«C'est monumental!»

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Le ténor Ramon Vargas interprète le «Requiem» de Verdi, avec cent choristes sur la scène du théâtre du Passage.

Par DOMINIQUE BOSSHARD
  15.04.2011, 11:17

Considéré comme l'un des meilleurs ténors du moment, Ramon Vargas poursuit une carrière internationale depuis la fin des années 1980. Souvent évoquée, «la splendeur solaire de sa voix» s'est illustrée sur les plus grandes scènes lyriques, dans les opéras de Mozart, Bellini, Donizetti, Rossini, son répertoire de prédilection, mais aussi de Verdi, Puccini...

«A la clarté de son timbre s'ajoute ce qu'il dégage en tant que personne», estime Rubén Amoretti, qui avait convié le ténor mexicain sur la scène du Passage en décembre 2009. Les deux chanteurs y seront une nouvelle fois à l'affiche ce week-end, dans le «Requiem» de Verdi. «Une œuvre monumentale!», disent-ils d'une même voix.

Ramon Vargas, vous aviez déjà interprété le «Requiem» de Verdi en 2001 à Milan. Vous touche-t-il particulièrement?

Verdi était agnostique. Mais quand je chante ce requiem, j'y sens une incroyable humanité et une profonde spiritualité. Verdi est un homme de théâtre, sa Musique d'opéra est perceptible dans cette œuvre, mais malgré tout il s'agit d'une œuvre sacrée avec de grands moments d'intimité. L'Agnus Dei, par exemple, est extrêmement touchant.

Vous dites que vous êtes venu au chant par la musique. Cela modifie-t-il votre approche de l'opéra?

Oui, absolument. Je ne pense pas seulement à la voix, à la capacité vocale et à l'interprétation du rôle, j'ai aussi un grand respect pour la musique même. Naturellement, à l'opéra, nous devons prêter attention au texte, spécialement avec Verdi, mais le respect de la musique reste primordial pour moi.

Enfant, vous chantiez dans un chœur d'église; qu'est-ce qui a décidé de votre carrière?

La chance! J'ai commencé ma carrière au Mexique après avoir participé à un concours, que j'ai gagné. La formule du succès tient en deux choses, je crois: la capacité et les opportunités. Je pense, par exemple, à mes débuts au Metropolitan Opera en 1992. On m'y a sollicité pour chanter «Lucia di Lammermoor», en remplacement de Pavarotti. Une opportunité! Mais j'ai pu la saisir car j'avais la capacité de tenir le rôle, je l'avais déjà interprété vingt fois à Lucerne.

Sur votre site internet, vous racontez qu'à 22 ans vous avez failli tout abandonner...

Je me l'explique mieux avec le recul. Je ne m'en étais pas rendu compte à l'époque, mais je pense que je n'ai pas su gérer le passage au statut de professionnel. J'adorais chanter pour le plaisir et, là, ça devenait un devoir. La pression est très brutale: «Tu dois!» Beaucoup de chanteurs, d'ailleurs, chantent mieux lors des répétitions, quand la pression n'est pas la même.

Vous comptez parmi les grands ténors, mais vous n'êtes pas très médiatisé. Un choix?

Non; je crois que je suis de la génération sandwich! Celle qui a été prise entre les trois ténors (réd: Pavarotti, Carreras et Domingo) et la nouvelle génération, très médiatisée. Quand j'ai connu mes premiers moments importants, l'attention des médias était focalisée sur les trois ténors, ils monopolisaient le marché. Près de vingt ans après, on est passé à autre chose, on a mis en avant la nouvelle génération. Beaucoup ont une jolie voix, du talent, mais même à 30 ans, croire que l'on est arrivé est illusoire. Il faut du temps pour faire un chanteur, mais, à notre époque, le temps n'a plus la cote. Aujourd'hui, beaucoup de jeunes sont très vite oubliés et remplacés. On assiste, aussi, à une grande confusion des valeurs; dans l'esprit des gens par exemple, Paul Potts, candidat d'une émission TV anglaise (réd: «Britain's Got Talent»), devient l'égal de Pavarotti!


Neuchâtel, théâtre du Passage, demain à 20h, dimanche à 17h

Delémont, Halle des expositions, mardi 19 avril à 20h30, avec Enrique Folger.

Requiem en images

«Un opéra en robe d'ecclésiastique», aurait ironisé un chef allemand lors de la première du «Requiem» de Verdi, le 22 mai 1874, pour résumer cette œuvre qui unit le grandiose et l'intime, le lyrisme et le sacré. Ce week-end à Neuchâtel, cent choristes - le chœur Lyrica et Espace choral - 65 musiciens de l'Orchestre symphonique du Jura et quatre solistes - Ramon Vargas, Rubén Amoretti, Joanna Paris, Kismara Pessatti - visiteront à leur tour cette messe monumentale écrite à la mémoire de l'écrivain italien Alessandro Manzoni.

«Depuis longtemps, j'avais envie de présenter le Requiem en situant l'orchestre dans la fosse et non pas sur le plateau», commente Rubén Amoretti, qui avec Lyrica chapeaute la production. Des projections accompagneront cette version, sans que l'on puisse toutefois parler de véritable mise en scène. «Cet élément n'est pas fait pour déranger l'écoute du spectateur, bien qu'à l'opéra on soit capable à la fois de regarder les acteurs et d'entendre la musique! Liées à la nature, les images que nous avons conçues apparaîtront comme un fil conducteur à Travers l'œuvre; elles n'alourdiront pas une musique et un texte déjà très dramatiques.» / dbo

Soutien aux humbles

«Ces activités-là me donnent beaucoup de joie». Ramon Vargas fait allusion à la bourse qu'il a créée au Mexique pour soutenir les jeunes chanteurs. Et, surtout, à sa fondation Eduardo Vargas, qui porte le nom de son jeune fils, emporté à 7 ans par une paralysie cérébrale. «Cette fondation vient en aide aux enfants handicapés», situe Rubén Amoretti, qui tient à souligner l'extraordinaire générosité de son partenaire. «La situation au Mexique est tragique», relève Vargas. «Le contraste y est énorme entre les riches et les pauvres. Notre fondation tente de porter secours aux plus humbles.» / dbo

Repères

nAISSANCE
En 1960 à Mexico, dans une famille de la classe moyenne. «Une antique famille mexicaine catholique», situe Vargas en riant: «Nous étions 9 enfants, ce n'était pas facile.»

débuts
Etudes à l'Institut de musique et des arts Cardenal Miranda. Premier engagement professionnel en 1982, à Mexico.

europe
Lauréat du concours Enrico Caruso pour ténors à Milan en 1986, il poursuit sa formation en Autriche. Il intègre la Cie de l'Opéra de Lucerne pendant 14 ans.

Jalons
1re apparition au MET à New York en 1992 dans «Lucia di Lammermoor»; un an plus tard à La Scala de Milan pour le centenaire de «Falstaff».

rencontres
Celle avec Rodolfo Celletti, grand spécialiste de la voix, fut importante: «Avec lui, je suis passé de ténor léger à ténor lyrique», dit Vargas.


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