08.11.2017, 00:01

«Jouer quelqu’un qui n’est pas moi»

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 08.11.2017, 00:01 «Jouer quelqu’un qui n’est pas moi»

«LA MÉLODIE» Un musicien désabusé tente d’apprendre le violon à des mômes de banlieue en difficulté. Avec un Kad Merad qui excelle dans un rôle dit «sérieux».

Depuis «Bienvenue chez les Ch’tis» (2008), Kad Merad est l’un des acteurs français parmi les mieux cotés. Loin de se cantonner à un seul registre, ce comédien et humoriste franco-algérien sait prendre des risques, à l’instar du rôle qu’il joue dans «La mélodie», un premier long-métrage réalisé par Rachid Hami, un quasi-inconnu. Propos d’un acteur qui ne veut...

Depuis «Bienvenue chez les Ch’tis» (2008), Kad Merad est l’un des acteurs français parmi les mieux cotés. Loin de se cantonner à un seul registre, ce comédien et humoriste franco-algérien sait prendre des risques, à l’instar du rôle qu’il joue dans «La mélodie», un premier long-métrage réalisé par Rachid Hami, un quasi-inconnu. Propos d’un acteur qui ne veut pas se faire cataloguer.

Qu’est-ce qui vous a poussé à briguer le rôle d’un prof de violon un brin blasé?

Ah ça, c’est toujours mystérieux, à la fois pour l’acteur et le réalisateur. J’avais lu le scénario que j’avais beaucoup aimé. Je savais qu’il y avait d’autres acteurs sur le coup et que Rachid Hami ne s’était pas encore décidé. J’aime bien ce genre de situation. Alors je suis allé au rendez-vous et j’ai rencontré quelqu’un qui se demandait en quoi le rôle pouvait bien m’intéresser. Je fais de la Musique depuis longtemps, de la guitare et de la batterie. Rachid a senti très vite que j’avais une grande envie de faire le film et pour de bonnes raisons.

On vous connaît plutôt comme acteur de comédie, non?

Ça me plaît de varier les registres, mais ce n’est pas planifié. Je ne me dis jamais que je vais faire une comédie puis un drame puis une comédie… Non, c’est la vie qui choisit. J’évite de faire certaines choses, mais je ne choisis rien… Mais j’aime bien l’idée d’être un acteur de comédie qui s’aventure parfois dans le drame. Un acteur de comédie a toujours quelque chose de tragique, de profond et de sensible en lui, qui ne demande qu’à ressortir. Mais il ne faut pas trop aller le chercher, parce que cela épuise. J’avais un père sévère, mais j’ai réussi à éviter les raclées en le faisant rire.

Dans «La mélodie», on vous a rarement vu autant mis à nu…

C’est vrai. C’était le désir de Rachid qu’il n’y ait plus rien derrière quoi se cacher, pas même une barbe, un sourire, un tic, une vanne… J’ai toujours aimé l’idée de jouer quelqu’un qui n’est pas moi. Ça demande d’avoir une grande confiance dans le metteur en scène. Il faut qu’il ait le bon regard, sinon ça peut devenir très vite pathétique. Rachid le sait, il sait aussi que je suis quelqu’un dont le visage est connu, ce qui peut vampiriser le film. C’est tout le paradoxe du cinéma: à la fois, on a besoin des vedettes pour monter des projets, mais on veut qu’elles soient méconnaissables… Pour moi, c’est toute la difficulté, faire oublier l’acteur qui est derrière le personnage.

Sur le plateau, comment les enfants ont-ils réagi en vous découvrant en prof sérieux?

Ça devait être assez curieux pour eux, parce qu’ils me connaissent comme étant le papa du «Petit Nicolas» ou le cadre qui se déride de «Bienvenue chez les Ch’tis»… Je pense qu’on les avait prévenus et moi-même je leur disais de ne pas s’inquiéter, que je devais rester dans un personnage un peu froid et distant. Mais, comme ils ont entre douze et treize ans, ils ont compris.

Vous dites avoir été très touché par le thème du film, pourquoi?

Parce que je viens moi-même d’un quartier difficile et j’ai pu m’en sortir grâce à la Musique. A partir du moment où vous intéressez un gamin à quelque chose, c’est gagné… «La mélodie», c’est une belle histoire qui aurait pu être la mienne, mais on n’est pas du tout dans un truc sensationnaliste. A aucun moment on est noyé dans un excès d’émotion. On se dit simplement que ce sont des gamins qui sont allés au bout de quelque chose, à leur niveau. Ça ne va pas en faire de grands musiciens, ils vont peut-être redevenir ce qu’ils étaient avant, mais au moins ils se seront accrochés à quelque chose.

Petits violons deviendront grands

Premier long-métrage du jeune cinéaste franco-algérien Rachid Hami, qui a lui-même vécu une enfance très précaire, «La mélodie» procède à première vue d’un très classique feel-good movie. Violoniste de talent, qui n’a pas eu la carrière espérée, Simon échoue dans un lycée de la banlieue parisienne. Lui a été confiée la mission impossible d’apprendre le violon à une classe d’enfants très turbulents. Il a six mois pour les rendre capables de jouer de concert dans la prestigieuse salle de la Philharmonie de Paris…

Maintes aspérités du réel font que le film échappe au formatage promis (dépassement de soi, larmes des parents et tutti quanti), à commencer par le fait que les petits banlieusards en sont vraiment et qu’ils ont dû réellement apprendre à maîtriser leurs instruments à partir de zéro! Méconnaissable dans un registre dramatique inhabituel pour lui, Kad Merad (chauve, glabre et portant lunettes) confère à Simon une présence impressionnante, mixant à merveille timidité, affection et ressentiment.

de Rachid Hami, avec Kad Merad, Samir Guesmi, Renély Alfred…

Durée: 1h42. Age légal/conseillé: 8/10


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