19.01.2016, 00:16

Dans les hôpitaux, les visiteurs sont invités à s’impliquer

chargement
Pendant l’épidémie de grippe, les soignants de HNE non vaccinés portent des masques en présence des patients .

GRIPPE SAISONNIèRE Mieux protéger les patients pendant l’épidémie.

L’épidémie de grippe saisonnière est aux portes du canton de Neuchâtel. Selon ses habitudes, elle atteint un pic entre janvier et mars sous nos latitudes. Un défi pour les professionnels de la santé, à commencer par les hôpitaux, où le virus peut s’avérer fatal pour les patients les plus vulnérables (lire encadré). Comme chaque hiver, l’Hôpital neuchâtelois (HNE) travaille depuis novembre à mettre en place une stratégie parmi les soignants pour contrecarrer la maladie.

Cette année, la campagne comprend un volet supplémentaire: elle implique les visiteurs, eux-aussi susceptibles de contaminer des patients lorsque le virus influenza circule dans la communauté. D’autant plus que la grippe est contagieuse déjà 24 à 48 heures avant l’apparition des symptômes!

«Protégez-vous, protégez vos proches»

«En venant rendre visite à un proche, on peut faire entrer toutes sortes de germes dans l’établissement», indique Béatrice Duvillard, infirmière spécialisée en prévention et contrôle de l’infection. «Les vecteurs principaux de la grippe, ce sont les gouttelettes qui atteignent les muqueuses au niveau de la bouche, du nez et des yeux. Le virus se transmet jusqu’à un ou deux mètres autour de la personne atteinte.»

Le mot d’ordre sur tous les sites de l’établissement hospitalier, c’est «Protégez-vous, protégez vos proches». Concrètement, les visiteurs sont invités à s’équiper d’un masque respiratoire pendant la durée de l’épidémie. Ils sont aussi priés de se désinfecter les mains, et d’ailleurs pas uniquement durant la saison de la grippe: des solutions hydro-alcooliques leur sont proposées à l’année dans les halls d’entrée, car l’hygiène des mains est un moyen essentiel de prévenir la transmission de microbes pathogènes dans les hôpitaux.

Quant aux personnes grippées ou simplement enrhumées, elles sont priées si possible de s’abstenir de visiter des patients hospitalisés. Mieux vaut qu’elles ne disséminent pas leurs microbes dans un établissement qui par définition héberge des pensionnaires fragilisés.

Certains patients sont très vulnérables

Dans les services de soins intensifs, de néonatologie ou d’oncologie, les patients sont particulièrement vulnérables. Quand on est fiévreux ou toussotant, il est donc plus sage de renoncer à se rendre au chevet d’un proche hospitalisé ou de foncer à la maternité découvrir le dernier-né de la famille.

«C’est un message important à faire passer pour protéger les patients», souligne le Dr Olivier Clerc, infectiologue et adjoint du département de médecine, responsable de l’unité de prévention et contrôle de l’infection active sur l’ensemble des sites de l’HNE. «La grippe n’est vraiment pas anodine pour les personnes à risque (les personnes âgées, les femmes enceintes et les malades chroniques), chez qui elle peut entraîner de graves complications.»

Un dispositif spécial sera installé dans les halls d’entrée sur tous les sites dès l’arrivée de l’épidémie, avec un récapitulatif dans chaque unité de soins. Les visiteurs y trouveront explications, masques et désinfectant pour les mains.

Vacciné ou masqué?

Côté soignants, la grippe fait l’objet d’importantes campagnes de prévention depuis plusieurs années. L’Office fédéral de la Santé publique (OFSP) comme le service de la médecine du travail des hôpitaux neuchâtelois encourage le personnel médical à se faire vacciner. Selon HNE, le taux de vaccination de son personnel médical atteint entre 30 et 40%. Pour éviter que les collaborateurs non vaccinés se muent en transmetteurs du virus, l’Unité de prévention et de contrôle de l’infection veille au grain: l’œil sur les radars de Sentinella, l’organe qui établit la courbe épidémiologique de la grippe, elle imposera le port du masque sitôt l’épidémie détectée dans le canton.

De neuf à douze semaines

En clair, tout soignant qui n’est pas vacciné devra porter un masque respiratoire dès qu’il est en présence d’un patient. Une mesure qui sera appliquée entre 9 et 12 semaines, en fonction de la durée de l’épidémie.

Pour que les patients puissent comprendre pourquoi une partie du personnel médical porte un masque et l’autre pas, une stratégie a été introduite en 2011 pour fournir une explication en un clin d’œil: les soignants arboreront des badges spéciaux déclinés en deux versions, «La grippe? Je suis vacciné(e)» ou «La grippe? Je suis masqué(e)».

En se dotant en 2007 d’une unité de prévention et contrôle de l’infection active sur ses sept sites, l’Hôpital neuchâtelois n’a cessé d’intensifier sa chasse aux germes indésirables. Son objectif est de mettre en place des stratégies pour éviter la transmission de micro-organismes malveillants, des bactéries multi-résistantes aux virus responsables de maladies contagieuses.

La cellule qui réunit trois infirmiers/ières sous la direction du Dr Olivier Clerc, infectiologue et médecin adjoint du Département de médecine, a un rôle de première importance dans un Environnement hospitalier. «De nombreuses études démontrent qu’on peut diminuer le nombre d’infections nosocomiales en appliquant un ensemble de mesures régulièrement remises à jour», indique le médecin.

