03.08.2015, 08:58

Des notes parfois dissonantes

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Par CHRISTELLE MAGAROTTO

Quelques jours avant la faillite de la banque Lehman Brothers aux Etats-Unis, le 15 septembre 2008, les agences de notations lui attribuaient encore la note «AAA», alors même que sa capitalisation en bourse chutait de 73%. Avec ce manque apparent de réactivité, leur crédibilité en prenait un coup et leur indépendance était remise en question.

A la suite du dernier déclassement de la Grèce par les grandes agences américaines («Moody's», «Standard and Poor» et «Fitch»), l'Etat grec a vu ses taux d'intérêt grimper en flèche le plaçant au bord de la faillite. Les agences ont été alors vivement critiquées, principalement par les acteurs de la zone euro. Ces derniers leur attribuant un rôle clef dans la dégradation de la situation des pays les plus fragiles de son espace, la Grèce certes, mais également le Portugal. Les agences n'ont en revanche nullement pu être inquiété: leur activité, malgré l'importance de son impact, ne comporte aucune responsabilité juridique. De surcroît, elles s'abritent derrière l'idée qu'elles ne donnent au Travers de leurs notes qu'une opinion. Libres donc aux investisseurs de la suivre ou non.

La Chine s'en mêle…

Les agences de notation suscitent ainsi à la méfiance et leurs méthodes laissent perplexe. Sans pour autant que leur existence soit remise en question. Au contraire. En juillet 2010, la Chine se dotait de sa propre agence, la Dagong Global Credit Rating. Quant à l'Europe, début 2010 déjà, elle planchait sur l'idée de la fondation d'une agence européenne. Le 8 juin dernier, elle réactivait le débat en réclamant la création d'une fondation indépendante afin de pouvoir contrebalancer les résultats publiés par les trois grandes agences américaines.

«Il s'agirait plus de faire évoluer les agences de notation», explique Mickaël Gertsch, associé chez DE Planification, «d'amener d'autres critères de notations, avec un regard circonstancié sur le marché, une autre culture du crédit».

Prenons l'exemple d'une petite entreprise romande. Il semble difficile qu'un organisme américain puisse juger de sa capacité à rembourser ses dettes - l'américain ne disposera pas de la connaissance approfondie et nécessaire du marché régional dans lequel la PME évolue. Mais la petite entreprise s'adressera en revanche à une agence plus proche d'elle, généralement une banque. A l'échelle d'un Etat, la même logique pourrait être appliquée. L'idéal étant encore de pouvoir faire une moyenne entre les diverses agences.

Une vision organique

«Aucune agence n'a tort», appuie l'expert. «Leurs critères d'analyse diffèrent. La vraie question se situe au niveau de leur financement», poursuit-il.

En effet. Les agences fonctionnent sur mandat. L'audit porte donc sur l'entité qui achète les résultats de l'étude. Ainsi, les agences n'ont aucun intérêt à pénaliser leur commanditaire. Cependant, ont-elles plus à gagner en les privilégiant? Nullement. Leur crédibilité serait alors grandement menacée. Coincées entre ces deux logiques, elles sont dans l'obligation de trouver un équilibre.

Ces organismes illustrent surtout à quel point l'économie mondiale repose sur des œufs. L'économie n'est pas une science exacte et cartésienne. Elle est un organe de notre société qui évolue au rythme de l'humanité, ses croyances, sa confiance, ses paris vertigineux. Et parfois, ses chutes.

De la création d'agences de notation

En 1837, aux Etats-Unis, après une période de fièvre spéculative, la bulle éclate le 10 mai à New York laissant place à une période de dépression longue de cinq ans. Il y eut alors un nombre important de faillites bancaires, ainsi qu'un record de chômage. C'est dans ce contexte qu'ont été fondées les premières agences de notation. Les investisseurs voulaient disposer d'un outil pour évaluer la fiabilité de leurs éventuels créanciers. La toute première agence, The Mercantile Agency date de 1841.

Le développement du chemin de fer américain dynamise ensuite le secteur. Les compagnies ferroviaires doivent, pour financer leur expansion, faire appel au marché obligataire (marché de crédit où les Etats, les grandes sociétés, les fonds souverains et les investisseurs particuliers interviennent pour prêter ou emprunter des sommes d'argents importantes). Ils ont alors recours à ces agences afin de rassurer les éventuels investisseurs. En 1909, est créée la Moody's Investor Service Incorporation, spécialisée dans le secteur.

Il faudra attendre 1970 et la banqueroute de la Penn Central Transportation Compagny (entreprise de chemin de fer) pour que les agences de notations et leurs méthodes soient révisées. Dès lors, leurs études statistiques ne se consacreront plus uniquement aux créances à long terme (les obligations), mais aussi aux créances à court terme (billets de trésorerie).

Depuis leur création, les agences de notations essuient de nombreuses critiques, notamment concernant leur objectivité et leur indépendance. La pertinence de leurs notations a été également à plusieurs reprises mise en doute, ainsi que leur responsabilité dans de grandes faillites comme l'a démontré la crise des «subprimes». / cma

Clefs pour comprendre

1 - Rôle des agences de notation
Les agences de notation évaluent aussi bien des États et des villes, que des entreprises privées. Elles s'intéressent à leur capacité à rembourser leurs dettes. Ce sont généralement des institutions financières qui font appel à leur service. Les méthodes de notations varient selon les agences. Cependant, il y a des constantes.

2 - Pour noter une entreprise
Les agences étudient l'Environnement dans lequel l'entreprise évolue ainsi que la stratégie qu'elle adopte tout comme son positionnement sur le marché financier. Elles analysent également ses documents financiers passés et prévisionnels, et ses performances économiques. Elles s'entretiennent enfin avec la direction de l'entreprise.

3 - Pour noter un Etat
Les agences observent la politique monétaire et budgétaire du pays, mais aussi sa stabilité et sa situation économique.

4 - Attribution de la note
Que ce soit pour une entreprise ou pour un Etat, les agences analysent ensuite l'ensemble des données, en tirent une synthèse et enfin attribuent leur note. L'entreprise émettrice peut alors contester la note, ce qui relancerait l'analyse des données. En revanche, si l'émetteur est d'accord avec le résultat celui-ci est publié. Le système de notation varie d'une agence à l'autre. Le plus connu est cependant celui appliqué par l'entreprise Moody's qui s'échelonne de AAA pour les émissions les plus fiables à D pour les plus risquée. L'emploi de «+» et de «-» affine le résultat. / cma


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