03.08.2015, 08:57

Fatigués des guerres lointaines

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Par washington, laure mandeville - le figaro

Alors que la campagne militaire afghane dure depuis bientôt dix ans, et celle d'Irak depuis huit ans, les Américains sont fatigués des guerres lointaines où tombent leurs soldats. Selon un sondage du très sérieux Pew Center, ils sont aujourd'hui 56% à souhaiter le retour des boys d'Afghanistan, une augmentation de 16 points en un an. Un chiffre qui aura sans doute pesé lourd dans la décision que Barack Obama devait annoncer hier soir, de l'ampleur du retrait prévu pour 2012.

Est-ce le nombre de morts (plus de 1600), les blessures morales et physiques des soldats qui rentrent du front, le coût de la guerre, le sentiment que l'Amérique ne peut plus se permettre d'être le gendarme du monde alors que son économie est à reconstruire? On observe en tout cas un réflexe très net de repli. «L'idée que nous construisions des ponts à Bagdad et à Kandahar mais pas à Baltimore et à Kansas City est incompréhensible», a averti il y a quelques jours le maire de Los Angeles, Antonio Villaraigosa, qui vient d'être élu à la tête de la conférence des maires américains. «Barack Obama, ne laisse pas les guerres être ton Waterloo», lui faisait écho hier dans «USA Today» l'éditorialiste DeWayne Wickham.

112 milliards de dollars cette année pour Kaboul

L'élimination d'Oussama Ben Laden donne des arguments supplémentaires à ceux qui estiment qu'il ne faut pas s'éterniser en Afghanistan, maintenant que le principal ennemi de l'Amérique est mort. Le nombre des sondés favorables au retrait a d'ailleurs fait un bond de huit points depuis le raid d'Abbottabad, au Pakistan.

Mais on constate dans le même sondage que les Américains ne remettent pas en cause le fait d'avoir utilisé la force en Afghanistan. Ils sont toujours une large majorité à penser que l'intervention était justifiée, un résultat qui contredit l'hypothèse d'un mouvement pacifiste antiguerre semblable à celui qui avait mis fin à la guerre du Vietnam. De ce point de vue, la thèse de l'analyste Robert Kagan selon laquelle l'Amérique est la fille de Mars (alors que l'Europe serait celle de Vénus) reste valide. Mais après dix ans de guerre afghane, l'opinion doute qu'il soit possible de «faire la différence» sur ce terrain politique et militaire mouvant, où tant d'armées et d'empires se sont cassé les dents. Quelque 56% des Américains pensent ainsi qu'il est très peu probable qu'un gouvernement afghan stable puisse survivre après le départ des troupes américaines.

Le phénomène est loin d'être cantonné à un camp politique. Si les démocrates sont plus nombreux à réclamer un retrait rapide (les deux tiers, contre 43% il y a un an), l'isolationnisme croît dans les rangs des républicains, traditionnellement plus interventionnistes: 43% d'entre eux veulent rapatrier les troupes. Ils n'étaient que 31% à le réclamer l'année dernière.

L'influence du mouvement conservateur Tea Party, focalisé sur les questions d'impôts et de dette publique, semble avoir été de ce point de vue décisive: le nombre de sympathisants Tea Party favorables au retrait a été multiplié par deux en un an. Quelque 112 milliards de dollars ont été dépensés cette année pour la campagne afghane.


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