«On doit toujours prendre ce syndrome au sérieux»

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Dysfonctions cardiaques, hypertension, somnolences diurnes, l’apnée du sommeil peut avoir des conséquences fâcheuses. Le point sur ce syndrome avec la pneumologue Véronique Negrel.

 20.08.2018, 00:01
La pneumologue Véronique Negrel avec un appareil de ventilation en pression positive continue.

l’apnée du sommeil est une découverte récente bien que relativement fréquente. Selon une étude réalisée au CHUV, à Lausanne, la moitié des hommes et un quart des femmes de 40 à 85 ans en souffriraient. Entretien avec la doctoresse Véronique Negrel, pneumologue spécialiste dans la prise en charge des syndromes d’apnées du sommeil à l’hôpital de la Providence, à Neuchâtel.

Qu’est-ce que l’apnée du sommeil?

Il s’agit de brèves interruptions de la respiration pendant le sommeil, provoquées par des fermetures répétées du pharynx. Dans la plupart des cas, elles sont causées par la langue qui bascule vers l’arrière, car les muscles de cette région se relâchent quand on dort. Si le blocage est partiel, on parle d’hypopnée. Ce qui est dangereux, c’est le mécanisme que l’organisme met en place pour rouvrir le pharynx: il sécrète des hormones de stress pour alerter le cerveau et engendrer un micro-réveil. Les personnes qui font des apnées n’arrivent alors plus à se plonger dans une phase de sommeil profond et paradoxal. Leur repos n’est plus réparateur. Autre conséquence, le cœur est sollicité en permanence! Il ne parvient plus à profiter de la nuit pour baisser son régime et se régénérer. Ce qui entraîne une usure des vaisseaux, des dysfonctions cardiaques mais surtout une hausse de la tension artérielle, tant nocturne que diurne.

C’est forcément grave?

On doit toujours prendre ce syndrome au sérieux, parce qu’il peut causer des problèmes cardio-vasculaires (hypertension, AVC, arythmie et insuffisance cardiaque, infarctus…). Mal respirer la nuit engendre aussi d’importantes somnolences pendant la journée, ce qui augmente les risques d’accidents de la route et du travail.

Comment établissez-vous le diagnostic?

J’effectue un enregistrement ambulatoire appelé polygraphie ventilatoire nocturne. Le patient vient au cabinet un après-midi et on lui pose des capteurs. Ensuite il rentre chez lui. Pendant la nuit, les capteurs mesurent sa respiration, la saturation en oxygène, ses positions (certaines personnes ne font des apnées que lorsqu’elles dorment sur le dos), ses mouvements, la lumière… Un enregistreur est accroché à son poignet. Lorsque le patient revient le lendemain, j’analyse les résultats avec lui. Ces données permettent d’établir un score d’apnée et d’hypopnée (IHA) par heure d’enregistrement: entre 5 et 15 occurrences/heure, le syndrome est peu sévère; entre 15 et 30, il est moyennement sévère et à partir de 30, il est considéré comme sévère.

Connaît-on les causes de ces apnées et hypopnées?

Le principal facteur de risque, c’est l’excès de poids. Viennent ensuite, dans l’ordre, le tabac, l’alcool et la prise de médicaments à visée psychiatrique (les somnifères notamment) et la consommation de drogues.

Comment se traite le syndrome?

J’aime parler du traitement de la cause. Les résultats sont meilleurs quand on agit sur le facteur de risque. Par exemple, je réfère les patients en surpoids au Service de diététique de l’hôpital de la Providence (lire l’encadré), en concertation avec leur médecin traitant. Quant aux fumeurs, je leur fournis des conseils, en les orientant vers une consultation de tabacologie. Je recommande un suivi au Drop-In aux personnes toxicomanes.

A partir de 10 apnées/hypopnées par heure, une réflexion médicale doit être menée. Selon l’importance des somnolences, des risques cardio-vasculaires et/ou des pathologies associées, un traitement peut s’avérer nécessaire. Si c’est le cas, je préconise la ventilation en pression positive continue (CPAP) en premier lieu. C’est un compresseur qui envoie de l’air sous pression à l’aide d’un masque nasal ou naso-buccal. Il empêche la langue de basculer vers l’arrière, supprimant ainsi les apnées, les hypopnées et même les ronflements (car les parois du pharynx ne vibrent plus). Depuis peu, il est silencieux – ce n’était pas du tout le cas auparavant! Les masques se déclinent dans différentes tailles et formes pour s’adapter à la morphologie de chacun.

