03.08.2015, 09:22

Deux heures et demie de face-à-face

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Par LAURENCE DE CHARETTE - LE FIGARO

Au cours de deux heures et demie de confrontation, le regard de Dominique Strauss-Kahn et de son accusatrice ne se sont pas croisés. Les policiers de la BRDP (brigade de répression de la délinquance aux personnes) avaient soigneusement étudié le dispositif et le canevas de cet interrogatoire hors norme.

Tristane Banon, que les enquêteurs sont venus chercher à son domicile pour éviter la foule de photographes, s'est installée au dixième étage des locaux parisiens de la rue du Château-des-Rentiers, un bon moment avant l'homme qu'elle accuse de tentative de viol. A 9h30, DSK a, à son tour, pris place dans le bureau des policiers, à la droite de la jeune femme, mais sans échange de salutations. Entre les deux protagonistes se tient l'un des policiers mobilisés pour cette confrontation, afin d'éviter les échanges directs entre les deux personnages. En face de Tristane Banon, l'enquêtrice qui avait recueilli sa déposition en juin dernier. Autour d'eux, la directrice de la BRDP et la haute hiérarchie policière.

Malgré les souhaits de la jeune femme, DSK ne lui aura pas dit «dans les yeux»: «Vous avez menti.» Il ne s'est pas excusé non plus. «Pourquoi l'aurait-il fait?», s'étonne un de ses conseils.

Après ce long face-à-face, Dominique Strauss-Kahn et Tristane Banon sont sortis des locaux de la BRDP sans qu'aucun des protagonistes n'ait varié dans ses déclarations. «Chacun est resté sur ses positions», a expliqué Henri Leclerc, avocat de DSK. «C'est tout à fait exact, Tristane Banon continue de dire la vérité et lui de mentir», a ironisé David Koubbi, défenseur de la jeune femme.

Explications divergentes

Au cours de la matinée, les enquêteurs ont retracé le déroulé du rendez-vous litigieux, de façon chronologique, en reprenant les points contradictoires des déclarations de l'un et de l'autre. Dans sa déposition du 12 septembre dernier, DSK a ainsi assuré que l'entretien se serait bien déroulé au départ, au cours de la première demi-heure environ. Ce n'est qu'ensuite qu'il a tenté de l'embrasser, selon sa version, ayant cru sentir une «ouverture» de sa part, mais sans exercer aucune violence. «Ma cliente a été très surprise d'apprendre qu'il a déclaré s'être senti encouragé par des regards et des sourires de sa part», explique David Koubbi.

Après cette tentative infructueuse, DSK a réaffirmé hier qu'il n'avait pas exercé la moindre insistance et que Tristane Banon serait simplement repartie, fâchée. L'ancien directeur du FMI n'a pas gardé souvenir d'avoir envoyé des textos à la jeune femme après son départ - des messages disant «Je vous fais peur?», a répété Tristane Banon aux policiers hier.

Si la jeune écrivaine et l'ancien ministre s'accordent sur la date et le lieu du rendez-vous, leurs explications divergent profondément sur tout le reste. DSK a expliqué aux policiers qu'il habitait occasionnellement dans l'appartement dans lequel il avait donné rendez-vous à la jeune femme, pour des raisons de commodité, n'étant pas à l'Assemblée ce jour-là.

Tristane Banon a, elle, déclaré aux policiers qu'elle n'avait pas aperçu d'objets personnels autres que des cassettes dans cet appartement, qu'elle a souvent décrit comme «vide» et que, par ailleurs, son hôte ne savait pas faire fonctionner la machine à café. L'ancien directeur du FMI et son accusatrice se sont aussi opposés sur la date de leur première rencontre, DSK estimant avoir croisé la jeune femme pour la première fois alors qu'elle accompagnait sa mère au Conseil général. Tristane Banon a nié cette version, relatant, elle, une interview de l'ancien ministre réalisée en 2000 en compagnie d'un autre journaliste.

Les deux protagonistes se sont accrochés hier lorsque la jeune femme a demandé à DSK - toujours via les enquêteurs, car la règle de la confrontation interdit les questions directes entre les opposants - pourquoi il ne l'a jamais attaquée en diffamation. «Mme Banon est mal placée pour juger du bon délai pour porter plainte», aurait répliqué DSK, selon un proche du dossier, qui décrit un homme «froid, presque arrogant, le même homme qu'au «20 heures» de Claire Chazal». Pour sa défense, l'ancien directeur du FMI n'a pas pris appui cette fois sur le rapport de Cyrus Vance, mais sur le chapitre - qui n'est finalement pas paru - rédigé par l'écrivaine à la suite de son entretien avec lui, chapitre dans lequel elle ne fait pas état d'une tentative de viol.

Une fois les PV relus, l'homme politique, venu avec sa voiture personnelle, a décidé de repartir par la porte de devant, souriant aux photographes. Tristane Banon a été discrètement raccompagnée par des policiers. Les enquêteurs devraient transmettre le dossier avant la fin de la semaine au parquet de Paris qui devrait prendre une décision rapide sur l'issue de l'affaire.


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