoire de la gauche par «ses succès répétés aux élections locales». Le PS et ses alliés ont, en effet, gagné les municipales de 2008. Or, les délégués des conseils municipaux représentent 95% du corps électoral sénatorial. Il reste que la politique du gouvernement à l'égard des collectivités locales a joué son rôle dans le verdict des urnes. La réforme territoriale et la refonte de la carte des communautés d'agglomérations ont suscité un vif mécontentement chez une partie des grands électeurs sans étiquette partisane, qui représentent 40% à 50% du corps électoral. La multiplication des candidats dissidents à droite dans les grands départements a aussi contribué à cette défaite pour la majorité.

La gauche a emporté des succès jusque dans les bastions de droite. En Lozère, Jacques Blanc, ancien président du conseil régional de Languedoc-Roussillon, a perdu l'unique siège de sénateur du département au profit du PS. Isabelle Balkany, intime du chef de l'État, a été battue dans les Hauts-de-Seine, département dont Nicolas Sarkozy a présidé le conseil général jusqu'à son élection à l'Élysée. Dans le Loir-et-Cher, terre centriste, Maurice Leroy, ministre de la Ville et président du conseil général (Nouveau Centre), a connu une rude défaite alors que sa rivale, Jacqueline Gourault, sénatrice centriste et fidèle de François Bayrou, a été réélue dès le premier tour. La poussée de la gauche n'est pas limitée à l'Hexagone. Le PS a conquis le siège de sénateur de Saint-Pierre-et-Miquelon et un siège des sénateurs des Français de l'étranger au détriment de l'UMP.

«Troisième tour»

Reste le «troisième tour»: l'élection du président du Sénat, qui aura lieu samedi. Si l'on fait confiance à l'arithmétique, le candidat socialiste devrait l'emporter. Mais Gérard Larcher veut croire qu'il peut créer la surprise et conserver la présidence de cette assemblée où les amitiés individuelles et les tractations de couloir jouent leur rôle. François Fillon lui a apporté hier son soutien. «Ce soir, la bataille commence», a déclaré le premier ministre.

Le Sénat, mode d'emploi

Comment sont élus les sénateurs

Les sénateurs, qui représentent les collectivités locales, sont élus au suffrage universel indirect. Le collège électoral est composé de 150 000 grands électeurs. Les Français vivant à l'étranger sont représentés par 12 sénateurs, eux-mêmes désignés par les 155 élus de l'Assemblée des Français de l'étranger. Dans les départements peu peuplés, qui désignent un à trois sénateurs (Lozère, Manche, Loir-et-Cher…), le scrutin majoritaire à deux tours est en vigueur. Dans les départements urbains et très peuplés (Loire-Atlantique, Isère…), qui désignent au moins quatre sénateurs, l'élection se déroule à la proportionnelle.

Les départements concernés

Pour la première fois, c'est près de la moitié des sénateurs – et non le tiers, comme lors des précédents scrutins – qui ont été renouvelés. Cent septante sièges étaient à pourvoir. Le scrutin concernait les départements classés par ordre alphabétique entre l'Indre-et-Loire et les Pyrénées-Orientales, ainsi que tous les départements de la région parisienne Les grands électeurs se sont rendus aussi aux urnes dans six départements et territoires d'outre-mer. Les Français de l'étranger, enfin, renouvelaient six de leurs douze sénateurs.

Une chance pour La Gauche

Le PS et ses alliés – radicaux de gauche, écologistes et communistes – avaient de réelles chances de devenir majoritaires au Palais du Luxembourg, pour la première fois depuis l'après-guerre. Le PS, les communistes, les écolos et les divers gauche avaient besoin d'un gain de 23 sièges pour devenir majoritaires à la Haute Assemblée. Une telle poussée est la consécration des succès répétés de la gauche aux élections locales, en particulier lors des municipales de 2008. L'issue du scrutin restait cependant imprévisible. Entre 40 et 50% des grands électeurs n'ont pas d'étiquette politique.

L'enjeu pour l'UMP

L'UMP espérait «limiter la casse» et conserver la majorité avec le concours de ses alliés centristes, de quelques radicaux valoisiens et d'élus d'outre-mer. Beaucoup à droite escomptaient une majorité très étroite, voire une assemblée sans majorité claire. Beaucoup dépendrait alors des deux groupes charnières que compte actuellement le Sénat: l'Union centriste et le Rassemblement démocratique, social et européen (RDSE), qui réunit quelques divers droite et des divers gauche. Ces groupes charnières joueront un rôle plus important encore à l'avenir si aucune majorité claire ne se dégageait des urnes.

Le président du Sénat

Le président du Sénat est le deuxième personnage de l'État dans l'ordre protocolaire et président de la République par intérim en cas de décès ou de démission du chef de l'État. Son élection interviendra le samedi 1er octobre. Gérard Larcher (UMP, Yvelines), président de la Haute Assemblée depuis 2008, espèrait sauver son fauteuil et Jean-Pierre Bel (Ariège), président du groupe socialiste au Sénat, rêvait de le lui arracher. Dans l'hypothèse d'une Assemblée sans majorité claire, d'intenses tractations de couloir sont à prévoir pendant les six jours qui séparent les élections sénatoriales et l'élection du président de la Haute Assemblée.

GUILLAUME PERRAULT - LA FIGARO

En attendant 2012

Une gauche majoritaire à la Haute Assemblée représenterait une défaite sérieuse pour Nicolas Sarkozy. Les élections sénatoriales sont le dernier rendez-vous électoral avant la présidentielle de 2012 qui sera suivie des législatives.

Avec une victoire de la gauche au Palais du Luxembourg, le Sénat serait un relais précieux pour le PS et ses alliés lors des campagnes électorales du printemps prochain. Pour autant, la conquête du Sénat par la gauche n'augure pas nécessairement une victoire à l'élection présidentielle.

Les Français recherchent souvent une forme de cohabitation institutionnelle. Sous la Ve République, de Gaulle et Mitterrand ont dû gouverner avec un Sénat dans l'opposition. Et l'hostilité de la Haute Assemblée n'a pas empêché l'un et l'autre d'être réélu président. / GPE

Nouvelle claque pour Sarkozy

COMMENTAIRE
NICOLAS WILLEMIN


La défaite de la droite au Sénat est historique à plus d'un titre. C'est en effet la première fois depuis 1945 que la gauche se retrouve majoritaire au Palais du Luxembourg (qui abrite la Haute Assemblée). Et même si le Sénat a souvent été la cible d'attaques virulentes (en 1969, de Gaulle voulait même le transformer en simple organe consultatif), il a toujours un rôle non négligeable dans la fonctionnement des institutions françaises. Surtout quand sa majorité est d'un bord différent de celui de l'exécutif et de l'Assemblée nationale. François Mitterrand et la gauche au pouvoir dans les années 80 et 90 s'en souviennent fort bien. L'opposition des sénateurs n'est pas toujours facile à contourner même si, institutionnellement, l'Assemblée nationale a le dernier mot.

Nicolas Sarkozy aura donc réussi, en cinq ans, à perdre toutes les élections qui ont ponctué son mandat. Il permet ainsi à la gauche. à moins de huit mois de l'élection présidentielle, de s'offrir une victoire symbolique sur laquelle elle ne manquera pas de surfer. D'ici le 22 avril (1er tour) et le 6 mai 2012 (2e tour), le président français n'a plus beaucoup de temps pour renverser la tendance. La prochaine campagne électorale risque fort d'être très serrée.


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