02.08.2015, 19:51

L'Italie, terre de contrastes

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Par ALAIN CORBELLARI

A la fois tendre et trash, «La comédie des ratés» de Berlion et Benacquista installe une implacable atmosphère de vengeance et de fatalité dans une Italie profondément dépaysante.

Avec sa lamentable participation au «scénario» (si un tel néant mérite cette appellation) du dernier «Lucky Luke», Tonino Benacquista nous avait laissé sur une impression parfaitement consternante. La reprise de son roman «la Commedia des ratés» par le dessinateur Olivier Berlion nous rappelle opportunément que lorsqu'il se donne de la peine Benacquista est (ou a été: le bouquin ne date pas d'hier!) capable de trousser des intrigues, certes pas très drôles, mais empreintes d'une grande empathie pour les êtres et riches en rebondissements prometteurs.

L'histoire commence dans le milieu des immigrés italiens de France. Antonio, un jeune homme apparemment sans problème, quoique plutôt désœuvré, se retrouve plongé, par l'intermédiaire de Dario, un ami perdu de vue depuis longtemps, dans de sombres histoires aux relents maffieux. Mort dans des circonstances plus que louches, Dario a inopinément légué à Antonio quelques plants de vignes dans un trou perdu de la campagne romaine. Contre toute attente, notre héros n'hésitera pas à s'y rendre, bien décidé à découvrir pourquoi Dario, à qui il ne connaissait guère de fibre paysanne, tenait tant à ces quelques coteaux. Une jolie locandière un peu esseulée, un musicien aveugle, un promoteur aux dents longues et la statue d'un saint local oublié, protecteur de sa pauvre piquette, l'accueilleront dans un village où le temps semble arrêté depuis des décennies.

Le trait d'Olivier Berlion n'est pas très raffiné: réaliste et barré de lourds traits noirs plutôt gauches, d'une inventivité très modérée, il rend pourtant adéquatement l'atmosphère étouffante du roman de Benacquista: la vie étriquée des émigrés de France et l'existence fruste des campagnards italiens y trouvent une traduction forte qui rend palpable le jeu de mots un peu forcé du titre («Commedia des ratés» = Commedia dell'arte). Quelque chose du vieux roman-photo hante cette histoire qui est au fond une réflexion amère sur la mémoire, la fidélité aux ancêtres et à un code de l'honneur qui continue de peser dans ce monde que l'on peut véritablement dire déshérité, quand bien même tout y tourne autour d'un problématique héritage… /ACO

«La Commedia des ratés», tome 1 (sur 2), Tonino Benacquista (scénario), Olivier Berlion (dessin), éd. Dargaud, 2011


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