03.08.2015, 09:02

Quand le champ de vision d'Arles est non conforme

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Jusqu'au 18 septembre, la ville d'Arles se transforme en temple de la photo pour accueillir les Rencontres et ses 47 expositions mêlant le photojournalisme, la photographie contemporaine aux nouveaux usages de la photographie.

«Maintenant, nous sommes une espèce d'éditeurs, tous, nous recyclons, nous faisons des copier-coller, nous téléchargeons et remixons. Nous pouvons tout faire faire aux images. Tout ce dont nous avons besoin, c'est d'un œil, un cerveau, un appareil photo, un téléphone, un ordinateur, un scanner, un point de vue. Nous créons plus que jamais parce que nos ressources sont illimitées et les possibilités sont infinies». Il suffit de lire le manifeste de l'exposition «From Here On» pour comprendre que la photographie subit de grands changements, qu'elle est bouleversée par les multiples façons de la produire, de l'utiliser et de la diffuser. Sous le label «non conforme», la 42e édition des Rencontres d'Arles se confronte au bouleversement de l'identité photographique.

Remise en question

«From Here On» regroupe 36 photographes dont la source première d'inspiration est internet. Une exposition audacieuse mais risquée, car le puriste de la photographie et du photojournalisme en ressort émerveillé et révolté à la fois. «From Here On» remet non seulement la photographie en question mais aussi le rapport que le public a avec elle. «Nous sommes dans une ère de surproduction visuelle à cause du numérique et d'internet. Avec cette exposition, on veut faire remarquer qu'il y a un tournant dans l'usage de la photo et qu'internet devient un réservoir sans fond dans lequel on peut se servir librement. Il n'est plus forcément question de produire mais simplement d'utiliser ce qui est déjà produit. Les artistes recyclent l'existant!», explique Erik Kessels, curateur de l'exposition.

Si tous les chemins de la salle de l'exposition «From Here On» mènent au manifeste, son impact frappe encore plus fort au fil des photos et vidéos qui l'entourent. C'est ainsi que l'artiste canadien Jon Rafman collecte l'indiscrétion à Travers le monde grâce aux copies d'écran de Google Street view, que le chat de Christian Allen appelé «Nancy Bean» ramène de ses escapades quotidiennes de nombreuses photos grâce à son appareil numérique autour du cou, ou encore, que des centaines de piscines, de bateaux ou de maisons issus de diverses photographies numériques sont regroupés, détourés et enlevés de leur contexte par Jenny Odell. Surgissent alors des questions qui remettent en cause l'éthique, les droits d'auteurs, l'esthétique, l'authenticité et la véracité de la photographie.

Démontrer l'évolution

«Il n'est pas question d'éthique ou de droits ici. Les artistes veulent surtout susciter de la curiosité, donner à réfléchir. Qu'est-ce qu'on fait? Quelle est l'approche, l'erreur? Je pense aussi qu'il y a plus d'authenticité et de spontanéité au détour d'erreurs, de taches qu'on retrouve sur certaines photos présentées que sur des photos de professionnels où la spontanéité est finalement gommée dans la démarche. La vérité ici se trouve dans l'idée, pas dans la photo», s'exclame Erik Kessels.

Pour lui, «From Here On» est là pour démontrer l'évolution de la photographie, de la banalisation de son appropriation, de son hyperaccessibilité et non pas pour dénigrer la photographie traditionnelle. «Chaque chose suit son cours et la photographie aussi. Ce que l'on voit représente notre société. Nous sommes à l'ère des nouvelles technologies, du bombardement visuel. Je pense que nous arrivons d'ailleurs à un point culminant de cette consommation obsessive d'images. On va gentiment commencer à faire un tri et dans 20 ou 30 ans on n'aura peu ou pas de traces photographiques des années 2000 car elles auront disparu d'internet ou de notre ordinateur, car il suffit simplement de cliquer sur effacer.»

La révolution mexicaine

Malgré l'annulation de l'année du Mexique en France après l'affaire Florence Cassez, les Rencontres d'Arles ont maintenu les expositions consacrées aux photographes mexicains avec une programmation spéciale. La rétrospective intitulée «République» permet notamment de découvrir les nouveaux talents de la photographie mexicaine.

Dulce Pinzon avec sa série «La véritable histoire des super-héros» travaille sur l'image du «héros». Cependant, elle met en avant les héros du quotidien, soit des immigrés d'origine mexicaine ou latino-américaine qui travaillent durement à New York afin de gagner leur vie. Vêtus d'un costume de superhéros, ils sont photographiés sur leur lieu de travail. Ce projet de 20 photographies est accompagné d'une légende constituée du nom du héros, de sa ville natale, le nombre d'années durant lequel il a travaillé à New York et la somme d'argent qu'il envoie à sa famille chaque semaine.

Dans «Bienvenue à Lipstick», Maya Goded réalise des portraits de prostituées abandonnées et isolées entre les murs d'une «zone rouge» qui sépare le Mexique des Etats-Unis. Cette zone, autrefois très fréquentée, est aujourd'hui un lieu où règne une extrême violence.

Outre la nouvelle génération de photographes mexicains, Enrique Metinides et ses «101 Tragédies» règne en pionnier de la photographie contemporaine mexicaine. A douze ans, il suit le travail de la police et publie sa première photo pour le journal «La Prenza». Il ne quittera le journal qu'en 1997 lorsque celui-ci est revendu. «101 Tragédies» est un ensemble de photos et de récits choisis et narrés par l'artiste mexicain qui se souvient du moindre détail. Chaque photo est classée selon le type: accident de train, de vélo, Crash aérien, suicide, pendaison. L'œuvre de Metinides se démarque de la photographie de presse à scandale d'aujourd'hui que l'on retrouve encore dans les rues de Mexico. Metinides fixe à travers ces images un humanisme propre, un sens du détail et une conscience à la fois de l'accident et du contexte culturel. Aujourd'hui âgé de 77 ans, il revisite ses photographies en y ajoutant dans le cadre les jouets de sa grande collection de policiers, pompiers ou ambulanciers miniatures au premier plan. apl

Une expo, cinq têtes

A la tête de l'exposition «From Here On» et de son manifeste, cinq hommes, tous spécialistes de la photographie. Tout d'abord Martin Parr, photographe membre de Magnum, et Joan Fontcuberta, photographe contemporain catalan et professeur à l'école des communications de Barcelone. Puis Joachim Schmid, artiste allemand qui travaille avec des photographies trouvées depuis le début des années 1980. Sans oublier, Clément Chéroux, conservateur au Centre Pompidou à Paris et Erik Kessels, éditeur et directeur de création de l'agence de communication KesselsKramer à Amsterdam et à Londres.


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