31.10.2009, 09:00

«L'arrivée d'internet est une vraie catastrophe pour la presse écrite»

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Par JÉRÉMIE CAVIN

La fin des journaux. C'est à peu près ce que prédit l'illustre journaliste français Bernard Poulet. En crise, la presse occidentale connaîtra d'inévitables mutations et devra faire preuve d'audace si elle entend survivre.

Bernard Poulet, rédacteur en chef du magazine économique français «L'Expansion», était mardi soir à Neuchâtel pour débattre avec Jacques Pilet de l'avenir de la presse et du journalisme. Il est l'auteur d'un livre qui interpelle, «La fin des journaux et l'avenir de l'information», paru en février 2009 aux éditions Gallimard.

Quels constats livrez-vous dans votre livre?

J'ai pris conscience que le modèle économique sur lequel reposent les journaux était cassé, du fait de leur dépendance à la publicité. Par exemple, la publicité représentait en 1980 les 80% du chiffre d'affaires du «Monde», contre 20% aujourd'hui...

Comment expliquer cette soudaine diminution?

Avant la crise, les journaux vivaient déjà une lente décadence, mais une catastrophe s'est produite pour la presse écrite: internet. Les annonceurs n'ont plus autant besoin de l'information qu'avant, ils peuvent faire passer leur message par une infinité de supports. D'où une chute de la publicité dans les journaux.

Ce qui crée aussi une baisse de la qualité de l'information...

C'est une spirale dramatique: la diminution des revenus nécessite une baisse des coûts et une réduction de la taille des rédactions. Résultat: l'offre s'appauvrit et le lecteur choisit soit de ne plus s'informer, soit de s'informer autrement.

Et les gens lisent moins...

C'est un problème de société: dans nos cultures modernes, la lecture n'est plus centrale. Les jeunes, en particulier, font d'autres choix.

La presse régionale est-elle aussi menacée?

Il est vrai que je parle surtout des journaux d'information de qualité et de masse de l'Europe et des Etats-Unis, qui souffrent le plus. La presse régionale, elle, joue un rôle de proximité et rend un service qu'internet ne peut pas encore remplir. C'est momentané, car le lectorat vieillit et les modes de consommation changent.

Vous prédisez d'autres formes d'information. Lesquelles?

La forme «journal» n'est pas éternelle, mais l'information ne disparaîtra pas: les sociétés démocratiques en ont besoin. Par contre, elle nous viendra par d'autres canaux et se fera à deux vitesses: d'un côté une information à revenu minimum et gratuite (internet et journaux gratuits) qui contente la majorité, de l'autre une information payante, de très haute qualité et à forte plus-value, pour les riches. Le journalisme moyen est condamné.

Tous les journaux devront en tout cas lutter pour leur survie. Quelles sont leurs solutions?

Nous sommes dans une période de chaos. Personne n'a vraiment de solutions, il n'y a pas de modèle. Il faut essayer, expérimenter et changer. Mais les journaux sont souvent dirigés par des gens conservateurs, qui ont peur de prendre des risques. Or, si nous voulons survivre, nous devons être très bons et faire des progrès.

Economiquement, ce n'est pas forcément facile...

Les journaux sont des entreprises. Ils doivent trouver d'autres sources de financement ou d'autres modes de soutien à la fabrication de l'information. Le groupe Figaro arrive à équilibrer ses comptes grâce à des activités qui n'ont rien à voir avec la presse. Mais cela doit rester une solution transitoire.

Et faire de la presse un service public?

Si l'on considère l'information comme indispensable à la démocratie, on pourrait favoriser des services d'information nationaux - comme c'est le cas pour la radio ou la télévision -, qui devraient cependant garder une certaine indépendance. Pourquoi pas des agences de presse de qualité? /JCA

Bernard Poulet, une longue carrière

Naissance 1946 en France.

Formation Maîtrise en histoire, études en sciences politiques, licence de sociologie.

Carrière Au départ chercheur et enseignant à l'Institut politique de Grenoble, il dit «tomber dans le journalisme un peu par hasard», s'ennuyant à l'université. Il devient d'abord reporter international, dans des journaux tels que «Le Matin de Paris» ou «L'Evénement du jeudi». Après avoir été responsable du «Courrier International» pendant trois ans, il est rédacteur en chef du magazine économique «L'Expansion» depuis 2001.

Publications Auteur d'une demi-douzaine d'ouvrages, il a écrit par exemple «Le pouvoir du «Monde» - quand un journal veut changer la France» (2003), «Le pouvoir des médias» (2004) et «La fin des journaux et l'avenir de l'information» (2009). /jca


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