Michellod le libertaire rêvait de la face nord en ski-bob

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Jean-Yves Michellod est le type même du sportif d'exception. Parafreerider par obligation, il a fait de la glisse sa passion. Chahuté dans la montagne, il n'en dédaigne pas pour autant les pentes raides. Son exploit au Mont-Blanc en témoigne.

Par ALDO-H. RUSTICHELLI
  05.06.2009, 09:04

Premier vainqueur à skis de l'Xtrem de Verbier, en 2004, Jean-Yves Michellod (JYM) a été bousculé par la montagne en mars 2006, au Mont-Fort. 300 mètres et une barre rocheuse plus bas, le jeune guide était hospitalisé. Diagnostic: des fractures multiples et une luxation de la colonne vertébrale. Bilan: on lui promet une chaise roulante. C'est mal connaître ce libertaire. Paraplégique est une notion irrationnelle pour un surdoué de la glisse.

A force de volonté, de rééducation, bien entouré, JYM recommence à marcher. A pas comptés, certes. Mais c'est une forme d'évasion. Après huit mois de galère, assis dans un ski-bob taillé sur mesure, de nouveaux récitals en poudre l'attendent. Il relance la machine. Avec les frères Falquet, des ténors des hauts où hurle le vent, le sportif de Versegères fait son cinéma. «JYM Guide» récompense sa persévérance au Red Bull Hike and Ride. Alors que «JYM skieur libre» squatte l'or au Festival du film alpin des Diablerets.

Il fait aussi des rêves! Après avoir renoué avec le plaisir de la glisse, Jean-Yves Michellod aspirait à défier une face dans la région du Mont-Blanc. Nord de préférence, en s'investissant un maximum. Un projet à plus de 4000 m d'altitude, concocté malgré des réalités de liberté limitées. Qu'importe, là où s'arrête son indépendance, ses amis interviennent. Avoué en octobre 2008, le raid s'est concrétisé en mai dernier. Après une dépose en hélico au Dôme-du-Goûter, l'équipe de douze personnes, dont six guides verbiérins, a rallié Vallot pour y passer la nuit. Pendant l'ascension, des rafales de vent allant jusqu'à 80 km/h n'ont guère facilité la progression. Coup de pot, au moment d'attaquer l'arête des Bosses, le jeudi 7 mai à 5 heures du matin, calme plat. Météo de cinoche, température agréable, avouait JYM. Idéal donc pour lancer l'assaut et poser le crampon à 4810 m d'altitude. Alors que le ski-bob, 18 kg, démonté en trois parties, était réparti dans les sacs des sherpas d'occasion!

A raison de 130 m/h, et un départ du refuge avant l'aube, JYM et ses compagnons de cordée ont foulé le sommet à 10h15. Accroché à ses béquilles, sur lesquelles de grosses rondelles avaient été greffées, Jean-Yves en a bavé. Surtout en fin d'ascension, alors ses cannes s'enfonçaient. Entre neige dure et poudreuse, il a fallu composer avec une topographie agitée. Rude pour la musculature.

Globalement, cependant, tout au long de l'expé, pas de difficultés majeures. Si ce n'est l'appréhension de dormir à plus de 4000 m sans acclimatation. Une fois sanglé dans son ski-bob, JYM a réalisé une première absolue sur la face nord du Mont-Blanc. Avec des séracs à chaque étage et des photos pour l'album de souvenirs. Parallèlement, une émotion palpable planait sur cette symphonie fantastique. Mécanique parfaitement rodée, devenu géant, le guide a viré et chaviré de bonheur sur les 1000 mètres de pente abrupte. Une nuit à la dure, cinq heures de montée pour une heure de descente, ça valait le coup!

Modeste, mais heureux après cette première, JYM de préciser que le véritable défi avait été de ramener le matos au Plan-de-l'Aiguille! A Travers les moraines. Parole, son équipe a souffert. Jean-Yves Michellod pense que les uns et les autres vont se souvenir longtemps de ce scénario grandeur nature. Pour nourrir sa passion ce glisseur-né, à qui l'on prédisait la stagnation, a vaincu un signe indien qui semblait devoir lui coller aux basques. Le miracle de l'amitié, c'est sûrement ça! /AHR

Vivre sa vie grandeur nature

Guide-skieur au palmarès truffé de descentes vertigineuses, Pierre Tardivel ne tarit pas d'éloges en évoquant la première de Jean-Yves Michellod (JYM) au Mont-Blanc. Le Français connaît les difficultés de cette montagne qu'il pratique régulièrement. Si bien que, pour lui, l'authentique prouesse est surtout d'avoir réussi à rallier le sommet crampons aux pieds. Entre des béquilles!

Pierre Tardivel d'encenser également la maîtrise, la force et la volonté du parafreerider. Selon ses dires, héros moderne, incarnant fun et frisson, JYM s'est sublimé là où des alpinistes valides crient pouce. Soit à l'attaque de l'arête des Bosses, au départ du refuge Vallot. Après, détaille l'orfèvre en matière de pentes raides, la descente est affaire de technique. De cœur à l'ouvrage. De gestuelle parfaitement huilée. Tout en saluant cette parenthèse un peu folle, qui fait voler en éclats des références établies. Car, là-haut, rien n'est jamais simple, souligne Tardivel, que JYM cite en exemple comme chantre des couloirs!

Germain Paratte, pour sa part, évoque l'exploit du Valaisan sur un plan plus philosophique. Guide de montagne blanchi dans le baudrier de dièdres granitiques, il jette un regard admiratif sur cette première en face nord du Mont-Blanc. Alors que d'autres se complaisent dans une apathie créative, Jean-Yves Michellod a osé, dit-il. Certes, reconnaît l'ancien forestier de Cormoret, en plus d'un bagage technique complet, un grain de folie est nécessaire. Surtout dans ce cas de figure. Car il faut être capable de vaincre les a priori inhérents à un handicap contraignant.

Qui plus est, souligne le «grand Germain», à une époque où des valeurs basiques ont tendance à s'estomper, la sérénité affichée par JYM réconforte. De préciser aussi que ce surdoué de la glisse, qui refuse l'échec, a valeur d'exemple. Surtout actuellement, dans une société par trop souvent en panne de repères plantés par des mots nouveaux. Cela étant, un JYM rebelle contribue sereinement, par son attitude, à ventiler un vécu humain peu ordinaire pimenté d'humilité! A condition, bien sûr, de savoir décrypter le message. /ahr

Bioexpress

Valaisan Jean-Yves Michellod est né le 29 août 1976. Il est marié à Stéphanie, prof d'éducation physique. Leurs deux filles se prénomment Elsa et Chloé

Défis Guide de montagne, il a remporté l'Xtrem de Verbier à skis en 2004. Depuis son accident au Mont-Fort qui remonte à 2006, il est paraplégique. Dix mois après son accident, il tourne un clip et un film avec les frères Falquet. «Skieur libre» raconte le chemin de croix du Valaisan.

Entre les piquets Jean-Yves Michellod gère la compagnie des Taxis des Combins. A côté de cela, il enseigne le ski «assis» à l'Ecole Fantastique de Verbier. Le Valaisan travaille aussi sa technique entre les piquets de géant pour participer à des compétitions avec Suisse Handi.


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