19.03.2011, 10:52

La coalition fourbit ses armes pour une intervention en Libye

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La coalition pour intervenir militairement en Libye commençait à prendre forme hier, toutefois aucune action n'avait encore été engagée. Pendant ce temps à Tripoli, le gouvernement de Mouammar Kadhafi a annoncé unilatéralement un cessez-le-feu immédiat. Mais sur le terrain, les combats se poursuivaient.

La Libye entend se conformer à la résolution 1973, prise jeudi soir par le Conseil de sécurité des Nations unies, a déclaré le ministre libyen des Affaires étrangères Moussa Koussa. La résolution autorise une éventuelle intervention militaire étrangère pour protéger les civils menacés par les combats entre les forces fidèles à Mouammar Kadhafi et l'insurrection.

Les autorités libyennes sont «prêtes à un dialogue», a ajouté le chef de la diplomatie libyenne. La France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis ont accueilli avec scepticisme cette initiative, en contradiction totale avec les menaces proférées jeudi soir contre les insurgés par Mouammar Kadhafi.

Sur place, les insurgés ont fait savoir en fin de journée que les forces de Kadhafi attaquaient toujours. Khaled al-Sayeh, membre du Conseil militaire de l'insurrection, a fait état de «bombardements soutenus» sur trois villes encore partiellement aux mains de l'insurrection.

La France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis fourbissaient hier une stratégie d'intervention. Laquelle pourrait bien se faire attendre encore. Selon le chef de la diplomatie française Alain Juppé, «la réunion de samedi sera décisive». Un sommet Union européenne-Union Africaine-Ligue arabe sur la Libye se tiendra alors au palais de l'Elysée, en présence du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon.

L'intervention militaire consisterait notamment à clouer au sol l'aviation libyenne, détruire ses systèmes de défense anti-aérienne, couper les communications des forces de Kadhafi et entraver leurs déplacements. Les rebelles libyens ont déclaré hier être en train de se coordonner avec les Occidentaux sur les cibles à viser pour les frappes aériennes.

La participation des Français, des Britanniques et des Américains est à prévoir dès le début. L'Otan, toujours en retrait, semble appelée à jouer un rôle d'appoint. Paris a d'ailleurs répété hier qu'elle ne souhaitait pas de l'implication de l'Alliance atlantique.

D'autres pays de l'Otan - le Canada, l'Espagne, la Norvège, le Danemark et la Belgique - ont à titre individuel fait part de leur intention de se joindre à la coalition. L'Allemagne, quant à elle, refuse d'y participer et s'est abstenue jeudi lors du vote de la résolution. /afp-reuter

Ultimatum d'Obama à Kadhafi

Le président américain Barack Obama a menacé hier le colonel Mouammar Kadhafi d'une opération militaire s'il n'obtempère pas à la résolution de l'ONU. Il a toutefois exclu une intervention terrestre en Libye. «Nous avons toutes les raisons de penser que, sans contrôle, Kadhafi pourrait commettre des exactions contre son peuple. Des milliers de personnes pourraient mourir. Une crise humanitaire s'ensuivrait», a déclaré le président américain dans une allocution à la Maison Blanche. Barack Obama n'a pas précisé l'ampleur de l'intervention américaine. Les «termes (de la résolution) ne sont pas sujets à négociation. Si Kadhafi ne s'y plie pas, la communauté internationale agira en conséquence. La résolution sera renforcée par une action militaire», a dit Barack Obama, qui a précisé qu'Hillary Clinton serait au sommet international sur la Libye à Paris aujourd'hui, sommet convoqué par la France, et qui devrait être décisif pour le déclenchement ou non de frappes aériennes. /afp-reuters

De l'ambiguïté des zones d'exclusion aérienne

On ne sait pas encore si la résolution 1973 adoptée hier par le Conseil de sécurité de l'ONU sonne le glas du régime Kadhafi. Ce qui est sûr, c'est que les mesures autorisées vont dans cette direction. Appel à des frappes aériennes, sur la base du chapitre 7 de la charte onusienne autorisant l'usage de la force. Gel des avoirs du clan Kadhafi un peu partout dans le monde. Mais en premier lieu, établissement d'une zone d'exclusion aérienne, soit le pilonnage de la défense anti-aérienne libyenne et l'attaque de tout avion qui tenterait de décoller.

