22.11.2019, 15:15

Machines oniriques et rouages érotiques de Klapheck à La Chaux-de-Fonds

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MBA, Konrad Klapheck, "Das Leben in der Gesellschaft", 1964.

Beaux-arts Le Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds accueille un peintre majeur, entre surréalisme et pop art, pour une rétrospective unique: Konrad Klapheck.

Le directeur du MBA peut s’enorgueillir d’avoir frappé un grand coup en conviant Konrad Klapheck (*1935) pour la première et seule rétrospective en Suisse de ce «dernier grand peintre du 20e siècle». Affichant une «ambition holistique» et «une construction à rebours» pour introduire l’œuvre de cet artiste allemand dont la production oscille entre surréalisme et pop art, David Lemaire nous accueille au sous-sol, dans la salle des machines, celles qui ont rendu Klapheck mondialement célèbre.

Konrad Klapheck, DER CHEF (LE CHEF), 1965 / Kunstpalast-ARTOTHEK

Des machines comme des corps

En effet, alors que la production de son temps est à l’expression abstraite et au  «tachisme», le peintre se lance dès 1955 dans la composition de machines à écrire dont la fonctionnalité est d’abord imaginaire. Car «il faut lire les machines comme des corps» où les titres évocateurs et caustiques sont «de véritables relais pour l’imaginaire». Ce faisant, Klapheck se distingue radicalement des plasticiens du moment et voit son aura grandir, y compris auprès des surréalistes avec lesquels il expose dans une grande exposition intitulée «L’écart absolu» en 1965 à Paris. Il se rapproche à cette occasion d’André Breton qui écrira son dernier texte sur lui. Une toile, achetée par le poète et située à l’entrée de l’exposition, témoigne par ailleurs de cette relation («Liberté, amour, art», 1964).

Klapheck joue sur l’ambiguïté entre l’animé et l’inanimé, le caché et le montré.
David Lemaire, directeur du MBA

Des corps comme des rouages érotiques

Ses machines, qu’on retrouve aussi sur de gigantesques crayonnés depuis que Klapheck, «vexé qu’un ami aime mieux ses dessins», finisse «par les assumer comme des travaux finis», ne forment toutefois pas l’œuvre d’une vie. De fait, après 40 ans dédiés à décrire la condition humaine sous la forme de mécaniques, «en jouant sur l’ambiguïté entre l’animé et l’inanimé, le caché et le montré», le peintre s’attelle dès 1996 à la figure humaine, sous une lumière crue. Pourtant, des machines à ces corps dénudés demeure toujours « la recherche d’une homogénéité plastique», nettement appréciable aux angulations étranges qui animent ces compositions. «L’érotisme, chez Klapheck, est désigné par la présence de l’objet» et tout devient alors, même devant la frontalité de certaines toiles, la sublimation d’une nouvelle machine, aux gestes automates et désincarnés.

Konrad Klapheck, LA SALLE DE BAINS, 1999 / Galerie Lelong&Co

L’ami des surréalistes

Ami de René Magritte, Max Ernst et André Breton; en opposition à l’art d’Anselm Kiefer ou Georg Baselitz, Konrad Klapheck apporte avec lui une part de l’histoire de l’art du siècle passé, même s’il est peut-être plus juste de le placer, picturalement parlant, vers Fernand Léger et Peter Saul. Les couleurs et la pose de sa peinture, comme ses compositions soignées et «qui ne répètent jamais les mêmes espaces dans la trame du dessin» nous plongent effectivement dans un creuset artistique familier, sans pour autant noyer le caractère singulier de son œuvre.

Passion pour le jazz

Accueillis dans l’exposition par ses travaux les plus récents et qui dénotent de sa passion pour le jazz, toute l’histoire devient plus claire : rythmique des notes et assonances qui résonnent comme une machine grinçante, corps en mouvement, mais figés dans une chorégraphie au prochain pas inconnu, le désir, l’amour, l’humour…, voici quelques clés de lecture pour une rétrospective jubilatoire et surprenante.

Infos pratiques

Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds, Konrad Klapheck – Venus ex machina et Chloé Delarue – TAFAA-Acid Rave, du 27.10.2019 au 02.02.2020. Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 17h.

Visite commentée le dimanche 24 novembre à 11h15 par Marie Gaitzsch, conservatrice adjointe. Entrée gratuite.

 

Les hybrides post-apocalyptiques de Chloé Delarue

Depuis son arrivée au MBA, David Lemaire a toujours eu à cœur de mettre l’entier du musée au diapason de son exposition temporaire principale et au-delà de l’accrochage original pensé à cette occasion, il a surtout convié la jeune artiste genevoise Chloé Delarue (*1986) pour un dialogue entre industriels de l’imaginaire. Connue pour son cycle TAFAA, qu’elle présente ici comme «la production allégorique d’un futur qui aurait vieilli», elle met en scène des machineries où l’homme et la machine auraient «hybridé» dans une danse apocalyptique.

Une image fantôme

En résonance avec l’homme augmenté, les exosquelettes, les imprimantes à organes, implants informatiques et autres chaînes de montage devenues chaînes du vivant, l’artiste déploie un univers plus sombre que Klapheck. Les machines ne sont ainsi plus personnifiées car dans ces installations, «il y a absence de hiérarchies entre les choses», qu’il s’agisse des corps de latex, du métal froid ou de la végétation. Seule subsiste «une image fantôme», le fossile d’une société dont l’homme est devenu un simple rouage technique.


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