01.12.2017, 00:01

«Quand on fait un film, il faut aller jusqu’au bout»

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 01.12.2017, 00:01 «Quand on fait un film, il faut aller jusqu’au bout»

Lauréate du César du meilleur espoir féminin en 2005 avec «L’Esquive» d’Abdellatif Kechiche, puis celui de la meilleure actrice six ans plus tard («Le nom des gens» de Michel Leclerc), Sara Forestier multiplie depuis lors les rôles mémorables. Passionnée de mise en scène, elle a aussi tourné trois courts-métrages très remarqués, avant d’écrire en solitaire le scénario de «M»,...

Lauréate du César du meilleur espoir féminin en 2005 avec «L’Esquive» d’Abdellatif Kechiche, puis celui de la meilleure actrice six ans plus tard («Le nom des gens» de Michel Leclerc), Sara Forestier multiplie depuis lors les rôles mémorables. Passionnée de mise en scène, elle a aussi tourné trois courts-métrages très remarqués, avant d’écrire en solitaire le scénario de «M», élégie convulsive aux parias du langage.

D’où vous est venue l’idée d’apparier une jeune fille bègue à un illettré?

Un mec qui cache à une fille qu’il est illettré, je me suis dit que ça pouvait être hyper fort pour un film. Mais ça part d’une histoire vraie, j’ai vraiment rencontré cet homme. Il était très impressionnant et il a réussi à me cacher son complexe. J’ai appris son secret une fois que je l’avais quitté. C’est un ami à lui qui m’a révélé qu’il ne savait pas lire, j’en était complètement soufflée! Il m’est arrivé des trucs de fou dans ma vie, bien plus dingues que ce type que j’ai rencontré six mois dans ma vie, il y a plus de quinze ans, mais l’idée qu’il avait réussi à me cacher son handicap, ça m’a littéralement obsédée!

Et votre protagoniste féminin, l‘avez-vous aussi tirée du réel?

Non, pas Elle (réd: c’est ainsi que la protagoniste féminine est désignée dans le film)… Elle, c’est un personnage inventé. Au départ, juste une hypersensible qui faisait des crises d’angoisse, mais je ne savais pas trop quoi en faire. Et puis un jour, l’idée m’a traversée qu’elle devait être bègue. Tout d’un coup, il y a quelque chose de très beau qui s’est passé au niveau de l’écriture du scénario: je suis arrivée à établir une sorte d’équilibre où j’ai arrêté de sacrifier mon personnage. A partir de là, j’ai eu les moyens de raconter une vraie et belle histoire d’amour!

Une histoire d’amour qui n’est pas sans difficultés…

C’est une terreur constante! Cela dépasse l’illettrisme ou le bégaiement. La peur de l’abandon est universelle. Quand on est vraiment amoureux, la peur est reine, c’est, je crois, ce qui nous rend si passionnés, enfin, je parle pour moi… L’idée de ne pas être aimé plane constamment sur le film, surtout qu’il s’agit d’un premier amour pour Elle.

Dès le début, vous aviez décidé de jouer son rôle?

A la base, ce n’était pas du tout moi qui devait jouer ce personnage. J’avais trouvé une actrice qui me semblait parfaite pour le rôle. Je répétais avec elle en bégayant. Un jour, elle s’est arrêtée net de jouer et m’a demandé pourquoi je n’interprétais pas le rôle moi-même. J’ai eu de la peine à me décider! Jouer et mettre en scène en même temps, c’est très inconfortable. En faisant les deux, je n’ai plus le plaisir de pouvoir me concentrer entre les prises pour faire mon travail et je n’ai pas le recul nécessaire qui me permet de juger ce qui échappe aux acteurs. C’est un exercice totalement schizophrénique. Quand on est acteur, il faut se laisser envahir par les émotions, par le personnage et l’univers du metteur en scène, oublier le scénario… Le metteur en scène, lui, ne peut pas se le permettre.

Et cela s’est bien passé ?

Quand on fait un film, on le fait! Il faut aller jusqu’au bout, coûte que coûte! On ne peut pas se permettre d’abandonner vu les enjeux. D’avoir écrit le scénario m’a quand même donné un avantage. Je connaissais le personnage de fond en comble. En fait, il correspond à une partie de moi que je cache. Quelque part, ça m’a beaucoup facilité les choses. Pour une fois, je n’ai pas dû aller vers un metteur en scène pour comprendre ses motivations et m’approprier un personnage.

L’amour ne bégaye pas

Habitant une banlieue anonyme, Lila (Sara Forestier) se mure dans le silence, car elle est bègue. Malgré son handicap, la jeune femme s’efforce de passer son baccalauréat, réussissant à se faire comprendre par smartphone interposé. A un arrêt de bus, voilà qu’elle rencontre Mo (Redouanne Harjane), jeune homme ombrageux qui vit de piètres courses automobiles clandestines. L’attraction est immédiate et se passe de mots!

Si Lila bégaye, Mo ne sait pas lire. Honteux, il dissimule son analphabétisme. Pour masquer le fait qu’il ne peut comprendre les SMS amoureux qu’elle lui adresse, Mo l’encourage à parler et à surmonter sa gêne…

Ecrit pendant huit ans, ardu à financer, «M» est un premier long-métrage brinquebalant, émaillé de petites maladresses, mais bien vite oubliées, tant il vibre d’amour fou et de vulnérabilité cachée! Sara Forestier compose son personnage balbutiant avec une sincérité inouïe, au point que l’on souffre pour elle. En père mutique, le bien trop rare Jean-Pierre Léaud est au diapason!


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