01.07.2019, 00:01

Les patients acteurs de leur arrivée au bloc

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Par par brigitte rebetez

V L’air de rien, c’est une petite révolution qui bouscule une pratique hospitalière quasi ancestrale: à l’hôpital de la Providence, à Neuchâtel, et la clinique Montbrillant, à La Chaux-de-Fonds, il est révolu le temps où les patients étaient acheminés au bloc opératoire dans un lit. Depuis ce printemps, si leur état de santé le permet, ils sont invités à s’y rendre à pied accompagnés par un soignant. Partir debout en salle d’op’ permet d’être moins anxieux, plus autonome, et contribue à une relation plus sereine avec les soignants. Le patient y gagne aussi sur le plan physique: la prise de calmants est diminuée et on réduit les risques thromboemboliques. Née dans des hôpitaux américains, la pratique essaime en Europe.

changement d’ambiance au bloc opératoire

Réflexions, adoption de nouvelles procédures, modification des blocs opératoires: un an de préparatifs ont été nécessaires avant d’accueillir des patients debout. «On a commencé par une vaste réflexion avec tous les intervenants, du personnel d’accueil, au bloc, en passant par la salle de réveil, les médecins et les soignants. On a dû réfléchir au kit d’habillage du patient, par exemple, pour remplacer la blouse ouverte utilisée pour le transport en lit», détaille Raphaël Touchet. Quant aux blocs opératoires, ils ont été transformés et réorganisés. Des travaux y ont été menés en un temps record pour créer un flux pour les patients ainsi qu’une salle d’attente colorée, qui sera complétée par des tableaux et d’autres aménagements, histoire de rompre avec l’ambiance salle d’op. Une mesure de plus pour casser l’image parfois encore cliché de l’hôpital.

le patient reste libre de choisir

Désormais, la grande majorité des patients décide de se rendre à pied au bloc. «On leur propose cette option, mais chacun est libre d’y aller en fauteuil ou en lit, cela reste leur choix», précise Raphaël Touchet. Les personnes fragiles ou souffrant de fractures sont évidemment prises en charge. Comme le relève le Dr Ott, «en se rendant à pied en salle d’opération, on est patient

acteur de sa prise en charge. Le projet ‘patient debout’ fait partie des évolutions en cours dans les hôpitaux, au même titre que le développement de la chirurgie ambulatoire». Après trois mois de pratique, les retours sont bons, tout comme ceux des infirmiers, qui «estiment être plus disponibles dans les étages auprès des autres patients car moins mobilisés pour les transports de lits».

une médication réduite

«Les personnes qui arrivent debout sont moins stressées. Comme elles peuvent échanger pendant le trajet, elles se focalisent moins sur l’opération», constate le Dr Ali Sarraj. Si bien qu’il n’est quasi plus nécessaire de prescrire des calmants avant l’intervention. «La pratique a humanisé le bloc opératoire. Les patients sont curieux quand ils arrivent, ils découvrent les lieux comme des invités, posent des questions, on en voit même sourire!» Le médecin-anesthésiste insiste sur la notion d’échange qui découle de la pratique. «Les soignants ont aussi dû modifier leur attitude, car les patients les regardent d’égal à égal et plus depuis le fond d’un lit.» Autre effet positif: celui qui marche se sent moins malade que s’il était alité.

un projet parmi d’autres mesures d’optimisation

Le projet «patient debout» fait partie d’un volet d’optimisation des soins que l’hôpital de la Providence et la clinique Montbrillant mettent en place depuis quelques années. Il comprend des améliorations relatives à la prise en charge des patients, la simplification des flux hospitaliers et l’introduction du nouveau protocole opératoire Care4Today, qui améliore la récupération lors d’une pose de prothèse de hanche ou de genou. Selon des études menées dans des hôpitaux qui ont testé la prise en charge debout, le taux de satisfaction des patients est très élevé, «parce qu’inévitablement, le patient que l’on transporte couché, le regard au plafond, ressent un sentiment d’infériorité», analyse Raphaël Touchet.

mieux vaut être debout que couché

Une personne qui se rend de sa chambre au bloc opératoire en marchant reste autonome, tout en ayant une relation d’égal à égal avec l’infirmier qui l’accompagne. «Le changement de procédé a complètement transformé les rapports entre soignants et patients. Nous avons maintenant des discussions très différentes pendant le trajet», fait remarquer le pilote du projet Raphaël Touchet, coordinateur des blocs opératoires de l’hôpital de la Providence (4 salles d’opération) et de la clinique Montbrillant (3 salles). Mais les bénéfices sont aussi médicaux. Selon le Dr Vincent Ott, chirurgien, «un patient doit être mobilisé le plus possible. Moins il est couché, plus il diminue le risque de thrombose. C’est donc mieux qu’il entre en salle d’opération debout, de la même manière qu’il se rend chez son dentiste».

«J’en ai oublié d’être stressée»


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