03.08.2015, 09:02

Dette toujours dans l'impasse

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On pouvait difficilement imaginer pire nouvelle, alors que l'impasse continue à Washington sur la question cruciale du relèvement du plafond de la dette publique, au plus tard mardi.

Les chiffres publiés hier par le département du Commerce sont affligeants. La croissance aux États-Unis au deuxième trimestre n'a été que de 1,3% en rythme annuel. La performance est décevante, car les experts anticipaient près de 2%. A moins d'une croissance de 2,5%, le chômage remonte. Le plus alarmant est la chute à 0,1% du rythme de la consommation, composante qui représente près des deux tiers de l'économie.

Pour ne rien arranger, les estimations des trimestres précédents ont été révisées en forte baisse. De janvier à mars, l'expansion n'a été que de 0,4%. Avant même les perturbations dans l'approvisionnement des usines américaines liées au tsunami japonais de mars, la conjoncture fléchissait donc dangereusement. Les autres révisions sont défavorables, au point de faire passer de 4,1% à 5,1% la contraction de l'économie américaine de 2007 à 2009.

L'impuissance de la Fed

Les chiffres du deuxième trimestre ne sont qu'une première estimation. Ils seront affinés plusieurs fois - en mieux ou en pire. Mais il s'en dégage une image inquiétante de l'économie, malgré la politique budgétaire de relance de la Maison-Blanche, et en dépit des mesures exceptionnelles de soutien au crédit mises en place par la Réserve fédérale.

De fait, la Fed semble impuissante à faire davantage pour soutenir l'activité. D'une part, parce que ses taux directeurs sont déjà à zéro depuis décembre 2008. D'autre part, parce qu'avec un taux d'inflation de plus 3%, il serait risqué pour elle - et mal vu par le marché - de reprendre ses achats d'obligations à long terme du Trésor.

Ces nouvelles ont contribué à une nouvelle baisse des marchés américains d'actions en début de journée, qui se poursuivait en milieu de séance. La hausse de l'once d'or illustre la défiance à l'égard des monnaies de part et d'autre de l'Atlantique, à l'exception notable du franc suisse, valeur refuge par excellence.

«Il n'y a absolument aucune bonne nouvelle dans ces chiffres», résume David Semmens, économiste de la banque Standard Chartered à New York. «On voudrait vraiment que cela mobilise les esprits à Washington pour résoudre la question du plafond de la dette le plus vite possible.»

Pourtant, en milieu de journée dans la capitale fédérale, le débat au Congrès sur cette question pourrissait toujours, malgré l'urgence. La fronde de l'aile droite du Parti républicain contre le président de la Chambre, John Boehner, républicain lui aussi, oblige ce dernier à proposer des solutions inacceptables pour les démocrates, majoritaires au Sénat.

Ces derniers, poussés par Barack Obama en coulisses, espèrent produire au cours du week-end un texte à même de rallier suffisamment de républicains pragmatiques à la Chambre.

Il permettrait de relever le plafond de la dette immédiatement, sans hausse d'impôts, en échange de réductions de dépenses de l'ordre de 2500 milliards de dollars sur dix ans, garanties par des mécanismes automatiques forçant le respect de la discipline budgétaire. De quoi éviter le pire à court terme, mais pas forcément se prémunir contre une dégradation de la dette américaine dans les prochaines semaines.

Par ailleurs, on anticipait hier la confirmation par le Trésor du principe d'une priorité accordée aux détenteurs d'obligations, par rapport aux autres créanciers de l'Oncle Sam, comme les fournisseurs du Pentagone, dans le cas où mercredi 3 août les États-Unis se réveilleraient à court de liquidités pour payer toutes leurs factures. Jusqu'à présent, l'administration Obama ne voulait même pas évoquer les préparations à ce scénario catastrophe, de peur de l'accréditer.

Obama ne monte toujours pas en première ligne

A ce jour, le président américain s'est simplement engagé verbalement sur le principe de réductions de dépenses et de hausses d'impôts, de l'ordre de 4000 milliards de dollars sur dix ans. Sa seule concession aux républicains a été de réduire les budgets de retraite ou d'assurance-maladie. Ce geste n'ayant pas suffi à convaincre les républicains, il est resté sans suite... au grand soulagement des élus démocrates de la Chambre des représentants, qui n'en voulaient pas.

Les républicains portent une grande part de responsabilité dans le psychodrame actuel. Ce sont leurs divisions qui bloquent tout compromis. Entre les leaders du Sénat, qui cherchent une solution, et la frange du Tea Party qui pense avoir trouvé l'occasion rêvée de faire maigrir l'État fédéral - l'un de ses fonds de commerce -, c'est le grand écart.

Mais la gestion de crise du président pose question. Comme l'an dernier lors du débat sur le système de Santé, Barack Obama se sent plus à l'aise pour défendre de grands principes dans des conférences de presse, des gymnases remplis d'étudiants, des dialogues sur Facebook, qu'autour d'une table à négocier les détails d'un compromis avec les leaders du Congrès. Sa candidature à un deuxième mandat, fin 2012, explique sa prudence. Il ne veut pas qu'on lui reproche d'avoir défendu des réductions de dépenses sociales. Il ne les a donc admises que du bout des lèvres, sans précision. Les républicains ont, eux, bâti des plans détaillés, au risque de l'impopularité.

En 1995, déjà, faute d'accord pour le relever, le plafond de la dette américaine avait été atteint. Les États-Unis avaient continué à rembourser leurs dettes mais mis au chômage des centaines de milliers d'agents fédéraux, ne pouvant plus les payer. Les électeurs avaient rendu les républicains responsables de l'épisode, au bénéfice du président de l'époque, Bill Clinton. Mais la situation - dette trois fois inférieure, croissance, chômage... - était alors bien moins catastrophique. Cette fois encore, l'opinion blâme jusqu'ici les républicains. Barack Obama est néanmoins diminué par la crise. En cherchant à se mettre au-dessus de la mêlée, il prend le risque de rester sur la touche


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