06.12.2017, 00:01

«Elle met de la lumière là où elle passe»

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 06.12.2017, 00:01 «Elle met de la lumière là où elle passe»

«JEUNE FEMME» Primée à Cannes, la comédie de Léonor Serraille est un portrait filmé au féminin intense, généreux, vrai et libérateur. Avec la «révélation» Laetitia Dosch.

Diplômée de la Fémis en scénario, la jeune réalisatrice française Léonor Serraille n’a pas tardé à tourner «Jeune femme», qui a remporté la Caméra d’or en mai dernier à Cannes; ce prix distingue le meilleur premier long-métrage, toutes sections confondues. Propos d’une cinéaste en devenir, au talent déjà sûr.

Votre premier film tranche sur le tout-venant des comédies françaises… Une...

Diplômée de la Fémis en scénario, la jeune réalisatrice française Léonor Serraille n’a pas tardé à tourner «Jeune femme», qui a remporté la Caméra d’or en mai dernier à Cannes; ce prix distingue le meilleur premier long-métrage, toutes sections confondues. Propos d’une cinéaste en devenir, au talent déjà sûr.

Votre premier film tranche sur le tout-venant des comédies françaises… Une envie assumée?

Oui, même si au départ je me suis inspirée d’une expérience de babysitting que j’avais vécue à Paris et qui avait été assez marquante! A partir de là, j’ai birfurqué vers le portrait d’une jeune femme, mais quelqu’un de complexe, de singulier, tout en racontant une histoire assez simple. J’avais envie de passer du temps avec un personnage que l’on ne voit pas trop d’habitude au cinéma, un personnage plein d’imperfections, qui ne sait pas et qui se trompe parfois, qui fait mal, qui ne parle pas comme il faut et, en même temps, qui a un rapport plutôt sain avec le présent.

En quoi son rapport est «plutôt sain»?

Ça m’angoisse un peu les personnages parfaits de A à Z. Au bout de vingt minutes de projection, ils m’ennuient… J’ai besoin de me poser des questions qui m’empêchent de dormir, du genre qui suis-je? Qu’est-ce que je cherche? Je trouve sain d’essayer de chercher qui on est, sans que cela soit forcément incroyable… Quand Paula arrive à établir des liens avec quelqu’un dans le métro, même si c’est pendant dix minutes, ça compte. C’est un talent qu’elle déploie et c’est son talent à elle. Il faut laisser advenir ce qui est en nous et qui mérite d’être mis en lumière.

Votre film participe du même mouvement, non?

En France, et sans doute ailleurs, les films, les réalisateurs, les comédiens, on se dépêche de tous les mettre dans une case… Avant même d’avoir lu ton scénario, on te demande ce que c’est comme genre. J’ai voulu faire un premier film qui échappe à ça, une comédie, oui, mais qui me laisse libre de découvrir mes atouts cachés, comme Paula. Ce qui compte, c’est la liberté qu’on a face au sujet.

Justement, comment la décrire à un spectateur qui n’aurait pas encore vu le film?

C’est quelqu’un de très courageux, qui brise les filtres, s’enfonce dans l’humain. Elle est dans l’insoumission. Elle va mal, elle est en morceaux, à nu. Mais c’est ce qui fait sa force et qui irrigue tout le film. Elle veut s’affranchir de tout, alors elle irradie un peu et met de la lumière là où elle passe. Du coup, elle reçoit et donne beaucoup.

Avez-vous écrit son rôle spécifiquement pour Laetitia Dosch ?

Non, je n’avais pas du tout d’idée d’actrice en écrivant. C’est une fois que j’ai trouvé le personnage que j’ai pensé à Laetitia. J’avais la sensation très forte que cela devait être elle, et pas une autre. Je n’ai même pas fait d’essais ni de casting. Je l’ai vue en photo, puis en vidéo… A sa façon de parler, à sa manière d’être à chaque fois très différente, c’était déjà Paula!

Comment l’avez-vous dirigée?

A l’écriture, j’avais déjà la tonalité du personnage. A partir de cette base, on peut faire quelque chose. En amont du tournage, nous avons énormément travaillé. On a constamment essayé de pousser les dialogues. S’il y avait des choses à rajouter, on ne s’en privait pas, tout en respectant le scénario. Ensemble, nous avons affiné le verbe de Paula, sa façon d’affronter les gens, sa capacité à retourner les situations jusqu’à déstabiliser ses interlocuteurs. Je voulais que, petit à petit, on sente qu’elle est à nouveau dans le présent. C’est sa victoire.

Une comédie libre et insoumise

Après avoir vécu dix ans au Mexique, Paula se fait brutalement mettre à la porte par son compagnon, un photographe reconnu. Renouvelant le récit combien balisé de la rupture amoureuse, la cinéaste Léonor Serraille raconte comment cette jeune femme immature mais curieuse de tout va se réinventer une vie à partir de rien.

De rencontre en rencontre, se faisant parfois passer pour une autre, Paula déjoue allégrement le piège de la précarité et de la dépression, entre lâcher prise et obstination têtue. Son errance dans Paris, «une ville qui n’aime pas les gens», donne matière à une comédie parfaitement imprévisible, qui se rit du déterminisme social, sans en faire une malédiction.

Cette réussite doit beaucoup à Laetitia Dosch qui prête ses traits à Paula de façon remarquable, en entrant dans son personnage avec une intensité rarement vue dans le cinéma français. Formée à la Haute Ecole de théâtre de Lausanne, elle est en train de devenir une des actrices les plus singulières du moment. vad

de Léonor Serraille, avec Laetitia Dosch, Léonie Simaga, Souleymane Seye Ndiaye… Durée: 1h37. Age légal/conseillé: 12/16


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