2000 décès par an

Ces complications ont des conséquences humaines (70 000 nouveaux cas et 2000 décès par an en Suisse) et financières importantes. Les frais médicaux découlant d’un cathéter infecté peuvent atteindre par exemple plusieurs milliers de francs… La Confédération s’apprête à lancer une stratégie nationale pour réduire les infections liées aux soins. «Cela fait sens d’avoir une ligne de conduite fédérale, commente le Dr Clerc, car à l’heure actuelle les pratiques peuvent différer d’un hôpital à l’autre».

Pour mener sa mission à bien, l’équipe doit intervenir sur plusieurs fronts. Elle visite des unités médicales, donne des cours de sensibilisation, réalise des procédures, surveille les résultats des examens microbiologiques… C’est à elle qu’il incombe de choisir les outils de protection les plus performants et de s’assurer que les règles d’hygiène soient respectées à chaque étape des soins, jour après jour.

Evolution suivie à la loupe

La traque aux agents infectieux passe également par des travaux d’investigation. L’unité participe à des enquêtes d’incidence et mène un suivi en cas d’infection nosocomiale contractée lors d’une intervention chirurgicale. Un processus permet d’observer l’évolution du patient à intervalles réguliers. «Nous mesurons le taux de complications pour le programme de surveillance national», indique le Dr Clerc. «Ce qui nous permet de savoir où nous nous situons en comparaison intercantonale.»

Maladie infectieuse des voies respiratoires, la grippe saisonnière provoque chaque année en Suisse des milliers d’hospitalisations et plusieurs centaines de décès.

Dans notre canton, la dernière épidémie (2014/15) a occasionné 116 hospitalisations, sans compter les consultations effectuées par les services des urgences pour symptômes grippaux. Selon l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), les frais sanitaires engendrés par la grippe atteignent près de 100 millions de francs par an en Suisse, mais l’addition est doublée si l’on y ajoute les coûts de l’absentéisme.

Le plus efficace: la vaccination

La grippe saisonnière fait l’objet d’une stratégie nationale de prévention (Grips) pour réduire le nombre d’affections sévères parmi les personnes à risque accru de complications. Cette stratégie implique la Confédération, les cantons et d’autres acteurs, à l’instar des hôpitaux. Prévenir la maladie commence par la mise en pratique, à grande échelle, de certaines mesures de prévention et d’hygiène, que l’on soit en bonne santé ou déjà grippé.

La protection la plus efficace, en amont, c’est la vaccination. L’Ofsp la préconise pour les personnes avec risque élevé de complications comme pour les proches en contact étroit avec elles. Etes-vous de ceux qui gagneraient à être vaccinés? Pour en avoir le cœur net, vous pouvez effectuer un test en ligne sur le site internet sevaccinercontrelagrippe.ch. Quelques autres mesures pour éviter la propagation de la maladie:

l Se laver les mains avec de l’eau et du savon plusieurs fois par jour.

l Tousser et éternuer dans un mouchoir, puis jeter celui-ci illico et se laver les mains au savon.

l Rester impérativement à la maison quand on souffre de symptômes grippaux pour éviter de contribuer à propager la maladie.

Des réflexes pas assez répandus, car nous pouvons faire mieux pour réduire l’impact des virus influenza, estime l’OFSP: la couverture vaccinale des groupes cibles évolue trop peu,et la maladie continue d’être confondue avec un simple refroidissement.

Les symptômes de la grippe? Une forte fièvre (plus de 38°), avec en prime frissons, douleurs musculaires et articulaires, fatigue, écoulement nasal, toux, maux de gorge, maux de tête ou vertiges. Cela dit, les personnes âgées peuvent souffrir de la grippe sans forcément manifester de fièvre.

La grippe coûte 100 millions par an

Spécialistes de la traque aux germes


Résumé du jour

Ne ratez plus rien de l'actualité locale !

Abonnez-vous à notre newsletter et recevez chaque soir toutes les infos essentielles de la journée!

Recevez chaque soir les infos essentielles de la journée !

Résumé de la semaine

Ne ratez plus rien de l'actu locale !

Abonnez-vous à notre newsletter et recevez chaque samedi toutes les infos essentielles de la semaine !

Recevez chaque samedi les infos essentielles de la semaine !

À lire aussi...

On décortiqueCoronavirus – Fake news: non, le gel désinfectant n’est pas cancérigèneCoronavirus – Fake news: non, le gel désinfectant n’est pas cancérigène

SantéCoronavirus: quatre traitements sont à l'essai en EuropeCoronavirus: quatre traitements sont à l'essai en Europe

StatistiquesMédecine: la pénurie de spécialistes guetteMédecine: la pénurie de spécialistes guette

ProtectionCoronavirus: le stock de masques et les combinaisons étaient prévus dans le 1er plan contre les pandémiesCoronavirus: le stock de masques et les combinaisons étaient prévus dans le 1er plan contre les pandémies

RapatriementCoronavirus: environ 750 personnes de retour en Suisse d’ici jeudiCoronavirus: environ 750 personnes de retour en Suisse d’ici jeudi

Top