03.08.2015, 08:58

De l'écrivain d'Olten à la femme écrivain

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Par LAURENCE DE COULON

Quand Alex Capus écrit sur Olten, il y met autant de dérision que de tendresse, et surtout, il s'emploie à détourner les clichés, en s'avançant là où on ne l'attend pas. Ce fils d'un psychologue parisien et d'une institutrice suisse vit dans cette petite ville depuis ses 6 ans. Bilingue, il a écrit de nombreux contes et romans en allemand, peu traduits en français. Mais «Le Roi d'Olten» donne assurément l'envie de connaître le reste de son œuvre.

Ces histoires, publiées de 2002 à 2009 dans divers journaux, revues et livres, commencent par une illustration parfaite et savoureuse des aléas de l'inspiration et de la souveraineté de l'écrivain: «Il arrive qu'on me suggère des histoires à écrire. ça me plaît; parfois même j'essaie, et puis, le plus souvent, je finis par écrire autre chose.» M. Zeltner lui conseille d'écrire sur un chat noir et blanc «qui a toutes ses entrées et ses sorties dans toutes les maisons de la Vieille-Ville, comme s'il était le roi d'Olten». Et que fait Alex Capus ? Il écrit à propos des contrôles excessifs dans les aéroports américains, en passant par M. Zeltner lui-même, un policier à la retraite que tout le monde aimait, et conclut bien à propos: «Pour ce qui est du chat noir et blanc de la Vieille-Ville d'Olten, c'est un thème porteur, M. Zeltner avait parfaitement raison.»

Liberté d'auteur

Alex Capus continue à démontrer avec ironie sa liberté d'auteur dans sa seconde nouvelle, intitulée une fois de plus de façon trompeuse «Le Roi d'Olten». Il prétend reprendre le sujet du «chat noir et blanc qui règne sur la Vieille-Ville», et obéir aux injonctions des habitants d'Olten qui lui conseillent d'écrire à propos de ce chat et d'éviter «les histoires de flics». Après avoir souligné: «J'obtempère, bien entendu», il raconte immédiatement l'anecdote touchante d'un policier généreux et intègre qui payait les contraventions qu'il avait lui-même données mais que les contrevenants ne pouvaient visiblement pas honorer, faute de moyens.

De la dérision en tout

Les nouvelles suivantes parlent de toutes sortes de citoyens d'Olten, des élus, des Célébrités locales, notamment de Stripper, un homme à la jambe de bois et au passé de rocker révolté, du Café des bains municipaux, et de la tendance des Soleurois à se mettre en avant, inimaginable à Olten. Alex Capus a le don de mettre de la dérision partout, mais aussi de transformer les défauts en qualité. «Lorsque dans le vaste monde on parle d'Olten, les gens disent - pour autant qu'ils disent quelque chose - que d'Olten ils ne connaissent que la gare. C'est très bien ainsi, et c'est parfaitement suffisant.» Et d'expliquer que cette qualité d'important nœud ferroviaire a rendu les citoyens de souche très accueillants envers les étrangers, qu'ils viennent de près ou de loin.

Par ailleurs, dans les petites villes, tout le monde se connaît. Et tout le monde demande à Alex Capus si ce qu'il écrit est vrai. Et l'écrivain a beau répondre que tout est inventé, personne n'y croit, sauf quand c'est faux: «Premier axiome de Capus: pour que l'individu se reconnaisse, il faut pour le moins donner son vrai nom et indiquer son numéro de téléphone, et si possible son numéro d'assuré social.»

«Le Roi d'Olten», Alex Capus, traduit de l'allemand par Anne Cuneo, Bernard Campiche éditeur, 120 p. Fr. 25.00

Personnages féminins

Quand Alex Capus parle d'Olten, il parle en fait d'écriture, tout comme Isabelle Lortholary qui lorsqu'elle parle des femmes, parle souvent d'écrivaines. Dans le troisième livre de la journaliste et critique littéraire française, «Des femmes, de l'autre côté», chaque nouvelle fait parler un personnage féminin, sur des tons très différents. Névrosé, chez la première narratrice qui a peur de se faire manger par son voisin, «Sex and the city» pour la deuxième qui fait passer ses amies avant ses enfants, son mari et sa mère, souvent drôle, dérangeant, étrange et cruel, mais pathétique et lourd dans la longue nouvelle «Journal d'Ornolac» où l'héroïne se remet d'un deuil en l'écrivant. Puisqu'elles sont femmes et qu'elles écrivent, on se demande, un peu trop naïvement, comme les citoyens d'Olten à Alex Capus: «C'est vrai, ça?»

«Des femmes, de l'autre côté», Isabelle Lortholary, éd. Gallimard, 160 p. Fr. 24.10

 


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