03.05.2016, 00:15

Opération mains propres

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Une batterie de mesures a été mise en place à l’Hôpital neuchâtelois pour améliorer le taux d’observance des standards de l’OMS  dans le domaine de l’hygiène des mains.
Par BRIGITTE REBETEZ

PRÉVENTION DES INFECTIONS PRÉVENTION DES INFECTIONS Un programme d’envergure développé depuis 2012.

«De nombreuses études démontrent que les infections nosocomiales diminuent lorsque le personnel soignant s’efforce d’avoir une bonne hygiène des mains», expose le Dr Olivier Clerc, médecin adjoint du Service de médecine et responsable de l’Unité de prévention et de contrôle de l’Hôpital neuchâtelois. «Parce que la plupart des germes transmissibles transitent par l’intermédiaire des mains: en période de grippe, par exemple, on trouve des virus responsables de la maladie jusque sur les poignées des bus.»

En milieu hospitalier, la prévention des infections constitue un enjeu majeur, la faute aux bactéries devenues multirésistantes, insensibles aux antibiotiques. Pire, ces super-germes – à l’instar du staphylocoque doré – s’épanouissent dans un Environnement médicalisé où ils ont tendance à s’incruster durablement. En 2014, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) tirait la sonnette d’alarme après avoir dressé un tableau circonstancié à partir des données récoltées dans 114 pays: elle avertissait que «la résistance aux antibiotiques – lorsque l’évolution des bactéries rend les antibiotiques inefficaces chez les patients qui en ont besoin pour traiter une infection – est désormais une grave menace pour la santé publique».

Un problème d’autant plus lancinant que les patients sont particulièrement vulnérables dans certains services hospitaliers. Les personnes admises aux soins intensifs ou en gériatrie notamment sont par définition fragilisées, donc plus susceptibles d’être infectées. D’où l’importance d’une hygiène irréprochable lorsqu’on met en place un cathéter, une sonde dans la vessie ou tout autre corps étranger sur lequel peuvent adhérer des micro-organismes.

Standards de l’OMS

Pour généraliser les standards de l’OMS en matière d’hygiène des mains, l’HNE s’est investi dans un programme d’envergure depuis 2012 (lire encadré). Avec comme objectif d’améliorer le taux d’observance du protocole parmi tous les soignants sur les sept sites hospitaliers, des médecins aux infirmiers en passant par les aides-soignants, mais aussi les physiothérapeutes, ergothérapeutes et techniciens en radiologie médicale. «A l’échelle mondiale, ce taux oscille entre 30 et 40%. A l’Hôpital neuchâtelois, on est passé de 61%, avant la mise en place du projet, à près de 87% aujourd’hui, ce qui est un score excellent», détaille le médecin responsable de l’Unité de prévention et de contrôle de l’infection. Une batterie de mesures a été mise en place, comprenant de fréquentes actions de sensibilisation, un atelier de formation pour les nouveaux collaborateurs ainsi que des documents sur intranet et une hotline pour épauler les soignants confrontés à des cas d’infection ou à des demandes de formation spécifiques.

Depuis plus d’une décennie l’Hôpital neuchâtelois figure parmi les cent établissements de soins qui participent au programme de Swissnoso, association créée sous l’impulsion de l’OFSP pour élaborer des recommandations contre les infections nosocomiales et la résistance aux antibiotiques dans les soins hospitaliers. Ce programme astreint les adhérents à enregistrer les infections qui surviennent sur leur site, des bactériémies (infections du sang) aux cas apparus après une intervention chirurgicale. Il fait désormais partie intégrante des contrôles de routine à l’HNE. En plus de cartographier les épisodes infectieux, cet inventaire permet aux hôpitaux affiliés de déceler promptement toute augmentation du nombre d’infections dans un secteur donné. «Nous pouvons ainsi intervenir plus vite et de manière plus ciblée», résume le Dr Clerc.

Vu son importance, l’hygiène des mains est un domaine sous haute surveillance, sans cesse amélioré. Pas plus tard que l’an dernier, l’Hôpital neuchâtelois a modifié ses recommandations en matière d’utilisation de gants médicaux. Pour certains gestes, «on est revenus en arrière, illustre le médecin en charge de l’unité de prévention: de récentes études ont démontré qu’il valait mieux, pour certaines indications, se désinfecter et travailler à mains nues. Les gants ne constituent pas une protection absolue, car en les retirant on peut se contaminer sans s’en rendre compte.»

