08.12.2017, 00:01

«On se rêve vieilles ensemble»

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 08.12.2017, 00:01 «On se rêve vieilles ensemble»

BRIGITTE Dix ans de carrière et un troisième album studio pour le duo 100% féminin qui laisse tomber les masques dans «Nues». Un nouvel opus où la complicité de deux jumelles de scène saute aux yeux.

Aurélie et Sylvie. Sylvie et Aurélie. La face A et la face B du duo français Brigitte plus complice que jamais dans son troisième album studio. «Nues» donne la parole aux femmes déclinées en onze chansons dépouillées et racées, autant de mélodies qui ont le redoutable pouvoir de vous rentrer dans la tête pour ne plus en sortir. ...

Aurélie et Sylvie. Sylvie et Aurélie. La face A et la face B du duo français Brigitte plus complice que jamais dans son troisième album studio. «Nues» donne la parole aux femmes déclinées en onze chansons dépouillées et racées, autant de mélodies qui ont le redoutable pouvoir de vous rentrer dans la tête pour ne plus en sortir. Les voix sensuelles se font écho comme des instruments en une harmonie rare qui dit la complicit é de ce tandem formé en 2008. Deux jumelles de scène au féminisme affiché mais pas vindicatif. Salutaire par les temps qui courent...

«Nues», pourquoi ce titre? Un besoin de revenir à quelque chose de plus simple?

Aurélie Saada: Ça été assez inconscient. On a trouvé le titre bien après avoir écrit l’album. Il s’est imposé de lui-même. Sur ce disque, il y a quelque chose de beaucoup plus intime. C’est comme si on avait retiré à la fois les perruques, le maquillage et même une première couche de peau, et qu’on livrait ainsi la vérité. C’est pas «nues» dans le sens de «sexy,» d’ailleurs très peu de gens se trouvent beaux étant nus. Mais plutôt dans le sens de «fragile, vulnérable et vrai».

C’est dire qu’il y avait trop d’artifice avant?

A.: Les artifices, c’est quelque chose qu’on aime beaucoup et on s’en est passablement amusé mais personnellement je n’avais pas du tout envie de jouer avec ça pour cet album. Au contraire, je voulais raconter des choses profondes, inavouables, dire la vérité aussi ambiguë et complexe soit-elle.

Un album plus intime, vous le dites. Peut-être plus sincère. Il y a eu de nouvelles sources d’inspiration?

Sylvie Hoarau: Aurélie et moi avons été séparées pendant un an. Elle est partie vivre aux Etats-Unis. Et cette distance a fait que cet album est différent. Dans la maison où elle vivait, il y avait un vieux piano et elle a beaucoup composé. C’est vraiment un nouvel élément de Brigitte. Dans le piano, il y a une sorte de proximité, d’intimité, d’émotion qui est à part. Et on n’a pas voulu recouvrir cette émotion de couches. On a eu envie de faire la Musique autour de ce piano.

Vous avez travaillé à distance. Pourtant on a l’impression que vous êtes plus complices que jamais…

A.: Etre différent mais ensemble, embrasser l’univers de l’autre, ça lie vraiment très fort, peut-être même encore plus que de dire «on est exactement pareilles». Là c’est comme si on avait osé dire «nous sommes différentes mais nous avons décidé de faire couple».

Votre amitié, à vous entendre, c’est un peu «à la vie à la mort». Qu’est-ce qui pourrait la faire dérailler?

S.: C’est difficile de répondre à cette question. On est heureuse de travailler ensemble, et on espère que ça va durer longtemps encore.

A.: Ce qu’il y a de formidable dans notre duo, c’est qu’on a l’espace l’une et l’autre pour exprimer des choses très intimes. Ce disque, il est particulier parce que j’ai écrit beaucoup de choses seule qui raconte des éléments de ma vie, avec mon vocabulaire, et qui peuvent être très différents du quotidien de Sylvie. Mais ça ne nous a pas empêchées de les chanter ensemble. Ca veut dire que, dans Brigitte, le terrain de jeux a énormément de possibilités. On accepte l’univers de l’autre, on ne va pas chercher uniquement les points de rencontre entre nous, sinon c’est sûr qu’à un moment donné on serait arrivé au bout. Là, c’est assez infini.

Et ça fait quasi dix ans que votre duo existe. Vous ressentez un petit effet «vieux couple»?

S.: Oh non! On n’a tellement pas vu passer ces dix années. On continue d’apprendre l’une de l’autre, on n’est pas un couple mort ou à l’arrêt. Au contraire, on est plutôt dans une dynamique.

Vous arrivez à vous projeter à cinq, dix ans?

A.: Quand on est toutes les deux, on se demande souvent si on sera encore ensemble à soixante ans, prêtes à se changer dans les cuisines, les salles de concert. On se rêve vieilles en fait, et c’est assez amusant.

Dans le contexte actuel, difficile de ne pas évoquer l’affaire «Weinstein». Vous vous sentez concernées à titre personnel?

A.: On est toutes concernées par ça et on l’a toutes vécu. J’ai moi-même témoigné publiquement avec le hashtag «metoo» car je pense que le nombre compte, que c’est une véritable révolution à laquelle on est en train d’assister. Les femmes osent dire aujourd’hui la vérité crue de ce qu’elles endurent, l’intimidation physique, les démonstrations de force. Je trouve très important que les hommes – ceux qui ne s’en rendaient pas encore compte – réalisent ce qui se passe. Que tout à coup ces choses-là soient montrées du doigt, qu’on puisse y réfléchir et imaginer que ça peut être différent. Il n’y a aucune raison valable pour que les femmes subissent ce qu’elles subissent depuis des années.

Brigitte, «Nues» Columbia Records novembre 2017

En concert aux Docks de Lausanne le 8 février 2018. www.brigitteofficel.com


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