03.08.2015, 09:22

Quand le coup de fusil ne donne pas rendez-vous au gibier et au poulet fermier

chargement
Par NICOLAS BRINGOLF

Etonnante aventure que celle du Meix-Lagor, ancienne ferme typique du Haut-Doubs située en bordure de la vallée de La Brévine. Une aventure indissociable de la famille Monnet qui, à la fin des années 1970, vient planter ses racines entre ciel, forêt et vastes pâturages. Deux ans auparavant, Christian et sa femme Nicole, deux Francs-Comtois pure souche, avaient abandonné leurs métiers respectifs de comptable et secrétaire pour partir garder des moutons dans le Massif central. Mais lorsque se présente l'opportunité d'acquérir le Meix-Lagor, le couple choisit de revenir aux sources.

«Au départ, on ne pensait vivre que de l'élevage des moutons. Mais comme on avait un mal fou à nouer les deux bouts, on a ouvert une buvette pour les skieurs de fond. Les meilleures journées, on faisait 100 francs français de caisse, on jubilait», se souvient Christian, sourire aux lèvres. Le fils, Yves, ajoute sur un ton amusé: «Mes parents étaient tellement endettés qu'ils ont contracté un second emprunt pour rembourser le premier...»

Et puis, grâce à la cuisine façon «grand-mère» de Nicole, la buvette hivernale se mue gentiment en petite auberge. Au fil des mois, la cuisinière autodidacte prend confiance et accepte d'accueillir des banquets où, pour l'occasion, elle concocte des plats au caractère plus élaboré. Malgré l'essor régulier que connaît leur petit bistrot de campagne, les Monnet vont poursuivre 20 ans durant leur élevage d'agneaux de boucherie. Mais les importations en provenance de Nouvelle-Zélande les obligent à changer leur fusil d'épaule et, à l'aube des années 2000, ils se lancent dans la production de foin labellisé bio.

A la même période, la famille s'engage dans un projet de gîtes aussi gigantesque qu'insolite. Pour cela, elle rachète une série de greniers-forts (mazots) avec l'idée originale de les utiliser pour créer un village à l'intérieur de la remise à foin située à côté de la ferme. Quatre ans de travaux sont nécessaires avant que les Greniers de Meix-Lagor n'accueillent leurs premiers hôtes. D'emblée, ces «Greniers» au cadre d'exception font un tabac. Le succès se répercutant sur l'auberge, les jours d'ouverture sont un peu étendus pour ne pas se restreindre aux repas de mariage ou de communion. «Avant, on avait surtout des banquets et s'il y avait un peu de place, on accueillait alors d'autres convives. Notre devise était un peu: «complet ou fermé», précise Yves Monnet. «Mais depuis qu'on a élargi les horaires, c'est plus simple pour tout le monde.»

Et comme la cuisine goûteuse de Nicole Monnet est source de plaisir, autant pour les papilles que pour le porte-monnaie, les gourmands ne se font pas prier pour revenir. Difficile en effet de résister à l'authenticité d'un poulet de ferme joliment doré au four, à la typicité d'un civet de chevreuil délicatement mariné ou à des croûtes aux champignons exhalant les sous-bois. Autant de plats qui s'accommoderont fort bien d'un vin rouge d'Arbois vinifié à l'ancienne. Euh, on y retourne quand déjà?

Auberge du Meix-Lagor, Montlebon:
ouvert samedi et dimanche (midi et soir); tél. +33 381 67 26 03; formule menu à 25 euros (entrée, plat principal et dessert); Domaine Dole, arbois rouge 2006, 18 euros la bouteille (75 cl).

Passage au gril

Votre première émotion gourmande, Nicole Monnet?
Vers 4 ou 5 ans, des dattes. Je n'en avais jamais mangé auparavant. Elles avaient été amenées chez mes parents par un colporteur qui passait une fois par an à la maison.

Premier mets concocté avant d'entamer votre parcours
professionnel?

Une purée de pomme de terre, probablement lors de la visite d'une de mes tantes. Je devais avoir 7 ans.

Le cuisinier qui suscite en vous une profonde admiration?
Fredy Girardet, chez qui je ne suis  jamais allée manger, pour ses livres de recettes qui me font rêver et me donnent des idées que je simplifie car c'est une cuisine bien compliquée pour moi.

Un millésime qu'il a fallu aller chercher

Le vignoble du Jura est un des plus anciens de France et ses vins sont fort originaux. Viticulteur à Montigny-les-Arsures depuis 1959, Jean-Marie Dole perpétue l'esprit nature d'un domaine familial – le plus petit de la région avec ses 4,5 hectares – créé vers 1870. Le sémillant septuagénaire s'évertue à produire des crus d'Arbois authentiques, ni collés ni filtrés et sans aucun désherbant ni pesticide – «il faut penser à la Santé des clients!», dit-il en se marrant. Ses talents de vinificateur s'expriment aussi bien en blanc (cépages chardonnay, savagnin) et rouge (poulsard, trousseau) qu'avec le vin jaune, le vin de paille ou le crémant. A l'exemple de ce trousseau 2006 – millésime délicat qui a exigé un tri sévère de la vendange –, vin de plaisir plein de fraîcheur, d'une belle longueur en bouche et fleurant bon les petits fruits des bois.


Résumé du jour

Ne ratez plus rien de l'actualité locale !

Abonnez-vous à notre newsletter et recevez chaque soir toutes les infos essentielles de la journée!

Recevez chaque soir les infos essentielles de la journée !

À lire aussi...

ConférenceLa Chaux-de-Fonds: Sylvain Prudhomme au Club 44La Chaux-de-Fonds: Sylvain Prudhomme au Club 44

ConcertLe trompettiste Jacques Coursil au Pommier: «Rassurez-vous, ce ne sera pas une lecture!»Le trompettiste Jacques Coursil au Pommier: «Rassurez-vous, ce ne sera pas une lecture!»

Neuchâtel: Jacques Coursil au Pommier

Trompettiste, philosophe et mathématicien, Jacques Coursil donnera un récital poétique vendredi 21 février au théâtre...

  18.02.2020 14:17
Premium

Café citoyenNeuchâtel: un café citoyen pour débattre des enjeux sociaux et politiques d’internetNeuchâtel: un café citoyen pour débattre des enjeux sociaux et politiques d’internet

ThéâtreGorgier: «Les héritiers», la nouvelle comédie de La BelineGorgier: «Les héritiers», la nouvelle comédie de La Beline

La Beline tacle «Les héritiers»

La troupe de La Beline revient sur les planches avec une nouvelle pièce d’Alain Krief, une comédie entre héritage et…...

  18.02.2020 11:27

Cinéma«Thiel le Rouge», sur la piste d’un espion neuchâtelois très discret«Thiel le Rouge», sur la piste d’un espion neuchâtelois très discret

Top