02.08.2015, 19:49

Malbouffe plus discrète à la TV

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Par ANNICK MONOD

Six fabricants s'engagent à ne plus faire de pub aux moins de 12 ans pour des aliments trop gras, salés ou sucrés. La Fédération romande des consommateurs, veut aller plus loin.

Une limonade par ici, un snack par là: les mômes sont en première ligne en matière de publicité pour des aliments peu sains... Avec les dégâts que l'on sait: en Suisse, un enfant sur 5 à 7 est en surpoids, et un sur 25 souffre d'obésité. Six fabricants alimentaires (Coca-Cola, Kellogg's, Mars, Nestlé, Pepsico et Unilever) ont annoncé la semaine passée qu'ils renonçaient à diffuser en Suisse des pubs pour des aliments peu équilibrés durant les émissions de télé destinées aux moins de 12 ans, ainsi que dans les écoles. Baptisé Swiss Pledge, cet engagement volontaire reprend des principes appliqués aussi dans l'UE et dans une dizaine d'autres pays.

Pour chaque type d'aliments, les fabricants établissent des critères nutritionnels qui déterminent s'ils pourront ou non faire l'objet de pub pour les enfants. La poudre chocolatée Nesquik, par exemple continuera à faire l'objets de spots, indique Philippe Oertlé, porte-parole de Nestlé Suisse. «Ce produit contient des nutriments importants, tels que vitamines et énergie. Et il se consomme avec du lait, source de calcium.» A noter que «ces spots ne visent pas les enfants, mais les mamans». Pour la marque basée à Vevey, le Swiss Pledge «constitue un engagement à long terme».

Des fabricants qui s'auto-régulent pour limiter la pub, une bonne idée? «Tout pas dans cette direction est positif», commente Barbara Pfenniger, spécialiste alimentation à la Fédération romande des consommateurs. Mais pour la FRC, cela ne suffit pas: «Depuis plusieurs années, nous demandons l'interdiction pure et simple de la publicité pour des produits déséquilibrés visant des enfants.» La FRC a d'ailleurs inscrit ce thème parmi ses priorités de bataille pour cette année.

Pour Barbara Pfenniger, l'engagement de Swiss Pledge est insuffisant sur plusieurs points. En se concentrant sur la télé, il ne prend pas en compte la myriade de tentations qui courtisent les enfants en dehors de la TV: mascottes, emballages attrayants, «cadeaux» offerts à l'achat, parrainages, etc.

Et, outre les écoles, il faudrait aussi y inclure les manifestations destinées aux enfants, les rassemblements sportifs, etc, estime Barbara Pfenniger. L'Organisation mondiale de la Santé ne dit pas autre chose: en mai 2010, l'OMS a émis des recommandations pour réduire la pression du marketing alimentaire sur les enfants - qui rejoint ces arguments point par point.

Deuxième problème: Swiss Pledge a bien été approuvé par l'Office fédéral de la santé publique (OFSP), mais cet engagement n'a pas de valeur contraignante. La FRC, qui rejoint là encore l'OMS, préférerait des directives obligatoires, décidées et contrôlées non par les entreprises, mais par l'Etat.

Chez Nestlé Suisse, Philippe Oertlé n'est pas convaincu: «en décidant de s'engager sur cette voie de manière volontaire, les entreprises concernées prennent ainsi leur responsabilité et feront le nécessaire pour que les mesures décidées soient appliquées.» Pour en augmenter l'impact, précise-t-il, les six signataires de Swiss Pledge espèrent d'ailleurs bien convaincre d'autres firmes de s'engager.

Et si au final, cette limitation volontaire de la pub n'était... qu'un coup de pub? «La prise de conscience sur la pandémie d'obésité est réelle, dans le public mais aussi chez les fabricants», nuance Barbara Pfenniger. «Mais il faut se méfier des bonnes intentions, qui visent parfois surtout à redorer son image.» Un exemple: «Tout le monde reconnaît qu'il faut manger moins de sel, et une large communication est faite là-autour. Mais notre dernière enquête montre que la teneur en sel de certains produits alimentaires continue d'augmenter.» /AMO-La Liberté

Fast-food et céréales en tête

Quelle pub est donc servie aux enfants à la télé? En 2006, une étude tessinoise avait comptabilisé 31 spots en moyenne pour une heure d'émissions pour enfants. Là-dessus, 26% concernaient des aliments et 23% des jouets. Et au rayon bouffe, le hit-parade est édfiant: en tête venaient les fast-foods (24%), suivis des céréales de petit-déjeuner (13%), des barres chocolatées (12%) et des boissons sucrées (11%). «Evidemment, ce serait mieux de diffuser des publicités pour des fruits et légumes», sourit Barbara Pfenniger.

Reste à savoir si les messages publicitaires ont des effets réels sur le poids des petits. «Le comportement alimentaire est influencé par des facteurs multiples et très divers», répond Michael Siegrist, professeur à l'EPFZ et spécialiste du comportement des consommateurs. «Mais les études montrent que lorsqu'on expose des enfants à ces pubs, leur consommation de snacks trop gras ou sucrés augmente, et qu'ils en prennent plus que leurs camarades qui n'ont pas vu de pub.»

Le problème, c'est qu'au-delà de la seule publicité, le marketing pour ces aliments est très envahissant, constate le professeur. «A commencer par les fast-foods qui offrent des cadeaux avec les menus enfants... On ne peut pas laisser aux seuls parents la responsabilité de tout filtrer, et les enfants n'ont pas l'esprit critique nécesaire pour décoder ces messages.» Ça pourrait changer: dès septembre 2011, le nouveau plan d'études romand prévoit d'intégrer l'éducation aux médias (y compris le décryptage de la pub) au programme scolaire dès l'école primaire. Ainsi qu'une introduction aux notions de santé et de nutrition. /amo


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