Aux personnes qui ne parviennent pas à s’y habituer, je propose une deuxième option: le propulseur d’avancée mandibulaire. C’est une gouttière qui maintient la mâchoire inférieure en avant pendant le sommeil, dans le but de limiter le basculement de la langue. Mais elle peut être mal tolérée par la dentition ou la mâchoire, en plus elle n’est pas toujours efficace. Ce dispositif fonctionne surtout chez les patients non fumeurs ou dont le surpoids est modéré. Nous pouvons proposer une troisième solution pour les personnes dont les apnées surviennent uniquement lorsqu’elles dorment sur le dos: le gilet de positionnement ergonomique ou une version artisanale (une poche contenant des balles de sagex, fixée à l’arrière d’un t-shirt). Ils amènent le dormeur à adopter une posture différente. Pour les deux dernières variantes, nous procédons à un nouvel enregistrement nocturne pour vérifier l’efficacité et la tolérance.

Prise en charge ambulatoire des patients en surpoids

Le surpoids favorise de nombreuses maladies, du diabète aux problèmes cardio-vasculaires en passant par les cancers. C’est aussi le principal facteur de risque de l’apnée du sommeil. Selon les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé, l’obésité a triplé depuis 1975. Il n’existe pas de traitement miracle pour le surpoids – ça se saurait! – surtout pas les régimes, qui font grossir à moyen terme.

«Quand on n’arrive plus à arrêter de manger au bon moment, il faut réapprendre au corps à dire stop», explique Aline Monin, diététicienne à l’hôpital de la Providence, à Neuchâtel. Avec deux autres diététiciens du Service de diététique, elle intervient dans le cadre de la structure interdisciplinaire Provifit, qui propose depuis 2008 un suivi ambulatoire à des personnes souffrant d’un excès de poids. Objectif de la démarche? Influer sur leur comportement alimentaire plutôt que sur la composition de leurs repas. Les diététiciens de l’hôpital de la Providence délivrent plus de mille consultations ambulatoires par an. Le Dr Thomas Fulconis, spécialisé en éducation thérapeutique et dans les troubles du comportement alimentaire, assure le suivi médical.

Que ressent la personne quand elle s’alimente? Comment mange-t-elle, et dans quel contexte? Dans un premier temps, le suivi cherche à comprendre, évaluer, expliquer. «Il s’agit, par exemple, de faire prendre conscience au patient tout ce qui est avalé par automatisme ou d’intervenir sur des croyances alimentaires qui se sont muées en carcans à force de s’astreindre à des régimes», expose la diététicienne. «Le ressenti est essentiel! Le travail vise à reconnecter le patient à son corps, essentiel pour réapprendre à avoir faim et décrypter le signal de la satiété.»

En complément aux séances individuelles, l’hôpital de la Providence met sur pied l’atelier de groupe «Sensations alimentaires», qui totalise six séances. Au programme: des exercices et des échanges avec les autres participants sur les thèmes de la faim, du rassasiement, de l’importance de manger consciemment en savourant les aliments ainsi que sur la place des prises alimentaires émotionnelles dans la prise de poids. Ensuite, c’est le Groupe d’approfondissement interprofessionnel qui prend le relais.

Il réunit des diététiciens, des physiothérapeutes (qui travaillent sur le ressenti corporel), des infirmières en santé mentale et des psychologues. Apprendre à dire stop, gérer les prises alimentaires en situation de stress, le but est d’aider les participants à pérenniser leurs acquis et consolider leur confiance en soi.

«La fréquence des séances individuelles varie d’un patient à l’autre. Nous travaillons à la carte, en tenant compte de leurs souhaits. Certains ont besoin d’un coaching rapproché, d’autres pas», détaille Aline Monin. «A l’issue du programme, qui s’échelonne sur 8 ou 9 mois, quelques-uns demandent par exemple à maintenir deux ou quatre rendez-vous annuels.»

Apnées du sommeil et ronflements, parlons-en!

Une conférence publique focalisée sur les apnées du sommeil et les ronflements se déroulera mardi 28août2018, à 19h. Elle aura lieu à Neuchâtel, au faubourg de l’Hôpital 65, 1er étage (ancien bâtiment du SCAN). L’entrée est libre, mais l’inscription est souhaitée au 032 720 31 57 ou par email à l’adresse fnoghero@providence.ch.


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