Abusés par des prêtres, ils veulent réparation

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Victime d'un des Missionnaires de Saint François de Sales, un Fribourgeois forme un groupe de défense. Il fustige la commission «SOS prévention» et l'évêché de Lausanne, Genève, Fribourg et Neuchâtel.

Par PIERRE-ANDRÉ SIEBER
  09.12.2010, 16:56

«La commission «SOS prévention» créée pour dépister les abus sexuels commis par des prêtres? Elle n'aboutit à rien. Nous n'obtenons ni information, ni réparation.» Ce sévère constat émane de Jacques Nuoffer, un Fribourgeois résidant à Nidau. Lui-même a subi des abus sexuels voici une cinquantaine d'années alors qu'il officiait comme servant de messe et sacristain remplaçant à la paroisse Saint-Jean, à Fribourg. Des actes commis par G.C., un prêtre de la congrégation des Missionnaires de Saint François de Sales aujourd'hui décédé et qui venait épauler le fameux curé Noël... Déçu de l'action de l'évêché de Lausanne, Genève, Fribourg et Neuchâtel, Jacques Nuoffer lance avec quatre autres victimes une association, le Groupe Sapec (Soutien aux abusé-e-s par des prêtres de l'Eglise catholique). Un mouvement tout d'abord romand mais qui sera étendu à l'ensemble de la Suisse.

«J'ai connaissance de deux cas d'abus signalés à la commission «SOS prévention» qui n'ont débouché sur rien de concret», explique Jacques Nuoffer. «Or, je sais que cet organe a auditionné une trentaine de plaignants. Je veux tenter de les réunir pour en parler.» Sur la base de ces témoignages, le Sapec espère amener l'Eglise catholique à passer de la parole aux actes. Il exige concrètement la transmission d'informations précises et le versement de dédommagements aux abusés pour financer des soins réparateurs.

Pour battre le rappel des victimes, le groupe va faire paraître des annonces dans la presse les 14 et 18 décembre. Il veut ainsi faire écho à l'émission que «Temps présent» consacrera le 16 décembre à la pédophilie dans l'Eglise catholique.

Mais pourquoi Jacques Nuoffer doute-t-il de l'efficacité de la commission mise en place dans le diocèse de Lausanne, Genève, Fribourg et Neuchâtel? Voici plus d'un an, le 25 septembre 2009, le Fribourgeois est entendu par la présidente de «SOS prévention», Françoise Morvant, ainsi que par le Père Benoît-Dominique de La Soujeole. Un dossier est constitué pour être transmis à la congrégation des Missionnaires de Saint François de Sales, établie à Ville-la-Grand, en France.

Mais Jacques Nuoffer refuse que ses déclarations soient ainsi diffusées. Pourtant, selon feu Mgr Bernard Genoud qui lui écrit le 30 avril 2010, il faut que ces documents parviennent à la congrégation de Saint François de Sales, «l'employeur» de G. C. au moment des abus remontant aux années 1960. «Les faits dont vous avez fait état devant une délégation de la commission «SOS prévention» ne relèvent pas de la compétence de l'évêché du diocèse de Lausanne, Genève, Fribourg et Neuchâtel», lui écrit une nouvelle fois le 11 mai 2010 Mgr Genoud. «Car feu Monsieur l'abbé G. C. n'était pas sous autorité de celui-ci. Il dépendait de la congrégation des Missionnaires de Saint François de Sales.» Outré, Jacques Nuoffer prend la plume et fait savoir à la commission «SOS prévention» qu'il autorise le transfert de ses déclarations, mais à la condition qu'il reçoive une copie complète de tous les éléments du dossier et de la lettre d'accompagnement envoyés au supérieur de la congrégation française. Une faveur qui ne lui est pas accordée. Depuis, c'est l'impasse.

D'où l'idée de lancer le groupe de soutien Sapec. «Dans le cas d'une connaissance qui a aussi été victime du même abuseur que moi, l'évêché n'a fait que transférer le dossier à la congrégation», poursuit le Fribourgeois. «Nous sommes environ une trentaine à avoir ainsi été entendus par «SOS prévention». Qu'en est-il de ces cas? C'est ce que le Sapec veut savoir.» /PAS-La Liberté

Exclu en 1963

Le père Fournier, supérieur de la congrégation des Missionnaires de Saint François de Sales, a réagi à la réception du dossier concernant l'autre victime de G.C. Il a rendu deux fois visite à la personne abusée mais, selon Jacques Nuoffer, victime de G.C., aucun document écrit n'atteste que la congrégation a reconnu les faits. Son supérieur a toutefois indiqué que sa congrégation avait entamé dès 1960 des démarches au Vatican pour que G.C. soit exclu. Ce qui fut fait en 1963. Les Missionnaires de Saint François de Sales estiment donc ne pas devoir répondre des actes de leur ancien frère. Ils estiment totalement irrecevable la demande de réparation pour couvrir les frais d'une psychothérapie.

Hier, un message laissé sur la boîte vocale de la congrégation est resté sans réponse. /pas

La présidente s'explique

Ancienne juge d'instruction et présidente de la commission «SOS prévention», Françoise Morvant indique que, depuis le 1er février 2008, une quarantaine de personnes ont été entendues.

«Nous avons travaillé efficacement», souligne-t-elle. «Et ce malgré la difficulté de reconstituer des faits souvent très anciens.»

Concernant le cas de Jacques Nuoffer, la présidente maintient les mêmes propos que ceux tenus par Mgr Genoud dans ses lettres: l'affaire ne relève pas de l'évêché de Lausanne, Genève, Fribourg et Neuchâtel car G.C., prêtre de la congrégation des Missionnaires de Saint François de Sales aujourd'hui décédé, ne dépendait pas de lui au moment des faits.

Par ailleurs, les abus dénoncés auraient été commis hors du diocèse. G.C. aurait ainsi sévi dans une famille du Jura français.

La présidente de la commission «SOS prévention» souligne que la congrégation qui employait ce prêtre l'a radié et Rome l'a réduit à l'époque à l'état laïc. Pourquoi ne l'a-t-elle pas carrément dénoncé à la police? Françoise Morvant n'a pas la réponse.

Et c'est bien là l'origine du drame. Profitant de la loi du silence qui régnait, G.C. a pu servir à la paroisse Saint-Jean et célébrer occasionnellement des messes à Fribourg jusqu'en 1965, date à laquelle il a été dénoncé par un capucin auquel s'était confié Jacques Nuoffer.

Pour autant, l'évêché de Lausanne, Genève, Fribourg et Neuchâtel, dirigé à l'époque par Mgr Charrière, n'a entrepris aucune poursuite. /pas


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