03.08.2015, 09:20

Reconstruction après un cancer

chargement
Par PAULINE LÉNA - LE FIGARO

«On traite bien le cancer du sein, mais pas la femme qui a un cancer du sein, regrette le Pr Laurent Lantieri, chirurgien à l'hôpital Henri-Mondor à Créteil. Le nombre de femmes dont les seins sont reconstruits après un cancer n'atteint que 30% de celles qui ont subi une mastectomie.» Chaque année, 3600 nouveaux cas de cancer du sein sont diagnostiqués en Suisse, dont une partie nécessitera une mastectomie qui est parfois suivie d'une reconstruction. En France, la Haute Autorité de Santé (HAS) considère que la reconstruction fait partie intégrante du traitement et doit être évoquée dès les premières consultations avec le chirurgien, lorsque les options de traitement sont envisagées. «Pour passer de 30 à 50% de femmes dont les seins sont reconstruits - un objectif raisonnable -, il faudrait mieux informer les femmes sur les différentes techniques disponibles et améliorer l'accès au réseau de soin», souligne le Dr Benoît Couturaud, chirurgien à l'Institut Curie, à Paris.

Le choix de la technique de reconstruction dépend de nombreux paramètres, en particulier des traitements qui viennent s'ajouter à la chirurgie initiale. La technique de reconstruction la plus pratiquée est l'implantation d'une prothèse en gel de silicone. L'intervention est simple, bien maîtrisée et les risques de nécrose désormais très faibles. Lorsqu'une radiothérapie est nécessaire, l'intervention ne peut être pratiquée au même moment que la mastectomie car les implants supportent mal les radiations. Par ailleurs, la peau irradiée est de mauvaise qualité et en quantité insuffisante pour introduire un implant. Elle sera donc envisagée entre six mois et un an après la fin des séances.

Certains chirurgiens proposent de pratiquer une extension de peau en introduisant un implant temporaire dont le volume est peu à peu augmenté. Cette technique nécessite cependant plusieurs interventions et peut se révéler assez douloureuse. Dans la majorité des cas, le chirurgien utilise un lambeau de peau et parfois également de muscle, prélevé en général dans le dos ou sur le ventre. Il faudra alors vivre avec une autre cicatrice que celle de la mastectomie, ce que certaines femmes ont du mal à accepter.

Technique Diep

Depuis quelques années, des techniques utilisant uniquement les tissus de la patiente pour reconstituer le volume initial du sein sont apparues, pour éviter le recours aux implants. De nombreuses femmes sont en effet réticentes à ces derniers, qu'elles considèrent comme un corps étranger indésirable ou simplement perçu comme froid et d'un toucher peu naturel. En outre, les prothèses ont une durée de vie limitée et doivent être remplacées après dix ou quinze ans.

Enfin, ces nouvelles reconstructions par tissu autologue peuvent se pratiquer en même temps que la mastectomie, même lorsqu'une radiothérapie est envisagée, et évitent ainsi une nouvelle intervention qui peut se révéler traumatisante pour celles qui ont déjà subi le choc de la mastectomie. Ainsi la technique Diep, notamment défendue par le Pr Lantieri, permet une reconstruction avec un lambeau de peau et de graisse prélevé sur le ventre, sans toucher aux muscles. Une approche plus particulièrement adaptée aux femmes plus âgées qui, après plusieurs grossesses, ont un surplus de graisse au niveau du ventre.

Ces nouvelles techniques ne représentent encore qu'une minorité des interventions de reconstruction. Sur un plan très pratique, la reconstruction par prothèse simple nécessite environ une heure et demie de temps de bloc et une reconstruction avec lambeau peut aller jusqu'à quatre heures. Les techniques autologues, quant à elles, nécessitent un temps d'intervention qui peut atteindre six heures et ne sont pratiquées en France que par quelques chirurgiens.

Il est par ailleurs difficile de dégager du temps disponible pour ce type d'opérations alors que les blocs sont déjà surchargés dans la plupart des hôpitaux et centres anticancéreux. L'Institut Curie a ainsi décidé de ne plus pratiquer de reconstructions différées pour se recentrer sur les mastectomies. Les femmes doivent donc de plus en plus se tourner vers des centres privés où les dépassements d'honoraires peuvent parfois les conduire à renoncer à une reconstruction pourtant prévue par le système de soins français.

Chirurgie esthétique: un éventail d'implants pour toutes les femmes

«Nous disposons désormais d'un choix très grand de prothèses mammaires qui nous permettent de nous adapter aux tissus et au désir de la patiente, souligne le Dr Sydney Ohanna, chirurgien plasticien à Paris et président d'honneur de la Société française de chirurgie esthétique. De nombreuses formes de prothèses ont d'ailleurs été mises au point pour la reconstruction après un cancer du sein, notamment lorsque tout le sein a dû être enlevé.» Les techniques d'implantation sont semblables, mais les chirurgiens évitent de créer de nouvelles cicatrices après une mastectomie. La très grande majorité des prothèses mammaires implantées aujourd'hui sont constituées d'une membrane de silicone remplie d'un gel de silicone plus ou moins liquide. Plus le matériau est dit «cohésif» (c'est-à-dire ni friable, ni liquide), moins il y a de risque de problèmes liés aux échanges gazeux (oxygène ou gaz carbonique) à Travers la peau. «Mais plus il est possible que des plis se forment, qui favorisent la rupture», précise le Pr Laurent Lantieri, chirurgien à l'hôpital Mondor, à Créteil. Les prothèses remplies de sérum physiologique ne sont pratiquement plus utilisées.

