11.01.2018, 00:01

Madeleine, trahie, déclassée

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 11.01.2018, 00:01 Madeleine, trahie, déclassée

LITTÉRATURE Après le Goncourt pour «Au revoir là-haut», Pierre Lemaitre revient avec une suite. «Couleurs de l’incendie», avec ses personnages pittoresques, se dévore.

Madeleine doit enterrer son père, le grand banquier Marcel Péricourt. Mais son fils Paul tombe du deuxième étage et devient paraplégique. Son amant, un homme entretenu et humilié, osera-t-il la consoler? Le froid Gustave Joubert saura-t-il maintenir la fortune familiale? Un roman passionnant sur la chute d’une femme de la haute bourgeoisie qui, de son aveu, n’a rien appris...

Madeleine doit enterrer son père, le grand banquier Marcel Péricourt. Mais son fils Paul tombe du deuxième étage et devient paraplégique. Son amant, un homme entretenu et humilié, osera-t-il la consoler? Le froid Gustave Joubert saura-t-il maintenir la fortune familiale? Un roman passionnant sur la chute d’une femme de la haute bourgeoisie qui, de son aveu, n’a rien appris parce qu’elle était destinée au mariage. Interview de Pierre Lemaitre, qui répond avec humour sur le Goncourt et son métier.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire une suite à «Au revoir là-haut»?

Le plaisir! Le plaisir que j’ai eu à écrire «Au revoir là-haut». Auparavant, j’avais écrit des romans policiers et des romans noirs, des livres qui imposent des fortes contraintes. En écrivant «Au revoir là-haut», j’ai découvert une liberté que je ne connaissais pas, j’avais beaucoup moins de contraintes. D’ailleurs, quand j’ai écrit l’épilogue d’«Au revoir là-haut», je m’étais ménagé quelques portes de sortie. Le succès de ce livre a été comme un encouragement à reprendre «Au revoir».

Pourtant avant de reprendre «Au revoir là-haut», vous avez publié un roman noir, «Trois jours et une vie», où un garçon de 12 ans en tue un autre dans un coup de folie, cache son corps, et se ronge les sangs en attendant qu’on le découvre.

J’ai simplement écrit le roman prévu. Il était prêt un an avant sa parution. Je n’allais pas rester les bras croisés à ne rien faire. Je n’avais juste pas eu le temps de le terminer, parce que quand j’ai reçu le Goncourt, j’ai dû répondre à différentes sollicitations et voyager. Du temps a passé avant que je puisse me remettre au travail. Le Goncourt était tout de même une excellente nouvelle, vous pouvez imaginer. Et la vocation du Goncourt n’est pas de tuer la littérature, que je sache, j’ai donc d’abord terminé «Trois jours et une vie». Puis j’ai repris «Au revoir là-haut». Comme je vous l’ai dit, j’avais laissé des portes ouvertes au cas où j’en avais envie, mais je n’avais pas de projet précis.

Est-ce que ça a été difficile d’écrire après le Goncourt?

C’est toujours un peu difficile d’écrire après un Goncourt. Après un succès important, il y a toujours la crainte de ne pas répondre aux attentes qu’on a suscitées auprès d’un lectorat. Ça a joué pour «Trois jours et une vie». Mais pas pour «Couleurs de l’incendie». Quatre ans ont passé, il y a une sorte de prescription. Il y a toujours un mauvais moment à passer, mais c’est comme si j’avais été pardonné.

Pourquoi vous intéressez-vous particulièrement à cette période de l’histoire?

Oh, elle ne m’intéresse pas particulièrement. Il se trouve que j’avais des personnages, notamment Madeleine. Par un souci d’élégance formelle, très personnel, j’avais envie de reprendre l’histoire exactement où je l’avais laissée. J’avais terminé «Au revoir là-haut» avec la mort de Marcel Péricourt, il me semblait élégant de commencer par son enterrement. Comme j’avais une bonne histoire, la période s’est imposée.

A propos de vos personnages, vous écrivez sur Madeleine avec beaucoup d’empathie.

Dans tous mes romans, il y a des femmes résilientes. Dans mes personnages, il y a toujours des femmes qui chutent, qui tombent, et qui réussissent à surmonter l’épreuve, qui suivent ce schéma de femmes meurtries et résilientes. Là, ça s’imposait pour Madeleine. J’aurais pu cultiver le cliché de la pétroleuse, de la femme révoltée et militante, parce qu’il y a toujours une vérité dans les clichés, mais je préférais travailler sur quelque chose de plus méconnu qui est le déclassement.

Comment écrivez-vous?

Je ne vais pas vous faire rêver! Je suis romancier, c’est le métier que j’ai choisi. Il n’y a rien de romantique. Je n’ai pas de fétichisme, ni besoin de conditions particulières pour écrire. Je me lève le matin et j’écris. Ma fille va à l’école, ma femme va la chercher et nous mangeons ensemble à la maison. Nous partageons les tâches. Je suis bon mari et bon père de famille. De ce côté, on ne peut rien me reprocher!

«Couleurs de l’incendie»

Pierre Lemaitre. éd. Albin Michel, 544 pages.


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