03.08.2015, 08:57

Un poisson très «humain» qui tient à sa réputation

chargement
Par yann hulmann

Gourmand, lâche, tricheur, époux violent, le poisson nettoyeur ou Labroide dimidiatus n'a rien du gendre idéal. Pour couronner le marché, Monsieur Poiscaille serait très à cheval sur sa réputation. Depuis quelques années, ce minuscule poisson, cher au cœur des chercheurs du laboratoire d'éco-éthologie de l'Université de Neuchâtel, ne cesse de surprendre par son caractère aux traits si «humains». Alors que dans nos rues il aurait tout de la petite frappe, dans les aquariums des scientifiques, ce gourmand petit poisson gagne sans conteste en prestige.

Doctorante auprès de l'éco-éthologue Redouan Bshary, Ana Pinto vient ainsi de publier dans la revue «Current Biologie» quelques nouvelles lignes à intégrer au curriculum de la bestiole. La chercheuse démontre que la tricherie - l'animal aurait tendance à croquer le mucus de ses clients de poisson plutôt de bichonner leur cuirasse - diminue sensiblement du moment qu'il se sent observé. Pas par n'importe qui s'entend. Mais par l'un de ses nombreux clients potentiels. Car le poisson ne chôme pas, il peut assurer jusqu'à 2000 interventions par jour, note Redouan Bshary. Une bénédiction pour les chercheurs qui souhaitent soumettre leur théorie à la réalité du terrain. «C'est vraiment la première fois qu'une étude atteste l'existence de la notion de "prestige social" ou de "réputation" chez un animal», détaille Ana Pinto. «Car l'existence de cette notion n'a même pas pu encore être prouvée chez des animaux supérieurs comme les primates.»

«Cela serait bien plus complexe de mettre ce type d'expérience en place avec des chimpanzés», ajoute Redouan Bshari. «Ils pourraient devenir agressifs par exemple, leur comportement est bien moins prévisible.» L'éco-éthologue souligne toutefois que ce n'est pas parce que l'on n'a pas encore démontré que les chimpanzés étaient soucieux de leur réputation qu'ils ne le sont pas.

Quant au labre nettoyeur, le prochain trait de son caractère «humain» à être dévoilé pourrait bien être son esprit marchand. En effet, plus les clients potentiels à l'observer sont intéressants gustativement parlant, ou du moins en quantité de mucus à fournir, plus le petit poisson s'appliquerait. Sans parler de mimétisme avec l'humain, le comportement de la petite bête aurait eu de quoi faire vaciller les certitudes d'un certain Jean-Jacques. Culotté sera sans conteste celui qui osera accuser la société d'avoir corrompu le gentil petit poisson.


Résumé du jour

Ne ratez plus rien de l'actualité locale !

Abonnez-vous à notre newsletter et recevez chaque soir toutes les infos essentielles de la journée!

Recevez chaque soir les infos essentielles de la journée !

À lire aussi...

RechercheMédecine: de la «colle à moules» pour réparer les coeurs endommagésMédecine: de la «colle à moules» pour réparer les coeurs endommagés

En chiffresTabagisme: 27% des Suisses fument, une habitude qui touche davantage les jeunesTabagisme: 27% des Suisses fument, une habitude qui touche davantage les jeunes

EpidémieCoronavirus: le bilan en Chine approche les 1’900 mortsCoronavirus: le bilan en Chine approche les 1’900 morts

ZoomSanté: 71% des habitants suisses sont satisfaits de la qualité du système helvétiqueSanté: 71% des habitants suisses sont satisfaits de la qualité du système helvétique

SANTÉ«Une bonne transition entre l’hôpital et la vie normale»«Une bonne transition entre l’hôpital et la vie normale»

Top