En matière de «no-fly zone», comme l'appelle le jargon militaire, les Occidentaux n'en sont pas à leur coup d'essai, mais jusqu'à présent, on ne peut pas dire que ce genre de stratégie ait été très concluant. Voyez le triste exemple de la guerre du Golfe. En janvier-février 1991, pour protéger les populations kurde et chiite gazées de manière atroce par Saddam Hussein, une zone d'exclusion est imposée au nord et au sud de l'Irak pendant plusieurs années.

Hélas, elle se révélera d'une inutilité tragique. Non seulement parce qu'elle n'empêchera pas le massacre de civils par la Garde républicaine du régime, mais aussi parce que l'aviation irakienne violera allègrement l'interdiction dès 1998.

Si l'exclusion aérienne sur la Libye est partielle - elle ne concerne pas les vols dont l'unique objectif est humanitaire», selon la résolution onusienne - elle ne sera efficace qu'à condition de moyens très importants. Il faudra en effet que plusieurs avions de chasse survolent simultanément la zone et ce, de nuit comme de jour. En 1992, six escadrons de cinq avions de chasse prêts à frapper avaient ainsi survolé la Bosnie pendant quasi trois mois. «Last but not least», tout le territoire libyen, soit 1,7 million de kilomètres carrés, doit pouvoir être surveillé. L'installation de radars au sol étant exclue, les Occidentaux devront recourir à des avions Awacs, spécialisés dans la surveillance de longue portée. Une fois de plus, les capacités militaires américaines seront décisives dans l'issue d'une offensive militaire: les Etats-Unis possèdent en effet trente-quatre Awacs, alors que la Grande-Bretagne n'en a que sept et la France quatre.

Bien organisée et couplée à des interventions militaires directes, cette zone d'exclusion aérienne pourrait donc être fatale au régime. Peut-être alors sera-t-il possible de sauver les militants du rouleau compresseur Kadhafi. In extremis. / Aline Jaccottet

Un virtuose de la manipulation

ÉDITORIAL - JACQUES GIRARD

La décision du Conseil de sécurité d'autoriser le recours aux frappes aériennes contre la Libye aura au moins eu pour effet premier de pousser Kadhafi à se plier au cessez-le-feu exigé par l'ONU. Pour des insurgés en pleine déroute, cette trêve représente une chance de stabiliser les fronts, en conservant notamment le contrôle de Benghazi, leur fief, et de se réorganiser.

Mais - les Suisses en savent quelque chose - miser sur la parole de Kadhafi, c'est bâtir sur des sables mouvants. Ainsi celui-ci a-t-il invoqué des raisons «humanitaires» pour expliquer son ralliement au cessez-le-feu, alors même qu'il menaçait la veille de ne faire preuve d'aucune miséricorde envers les insurgés, ce qui correspond mieux à ses mœurs habituelles.

Il y a une habileté certaine de la part du dictateur de Tripoli, virtuose de la désinformation et de la manipulation, d'obtempérer si rapidement à la résolution de l'ONU. L'Armée de l'air libyenne ne dispose en effet que d'une vingtaine de chasseurs russes opérationnels, elle n'aurait eu aucune chance face à l'armada d'appareils sophistiqués et de missiles dont disposent les forces occidentales. Du coup, Kadhafi a immédiatement mis à profit, hier, les heures qui précèdent la mise en place d'une zone d'exclusion aérienne pour poursuivre son offensive, assortie de sanglantes représailles.

Kadhafi, de plus, sait pertinemment que les pays impliqués dans cette intervention, déjà englués en Irak et en Afghanistan, veulent éviter à tout prix un engagement terrestre. Et, même si des raids aériens venaient à être menés, ils ne sauraient assurer à eux seuls la sécurité des rebelles. Les appareils alliés devront procéder à des frappes extrêmement précises, de peur de toucher des populations civiles dans lesquelles les forces de Kadhafi vont se fondre.

Le leader libyen mise visiblement sur un enlisement pour miner la détermination d'une communauté internationale divisée. Kadhafi a toujours su jouer avec le temps, mais, cette fois, tout concourt à montrer qu'il pourrait lui être compté.


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