En écho à la Journée mondiale de l’hygiène des mains agendée au 5 mai, l’Hôpital neuchâtelois (HNE) organise pour la première fois une conférence publique avec plusieurs animations sur cette thématique. Son titre: «Les mains qui soignent sont des mains propres». La conférence , dont l’entrée sera libre, se déroulera jeudi 12 mai 2016, entre 18 et 19 heures, à la salle polyvalente de l’hôpital de La Chaux-de-Fonds.

Elle réunira le Dr. Olivier Clerc, médecin adjoint du Service de médecine et responsable médical de l’Unité de prévention et de contrôle de l’infection de l’HNE ainsi que les trois infirmiers membres de cette unité. Son but est de montrer à la population l’ensemble des mesures entreprises depuis 2012 sur les sept sites hospitaliers pour améliorer l’hygiène des mains du personnel soignant.

L’originalité de cette manifestation? Elle sera interactive! Après la conférence, plusieurs ateliers permettront aux participants de visualiser certains germes qu’ils véhiculent sur leurs mains, entre autres. Dans un stand, ils pourront s’essayer au Didactobox, par exemple.

L’expérience consiste à placer ses mains - après les avoir désinfectées - dans une boîte émettant des UV: les rayons ultra-violets distinguent les zones mal nettoyées et de celles qui sont propres (la coloration est différente).

Un autre stand sera consacré au staphylocoque doré multirésistant (MRSA) qui s’épanouit en milieu hospitalier. Les visiteurs pourront effectuer un frottis nasal qui sera analysé anonymement, en échange d’un numéro. Cinq jours plus tard, les numéros des tests qui auront été contrôlés positifs au MRSA seront publiés sur le site internet d’Hôpital neuchâtelois, avec instructions sur le traitement à effectuer en cas de positivité.

Conférence publique et ateliers

La méthode HNE exportée

Selon les standards de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les mains des soignants doivent être désinfectées dans 5 moments précis durant les soins: avant de toucher un patient, avant un geste aseptique, après un risque d’exposition à un liquide biologique, après avoir touché un patient et après avoir touché l’environnement d’un patient... Fastidieux, mais indispensable pour sauver des vies.

Pour promouvoir ces gestes d’hygiène à grande échelle, un projet innovant a été développé par l’Hôpital neuchâtelois (HNE) depuis 2012. Résultat: en quelques mois, le respect des normes de l’OMS a bondi de 61% à plus de 80% sur les sept sites hospitaliers. Le programme a même été importé par le canton de Vaud. Pierre Vanderavero, infirmier responsable de l’Unité de prévention et contrôle de l’infection (UPCI) et membre de la Commission qualité de l’HNE, a été intégré au comité de pilotage de la Fédération des hôpitaux vaudois pour sa mise en place.

La particularité de la méthode HNE, c’est le recours aux outils marketing pour amener chaque soignant à s’approprier le processus. Un premier audit a été mené en septembre 2012 pour connaître le taux d’observance des mesures d’hygiène des mains. Verdict: 61%. A partir de là, le médecin responsable et les trois infirmiers de l’UPCI – dont une infirmière avec une formation marketing – ont fait campagne dans les 47 services hospitaliers. «Nous menions un audit ainsi que des actions ciblées toutes les dix semaines pour soutenir les collaborateurs dans leur démarche de l’amélioration, raconte Pierre Vanderavero. Notre objectif était d’atteindre un taux d’observance des 5 règles d’hygiène de 80%. Dès le troisième audit, nous avons atteint 87%!»

L’unité a misé sur la multiplicité des supports pour communiquer. Elle a produit des journaux d’information qui ont été adressés aux 2500 collaborateurs de l’institution (dont les non-soignants) avec les fiches de paie, des affiches électrostatiques placées à la sortie des chambres, des «crazy tests» (cartes à gratter pédagogiques) déclinés pour sept professions médicales. L’équipe a aussi créé des supports universels pour les flacons hydroalcooliques, ayant constaté que plus cette solution désinfectante était accessible, plus elle était utilisée.

Un outil parmi d’autres conçus pour perpétuer les bonnes habitudes prises par les soignants neuchâtelois. «Si nous ne faisons plus rien, le taux d’observance ne manquera pas de chuter, prédit Pierre Vanderavero. Nous devons donc travailler sans relâche à la pérennisation des acquis!»


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