02.08.2015, 19:49

Un recueil de petites fins qui aiguisent l'appétit

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Par DOMINIQUE BOSSHARD

Frédéric Mairy développe des talents d'écrivain depuis plusieurs années. Poèmes et textes brefs viennent d'être publiés; l'occasion de le rencontrer devant un chocolat chaud.

Fin du jour, fin de vie, fin de partie... Dernières notes ou dernière gorgée de bière. «C'est à cause que tout doit finir que tout est si beau», a écrit Ramuz. La phrase, à laquelle se réfère Frédéric Mairy, suffirait à justifier que l'on fasse l'éloge de la fin. Le Neuchâtelois s'y est risqué, en de courts textes conçus de fil en aiguille plutôt qu'emprisonnés dans un carcan trop conceptuel. «J'avais écrit trois ou quatre petits textes sans trop réfléchir à leur destination, puis je me suis aperçu qu'ils avaient un thème en commun et, à chaque fois, un lien avec un auteur. J'ai eu, alors, envie d'approfondir la chose», retrace-t-il.

De A comme avertissement à W comme Woody Allen, Frédéric Mairy égrène son «Bref éloge de la fin» sous la forme d'un abécédaire, que l'on n'est pas obligé de suivre à la lettre. Libre au lecteur de s'accorder un «Sursis» ou de céder à la tentation de «Saucer» avant que de goûter à une évasion bretonne fort peu bavarde. «(...) Pointe du Raz, Finistère. Finis terrae. La fin de la terre. Surtout, ne rien ajouter.» Le temps dont ce père de famille dispose pour écrire a, en partie, dicté le choix de la concision. Mais cette contrainte n'a nullement contrarié son goût personnel: «Par nature, j'aime les formes simples, épurées». Et de citer Peter Brook, en homme de théâtre qu'il est aussi: «Less is more». Obtenir un maximum d'effets avec un minimum de moyens... Lettre H, H comme haïku, la logique est respectée: «Le haïku a le bon goût, à peine entamé, d'être déjà terminé».

Tchekhov, Michon, Bouvier (lire ci-contre)... Des références littéraires, cinématographiques et même footballistiques se glissent entre les lignes de ce «Bref éloge», mais l'érudition n'anesthésie ni la sensibilité ni le ton enjoué du Neuchâtelois. En cultivant la connivence, et le lecteur peut y reconnaître les siennes, le discret Frédéric Mairy se dévoile, un peu...

Dans cette famille de plume et d'esprit dont il se sent proche, il inclut encore Simenon et Raymond Carver, auteurs de prédilection restés hors pages. «Je n'avais pas envie de passer en revue ma bibliothèque!», sourit-il. Mais il révèle qu'«Olivier» de Jérôme Garcin, «Les années» d'Annie Ernaux, «L'enfant papillon» de Laure Chappuis y ont trouvé place récemment. Des ouvrages qui lui sont chers car, dit-il, alliée à la qualité de l'écriture, on y sent la présence de l'auteur. /DBO

«Bref éloge de la fin», Frédéric Mairy, éd. d'autre part, 2011; «De verdiers de cerisiers de neige», Frédéric Mairy et Eric Rechsteiner, éd. Slatkine, 2010. Signature à la librairie Payot de Neuchâtel, demain de 14h30 à 16h30

Dans le sillage de Nicolas Bouvier

Frédéric Mairy a découvert tardivement l'œuvre de Nicolas Bouvier. Mais plus que le voyageur, c'est l'écrivain lui-même, son style et sa faculté d'émerveillement qui ont éveillé l'admiration du Neuchâtelois. Au point, même, de l'inciter à créer un site internet dédié à l'auteur de «L'usage du monde». Le site fit le lien avec Eric Rechsteiner, photographe installé au Japon, et de leur collaboration est né «De verdiers de cerises de neige»...

«Eric désirait publier un livre, une démarche plus facile quand on marie textes et photos.» Jusque-là écrivain occasionnel, Frédéric Mairy saisit cette perche pour s'engager de façon plus soutenue dans un processus d'écriture. La forme du poème, courte, s'impose naturellement mais lui permet aussi de traduire, en toute liberté, sa perception de l'œuvre de Bouvier. Car les deux hommes, l'un nomade, l'autre plus sédentaire, se sont inscrits dans le sillage du Genevois sans pour autant refaire ses voyages.

«Nous ne sommes que coques /Et nos vies flottent et coulent /Et coulent et flottent /Le long de lignes de force /Tracées par qui pour quoi /Peu importe /Mais /Trouver des lignes de fuite». L'ouvrage s'offre comme un vagabondage, où les mots et les images se répondent très librement, sans coller les uns aux autres...

Une séduisante «invitation à rêver», à arpenter, en foulées hachées, nos existences et nos saisons, à se laisser emporter dans le roulis du mot, au gré d'atmosphères où légers comme la brise soufflent les esprits de Bouvier et de quelques autres. /dbo


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