Les fabricants de prothèses ont mis au point de nombreuses formes et volumes de prothèses pour que les seins modifiés aient une forme parfaitement naturelle en fonction de la forme initiale des seins, de l'âge de la patiente et de ce qu'elle désire obtenir comme résultat.

Forme ronde ou forme anatomique

Le choix le plus important se fait sur la forme générale de la prothèse qui peut être ronde ou anatomique. Chez une femme jeune, le choix se porte le plus souvent sur une prothèse ronde. Pour une femme plus âgée, ayant déjà eu des grossesses, le choix se porte désormais plus souvent vers une forme dite anatomique avec un renflement vers le bas qui respecte l'allure normale d'un sein plus âgé.

Avec ce type de forme, tout pivotement de la prothèse est cependant visible et nécessite un ajustement par le chirurgien. La prothèse peut être placée devant ou derrière le muscle pectoral, en fonction de la taille initiale du sein, de son profil et de la forme de prothèse qui est choisie.

«Le risque principal lié à l'implantation d'une prothèse mammaire est le phénomène de coque, une réaction cicatricielle qui conduit à la formation de tissu fibreux autour de la prothèse dans environ 3% des cas», précise le Dr Ohanna. Une nouvelle intervention est alors nécessaire. Il est possible également, après plusieurs années ou lors d'un amaigrissement important, que des plis se forment dans la prothèse. Il est alors nécessaire de la changer, ce qui peut se faire en ambulatoire puisque la place nécessaire à l'implantation existe déjà.

Certains chirurgiens proposent une petite augmentation des seins par un remplissage à l'acide hyaluronique. «L'intervention reste très coûteuse et doit être répétée tous les deux ans environ», rappelle le Dr Ohanna. Cette approche fait par ailleurs l'objet d'une controverse scientifique, car certains experts estiment que cette substance peut masquer, lors des examens radiologiques, la présence d'une tumeur dans le sein. / pl

Repères

HISTOIRE
Le cancer du sein est connu depuis la nuit des temps. On en retrouve des descriptions dans des papyrus égyptiens datant de 1600 av. J.-C. C'est d'ailleurs Hippocrate qui a «inventé» le mot cancer, de carcinos, qui signifie «crabe» ou «pince»; un terme forgé en référence à l'aspect de la tumeur lorsqu'elle est très évoluée, «les veines qui courent autour d'elle étant alors comparables aux pattes d'un crabe», écrit ainsi le Pr Jacques Rouëssé dans son dernier ouvrage, Une histoire du cancer du sein en Occident (Springer). Il y raconte aussi que pendant très longtemps, ce cancer a été considéré comme contagieux. Ce n'est qu'au cours du XXe siècle que cette théorie fut abandonnée.

ONCOPLASTIE
Selon le Dr Frédéric Kolb, chirurgien à l'Institut Gustave-Roussy de Villejuif, la majorité des femmes pourraient bénéficier d'un geste de chirurgie plastique au moment même de l'exérèse de la tumeur, lorsque le sein est conservé. Ce geste d'oncoplastie, désormais envisagé de plus en plus souvent, permet de prévenir les conséquences de la chirurgie conservatrice, qui ne se voient parfois qu'après plusieurs années.

LIPOFILLING
Dans de nombreux cas, une simple injection de graisse, prélevée sur la patiente elle-même, permet de combler le vide laissé par la tumeur. Cette technique, appelée lipofilling, n'est autorisée en France que pour la reconstruction après un cancer, les experts craignant à la fois que ce tissu graisseux masque des tumeurs lors des examens radiologiques et que les hormones qu'il produit en favorisent l'apparition. De nombreuses études sont en cours pour étudier ces risques avant d'en envisager l'utilisation sur des seins sains. / jln


Résumé du jour

Ne ratez plus rien de l'actualité locale !

Abonnez-vous à notre newsletter et recevez chaque soir toutes les infos essentielles de la journée!

Recevez chaque soir les infos essentielles de la journée !

À lire aussi...

AlimentationBonnes ou mauvaises graisses, sachez faire la différenceBonnes ou mauvaises graisses, sachez faire la différence

VIHSous traitement, une personne séropositive ne transmet plus le VIHSous traitement, une personne séropositive ne transmet plus le VIH

MédicationSanté: médicaments anti-âge, compléments alimentaires… quels sont les risques?Santé: médicaments anti-âge, compléments alimentaires… quels sont les risques?

SociétéSanté: des conseils pour rester en formeSanté: des conseils pour rester en forme

SociétéSanté: bien vieillir, c'est possibleSanté: bien vieillir, c'est possible

Top