André Paul a bonne mine

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A Saint-Maurice, en Valais, une exposition restitue tout le talent du dessinateur André Paul, humoriste malgré lui. Né au Locle, il y a 90 ans, il préfère la dérision à la méchanceté.

Par JEAN AMMANN
  16.07.2009, 11:19

A force de le côtoyer, notre œil s'était usé. Sa visite était dominicale, comme l'ennui des après-midi figés. Un vieil oncle à qui, une fois par semaine, nous allions présenter nos hommages. Car André Paul fut durant 42 ans le dessinateur de la «Tribune de Lausanne», devenue «Le Matin Dimanche», avec un bref intermède à «La Suisse». Les années passant, André Paul n'était plus en phase avec une époque qui se réclamait «bête et méchante».

«Méchant, je ne peux pas!», a déclaré André Paul, le jour du vernissage de l'exposition qui lui est consacrée - jusqu'au 1er novembre - au château de Saint-Maurice. Il préfère, dit-il, la dérision à la méchanceté, le sourire au rire... Il laisse à d'autres la tentation de la cruauté et il privilégie une vision attendrie de l'humanité: dans ses dessins, quand il pleut, le parachutiste offre un abri aux oiseaux qui dégoulinent.

Maintenant qu'André Paul s'est fait rare, maintenant que ses dessins ne s'impriment plus que dans le souvenir, son talent resurgit. Il suffit de visiter l'exposition du château de Saint-Maurice pour tomber en admiration devant la spontanéité du trait, devant l'originalité du point de vue, devant la cocasserie des situations et la drôlerie de la comédie humaine ainsi restituée.

«André Paul n'est pas sous-estimé, non. Il est ignoré!», affirme Jean-Pierre Coutaz, directeur du château de Saint-Maurice, et professeur d'arts visuels au Collège de Saint-Maurice. Et pour appuyer son propos, il raconte l'épisode fondateur de cette exposition: «En décembre 2007, dans une vente aux enchères, j'ai découvert un dessin d'André Paul. J'ai interpellé le commissaire-priseur et je lui ai fait remarquer que la notice biographique était incomplète: il était mentionné la date de naissance de l'auteur, 1919, mais pas la date de la mort! Or, André Paul est non seulement bien vivant, mais il est comme l'Etna, en pleine activité... J'ai décidé de rappeler ce monument du dessin au bon souvenir de ses contemporains.»

En 1952, Jack Rollan, le fameux humoriste, découvre André Paul. Il l'attire dans l'univers de la satire. Pour lui, André Paul illustrera les aventures polissonnes de «Chnouki-Poutzi, la Kaul Görl du Bundeshaus».

Pris d'un remords tardif, Jack Rollan déclarera en 1988: «En publiant son premier dessin de presse, je me fais complaisamment croire que j'ai violé sa muse pour faire un Daumier de ce Michel-Ange.» Une opinion que Jean-Pierre Coutaz partage: «Chez André Paul, la qualité plastique prime: d'accord pour faire un gag, à condition que cela soit beau! Je pense qu'André Paul est un artiste détourné du droit chemin. C'est un humoriste malgré lui. Sans la guerre, qui éclate lorsqu'il a 20 ans, André Paul serait devenu un peintre. Cette dimension transparaît dans son œuvre: regardez certains de ses dessins, il y a du Rubens là-dedans!»

Le «New York Times» et le «Canard enchaîné» ont voulu l'engager. André Paul a refusé: «J'attendais le superdessin qui aurait mérité d'y figurer», dit-il. Nous autres Romands, qu'il portraiture si bien en taguenets sublimes, en bedoumes superbes, n'avons pas su mesurer notre chance. Une chance de 70 ans si vite passée. /JAM-La Liberté

Château de Saint-Maurice, jusqu'au 1er novembre, ouvert du mardi au dimanche, de 13 h à 18 h. Entrée: 8 francs. www.expochateau.ch

«Une maestria innée»

Aujourd'hui, les dessinateurs, qui d'ordinaire ne respectent rien (c'est même pour ça qu'on les paie grassement), s'inclinent devant la statue nonagénaire: Mix et Remix souligne la splendeur des décors, Alex l'étendue de sa palette et Richard Aeschlimann la spontanéité de son trait. En septembre 2008, dans la revue «Pharts», Aeschlimann écrivit: «Parmi quelques centaines de dessins que j'ai eu le bonheur de pouvoir observer, seul un tout petit nombre (trois au total) comportait une retouche ou un remords quelconque (...). C'est donc bien la preuve que la maestria de l'auteur est innée.» /jam

Bio Express

1919 Le 27 décembre, naissance de Paul-André Perret au Locle, d'un père horloger et d'une maman couturière.

1935 Il entre à l'Ecole des arts industriels, à Bienne.

1939 Il s'installe à Paris et entre à l'Ecole nationale supérieure des arts décoratifs. La guerre éclate. Il quitte Paris en 1940. Il est mobilisé.

1945 A la fin de la guerre, il se lance dans la publicité. Omega lui confie ses campagnes.

1952 Jack Rollan, qui publie son «Bonjour», le remarque. Il collabore jusqu'en 1958 et prend le pseudonyme d'André Paul.

2000 Fin de sa collaboration avec «Le Matin Dimanche».


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