02.08.2015, 19:02

Entre écriture et maternité, son cœur balance

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Par Laurence de Coulon

Loin de la Suissesse Pascale Kramer qui abordait le sujet de la crise existentielle post-partum sous la forme d'un roman, sans l'avoir vécue, avec beaucoup de finesse et force détails dans «L'Implacable brutalité du réveil», la romancière turque Elif Shafak s'attaque à sa propre dépression postnatale dans «Lait noir». Présenté à tort par son auteur comme un livre à oublier aussitôt lu dans sa préface, mais à juste titre comme un texte destiné à rendre public un thème tabou, «Lait noir» est un essai intéressant et captivant.

En réalité, sa plus grande partie aborde la question de la maternité et de l'écriture, une question qui obséda Elif Shafak après ses 30 ans, suite à une rencontre fortuite avec une femme enceinte. Pour ce faire, elle raconte les moments de sa vie où cette question la taraudait, intercale des chapitres qui prennent en compte l'exemple de différentes écrivaines qui ont choisi ou refusé la maternité, telles Virginia Woolf, Sylvia Plath et Simone de Beauvoir. Elle met aussi en scène des petites bonnes femmes qui sont autant de voix intérieures et contradictoires formant sa personnalité complexe (Miss Intelligence Pratique, Miss Ego Ambition, Miss Cynique Intello, Miss Salin Volupté, Maman Gâteau, et Dame Derviche).

Enfin, la dernière partie de «Lait noir» parle de la dépression postnatale de façon pratique et parfois drôle. Elle souligne surtout l'erreur classique de la jeune maman qui risque de la pousser à la dépression: son désir d'être parfaite et son nécessaire constat d'échec. Lire ce livre permettra à chacune de savoir qu'elle n'est pas seule, mais tout à fait normale.

Par ailleurs, ce texte forme un ensemble vivant, stimulant, drôle et captivant. Reste un paradoxe intéressant: malgré tous ses efforts ou suivant sa tendance naturelle à intellectualiser la question de la maternité et de l'écriture, ou finalement, plus largement, de la carrière, Elif Shafak semble s'être laissé entraîner par une sorte de désir instinctif, voire son destin, plutôt que la raison, dans son choix d'avoir un enfant.

«Lait noir», Elif Shafak, traduit du turc par Valérie Gay-Aksoy, Phébus


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