05.02.2010, 11:31

Le remake américain d'une vie volée

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Par DOMINIQUE BOSSHARD

Dans «Brothers», Jim Sheridan imbrique le drame intime et les traumas de la guerre. Mais l'impact de ce riche tissu d'émotions déjoue quelque peu les attentes.

L'un a fondé une famille et s'est engagé dans l'Armée. L'autre vient juste de sortir de prison. Le bon et le mauvais fils...

Vétéran du Vietnam, le père (Sam Shepard) entretient le clivage. Sam, l'officier, fait sa fierté, Tommy, le bon à rien, lui fait honte. Remake américain du film éponyme de la Danoise Susanne Bier, «Brothers» (2006) expédie l'aîné dans le conflit afghan, où son hélicoptère s'écrase.

Contre toute attente, Grace (Nathalie Portman) et ses deux fillettes trouvent un soutien auprès de son beau-frère, Tommy. Comme anesthésiée, la veuve se laisse peu à peu reprendre par la vie. Plébiscité par les fillettes. Tommy (Jake Gyllenhaal) pourrait se substituer à Sam (Tobey Maguire). Dans cette possible reconstruction, Jim Sheridan respecte une parcelle de non-dits, amorce un trouble qui tire parti de la ressemblance physique entre ses deux acteurs masculins.

Mais le spectateur le sait, Sam a survécu. Tombé aux mains des talibans, il doit affronter l'un des pires dilemmes qui soit. Hanté par ce qu'il a vécu, Sam rentre au pays, ombre de lui-même qui se heurte, aussi, à la nouvelle donne familiale. Père et mari fantomatique, il se convainc que Tommy lui a volé sa place. Ce que semble entériner une scène de repas, très réussie, qui cristallise le drame intime autour d'une extrême tension entre Sam et l'aînée de ses filles.

Devenue l'enjeu central de la rivalité entre les deux frères, Grace reste, curieusement, en retrait. Comme tenues à distance, ses émotions font barrage au pathos mais aussi à notre propre trouble. De même, la mise en scène n'arrive pas à résoudre totalement son désir de montrer l'horreur absolue de la guerre sans tomber dans une violence complaisante.

Dans «Au nom du père» (1993), le cinéaste avait conjugué avec force les liens du sang et le conflit irlandais. Apparemment plus à l'écart du champ de bataille, «Brothers» se nourrit de l'ambiguïté du lien fraternel, de l'inversion des rôles entre le mauvais garçon et le pseudo héros. Mais, contrairement à ce que son titre laisse entendre, il finit par noyer la rivalité fraternelle dans les traumatismes du soldat. /DBO

Neuchâtel, Rex; 1h38


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