22.11.2017, 00:01

«Les taiseux m’impressionnent»

Abonnés
chargement
Sociétaire de la Comédie française, comme Guillaume Gallienne, Adeline d’Hermy incarne Maryline  avec une intensité troublante….

 22.11.2017, 00:01 «Les taiseux m’impressionnent»

«MARYLINE» Après «Les garçons et Guillaume, à table!», Guillaume Gallienne signe un deuxième long-métrage certes moins comique, mais tout aussi touchant! Rencontre.

Sociétaire très apprécié de la Comédie française, chroniqueur à la politesse d’une exquise insolence sur Canal+ et France Inter, Guillaume Gallienne s’est fait connaître en tant que réalisateur en 2013 avec son premier long-métrage, «Les garçons et Guillaume, à table!», primé à Cannes et récompensé par plusieurs Césars. «Maryline», son deuxième long-métrage, raconte la vie d’une jeune femme qui...

Sociétaire très apprécié de la Comédie française, chroniqueur à la politesse d’une exquise insolence sur Canal+ et France Inter, Guillaume Gallienne s’est fait connaître en tant que réalisateur en 2013 avec son premier long-métrage, «Les garçons et Guillaume, à table!», primé à Cannes et récompensé par plusieurs Césars. «Maryline», son deuxième long-métrage, raconte la vie d’une jeune femme qui monte à Paris pour devenir actrice.

Guillaume Gallienne, qu’est-ce qui vous a inspiré ce nouveau film?

Une femme d’une grande humilité que j’ai rencontrée il y a quinze ans. Elle m’a raconté sa vie, ça m’a bouleversé et j’ai gardé l’envie de raconter l’histoire d’une femme qui n’a pas les mots pour se défendre. Pourquoi? Parce que j’ai toujours eu le verbe facile et que les taiseux m’impressionnent, m’intimident. Ils ont un mystère que je n’ai pas. J’ai donné des cours dans une banlieue parisienne, à Argenteuil. Certains gamins m’ont marqué par la frustration qu’ils avaient de ne pas pouvoir s’exprimer et la violence que ça pouvait engendrer. J’avais aussi envie de faire un film sur la bienveillance, sur la manière dont elle peut sauver une vie.

Comment s’est imposée Adeline d’Hermy dans le rôle de Maryline?

Adeline d’Hermy s’est imposée il y a trois ans et j’ai écrit le film en pensant à elle. Sa palette de jeu est immense, notamment parce qu’elle vient de la danse et qu’elle peut jouer avec son corps avec une rare intensité. Elle sait jouer des choses minuscules dont j’avais besoin pour le rôle de Maryline, qui parle peu. De plus, le film est construit comme une chronique, mais je visais le drame et je savais qu’Adeline pouvait le porter jusqu’au bout.

Comment dirigez-vous vos actrices et acteurs?

Ça dépend vraiment de l’acteur que j’ai en face. Il y a des comédiens qu’on a besoin de laisser libres, de laisser proposer pour, ensuite, à l’intérieur de ce qu’ils ont proposé, rectifier. Pas dans le sens de corriger, mais d’aiguiller un petit peu. Et il y a des comédiens à qui l’on suggère des choses en leur laissant le choix. C’est une vigilance à adapter à chaque comédien. A mon sens, la responsabilité du réalisateur, c’est de créer sur le plateau un climat de douceur et d’exigence, une exigence dans l’audace, pas dans le résultat, mais dans la tentative.

Vous abordez à nouveau les questions du déterminisme et de la filiation. Est-ce qu’il y a un peu de vous dans «Maryline»?

De moi, il n’y a que la compassion, mais c’est l’essentiel de mon métier. Le déterminisme est un sujet qui me touche: qu’est-ce que c’est qu’avoir une mère qui voulait un garçon, un père qui vous appelle Maryline? C’est quand même le prénom d’un sex-symbol! Qu’est-ce que ça signifie de vouloir prendre son envol lorsqu’on grandit dans un petit village où les perspectives vous poussent à rester dans une certaine ruralité? Qu’est-ce que le déterminisme social, affectif, émotionnel? Comment se débarrasse-t-on des oripeaux de l’enfance, de l’héritage, quel qu’il soit?

Vous jouez avec les ellipses, vous brouillez les repères du spectateur…

Ça me vient de ma passion pour Proust. J’aime jouer sur l’élasticité du temps et de l’espace et sur la frontière entre fiction et réalité. On se fait tous des films et on les préfère souvent à la réalité. Et parfois, il suffit que quelqu’un pose sa main sur la nôtre pour qu’on préfère ce moment réel à tous les films qu’on a pu se faire. Ce trouble fait battre mon cœur. A ce moment-là, j’ai l’impression qu’on a tous le même cœur. J’aime cette propension à ne pas savoir, à juste ressentir, à se trouver à la fois dans des méandres et du plaisir.

Des mots qui s’envolent

Après «Les garçons et Guillaume, à table!», une comédie autobiographique décalée où il interprète son rôle et celui de sa mère, Guillaume Gallienne a réalisé «Maryline», un film porté par la formidable Adeline d’Hermy, qui oscille entre chronique aigre-douce et drame intimiste… Maryline a grandi dans un petit village de province, sans perspective d’avenir. A vingt ans, elle décide de monter à Paris pour devenir comédienne et obtient un petit rôle dans le nouveau film d’un réalisateur qui la harcèle. Incapable de dire ses répliques lorsque tourne la caméra, elle tombe en dépression et commence à boire avant de décrocher un autre rôle… Pour raconter les hauts et les bas d’une héroïne taiseuse et fragile, mais forte et frondeuse à sa manière, Guillaume Gallienne procède par de nombreuses ellipses et mises en abyme du théâtre et du cinéma, qui font se confondre réalité et fiction. Brouillant ainsi les repères du spectateur, le cinéaste parvient à lui faire ressentir toute l’intériorité de Maryline, une jeune femme qui doit trouver les mots pour se défendre et prendre son envol.

de Guillaume Gallienne, avec Adeline d’Hermy, Vanessa Paradis, Alice Pol... Durée: 1h47. Age légal/conseillé: 16/16


Vous avez lu gratuitement
une partie de l'article.

Pour lire la suite :

Profitez de notre offre numérique dès Fr 2.- le 1er mois
et bénéficiez d'un accès complet à tous nos contenus

Je profite de l'offre !
Top