07.06.2008, 12:00

L'art d'illustrer enfin au musée

chargement

 07.06.2008, 12:00 L'art d'illustrer enfin au musée

Par ANA CARDOSO

«Je suis toute petite et le monde est stupéfiant». C'est un peu le sentiment qui nous envahit lorsqu'on découvre la nouvelle exposition du Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds, «T'as vu chat?». Tirée d'un livre jeunesse, cette phrase fait partie de celles dont l'artiste Christian Gonzenbach a tapissé les murs de la salle consacrée à son installation, «La grande friche»: un univers tridimentionel où, parmi des arbres en carton, un salon ou une cuisine miniature, se côtoient les personnages de quelque quarante illustrateurs des éditions genevoises La joie de lire. Fruit d'une collaboration avec ces dernières, ainsi que la Bibliothèque des jeunes et la librairie Méridienne à La Chaux-de-Fonds, cette exposition, visible dès demain, fait la part belle à l'art de l'illustration pour les jeunes lecteurs. Trois salles en tout, ainsi qu'une intervention dans la collection permanente.

Outre l'espace «en friche», il y a deux autres salles où sont exposés huit illustrateurs de La joie de lire. Le travail de Chiara Carrer est épinglé aux murs de la deuxième. Dans son album «Lutin des Arts», édité en même temps que l'exposition, l'illustratrice promène son personnage à tête ronde et bonnet pointu dans les ?uvres d'artistes contemporains tels que Klein, Murakami, Christo ou Fontana. Pour renforcer encore le dialogue entre les genres, des ?uvres permanentes du musée comme un croquis de Tinguely se juxtaposent au travail de Chiara Carrer. «La démarche de cette illustratrice permet d'habituer les enfants aux images de l'art contemporain du 20e siècle», estime la conservatrice Lada Umstätter. Les planches originales et travaux personnels des autres illustrateurs (Albertine, Contanza Bravo, Hannes Binder, Haydé, Noyau, Isabelle Pralong, Jérôme Stettler) sont exposés dans la troisième salle, ainsi que le cabinet de dessin. «On a vraiment voulu traiter ces ?uvres comme des ?uvres d'art», dit la conservatrice.

Dans cette optique de contact entre l'enfant et l'art, le chat «Milton» de l'illustratrice irannienne Haydé se transforme en guide de l'exposition permanente d'art suisse et international des 19e et 20e siècles, au deuxième étage. Ses commentaires décalés et empreints d'humour offrent une perspective originale sur les tableaux de Hodler, Vallotton, ou Van Gogh, entre autres.

Les images seront aussi animées, puisque le film «Le génie de la boîte de raviolis» adapté de la bande dessinée d'Albertine et Germano Zullo par Claude Barras, sera projeté dans un cabinet vidéo. Et dans la ligne interactive de l'exposition, des ateliers et animations de lectures sont organisés pour les enfants, ainsi que des conférences pour les adultes. Plus d'infos sur http://cdf-mba.ne.ch.

La Chaux-de-Fonds, Musée des beaux arts, «T?as vu chat? La joie de lire expose au musée», du 8 juin au 7 septembre. Vernissage ce soir à 17h00

Une démarche inédite

Avec cette exposition, le Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds fait preuve d'audace. «Ce serait impensable d'avoir une telle opportunité par exemple au Musée d'art et d'histoire de Genève!», s'exclame Francine Bouchet, la fondatrice et directrice des éditions La joie de lire. Visiblement émue par le travail accompli par la conservatrice Lada Umsätter et Christian Gonzenbach, elle explique: «Lorsqu'on frappe à la porte d'un musée, en général on nous dirige vers le service pédagogique. On a du mal à envisager l'illustration comme un mode d'expression, comme un art». Lada Umstätter l'a pourtant fait. «Je suis impressionnée par la distinction entre petite littérature et grande littérature dans le monde francophone. De même que par la séparation entre l'illustration en général et l'illustration pour la jeunesse. On ne retrouve pas cela dans le monde anglosaxon, ou russe».

On trouve aussi dans le concept derrière l'exposition, une volonté de démystifier le musée, non seulement aux yeux des enfants, mais aussi à ceux des adultes. «Le musée a encore un côté élitiste. Souvent, les enfants et adultes ont peur d'y entrer», explique la conservatrice. Elle conçoit le musée des beaux-arts comme un lieu d'ouverture, voire d'éducation dès le plus jeune âge: «Dans un monde où l'on zappe tout le temps, un musée des beaux-arts reste le seul endroit où l'on peut s'arrêter pour regarder une image, la déchiffrer. Il faut aussi apprendre aux enfants à lire les images». / anc


Top