29.11.2017, 00:01

«Ce qu’on a fait et ce qu’on n’a pas fait»

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 29.11.2017, 00:01 «Ce qu’on a fait et ce qu’on n’a pas fait»

«LA VILLA» Un huis clos tchékhovien à ciel ouvert qui raconte le monde entier. Lucide mais toujours engagé, Robert Guédiguian est au sommet de son art.

Arrière-petit-fils d’Arméniens venus s’installer dans le Midi, le Français Robert Guédiguian élabore depuis 1981 une œuvre merveilleusement atypique. Tour à tour idéaliste («Marius et Jeannette»), lucide («La ville est tranquille») ou mélancolique («Dernier été»), Guédiguian signe avec «La villa» un vingt-deuxième long-métrage bouleversant où il appelle encore et toujours à résister. Paroles d’un cinéaste qui veut encore croire...

Arrière-petit-fils d’Arméniens venus s’installer dans le Midi, le Français Robert Guédiguian élabore depuis 1981 une œuvre merveilleusement atypique. Tour à tour idéaliste («Marius et Jeannette»), lucide («La ville est tranquille») ou mélancolique («Dernier été»), Guédiguian signe avec «La villa» un vingt-deuxième long-métrage bouleversant où il appelle encore et toujours à résister. Paroles d’un cinéaste qui veut encore croire à la possibilité d’un avenir.

Robert Guédiguian, racontez-nous la genèse de «La villa»…

A quelques encablures de Marseille, il y a la très belle calanque de Méjean que j’ai toujours eu envie de transformer en studio de cinéma à ciel ouvert. Je me souviens avoir dit à mon scénariste Serge Valletti: «allez, on va écrire une histoire qui se passe en hiver à Méjean, forcément belle et triste.» Et puis j’avais en tête le thème du passage du temps, ce qui, à l’âge que j’ai, n’a rien d’étonnant. J’ai beaucoup pensé à «La cerisaie» de Tchekhov, un auteur que j’admire profondément, qui décrit comme personne la fin d’une époque et le début d’une autre, qui ne s’annonce pas vraiment sous les meilleurs auspices. J’ai le sentiment que nous vivons aujourd’hui un même moment, avec beaucoup à perdre!

Votre film dresse un bilan plutôt amer de votre génération…

Mes protagonistes sont à l’âge où on évalue ce qu’on a fait et ce qu’on n’a pas fait, ce qu’on a transmis et ce qu’on n’a pas transmis, si on a fait preuve de fidélité ou si l’on a trahi ce à quoi on croyait… Ces questions sont le lot de l’existence. Mes protagonistes partagent aussi le sentiment commun qu’ils sont à un moment de leur vie où ils ont une conscience aiguë et parfois douloureuse du temps qui passe, du monde qui change. Les chemins qu’ils avaient ouverts se referment peu à peu. Il faut sans cesse les entretenir ou bien en ouvrir de nouveaux, à l’image de ce que s’échine à faire dans le maquis le personnage joué par Gérard Meylan.

Pensez-vous que les Réfugiés sont une chance pour le monde occidental?

Tout d’abord, avec ce qui se passe aujourd’hui, je ne peux m’imaginer faire un film sans parler des réfugiés. On vit à une époque où tous les jours ou presque des pauvres gens se noient en mer. Qu’importe les raisons de leur arrivée en France, ils viennent chercher refuge, c’est tout! Alors, oui, ils sont une chance pour nous, car ce sont eux qui vont nous aider à retrouver et à renouveler une philosophie du partage dont nous avons oublié les fondamentaux. Ils peuvent nous aider à nous remettre en marche, à retrouver une cause qui dépasse notre propre vie. C’est peut-être idéaliste, mais je le pense vraiment.

Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan et tous les autres… Pourquoi travaillez-vous toujours avec les mêmes acteurs?

J’ai toujours voulu être entouré. La notion de troupe est très importante pour moi. J’aime bien être avec des amis, passer du temps avec eux. Sur les choses essentielles, je sais que nous sommes d’accords. Nous venons du même monde, du même milieu. Nos familles, nos histoires se ressemblent beaucoup. On est de la même génération, on a vraiment grandi ensemble et on continue de le faire. Sur le plateau de tournage, cela facilite beaucoup le travail. Après quarante ans ou presque de compagnonnage, nos violons sont accordés, je n’ai plus besoin de diriger mes acteurs, sinon pour des questions de détail, de nuance. Et puis, dans presque tous mes films, les personnages principaux ont mon âge, de sorte que je parle à Travers eux.

Mélancolie de l’espoir

Sans conteste, «La villa» est l’un des plus beaux films de Robert Guédiguian, crépusculaire certes, mais empli d’une telle grâce qu’il incline ardemment à l’espoir. Non loin de Marseille, où le réalisateur des «Neiges du Kilimandjaro» a situé l’action de quasi tous ses films, trois enfants se réunissent au chevet de leur vieux père frappé par une attaque.

Il y a là Angèle (Ariane Ascaride), une actrice qui a rompu tout lien familial, Joseph (Jean-Pierre Darroussin), un ex-militant en retraite aigrie, et Armand (Gérard Meylan), resté fidèle à ses idéaux. Des retrouvailles forcées qui tournent au bilan amer. En débusquant des gosses de migrants abandonnés dans la calanque, Angèle, Joseph et Armand vont pourtant renouer avec le goût de vivre et de résister.

Fidèle à sa troupe d’actrices et d’acteurs, travaillant en quelque sorte à sa propre archive, Guédiguian sait tout l’art d’exprimer le temps corrupteur, notamment par le biais d’un sublime flash-back qu’il emprunte à l’un de ses premiers films, «Ki lo sa?» (1985), où jouaient déjà ses trois comédiens fétiches.

de Robert Guédiguian, avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan… Durée: 1h47. Age légal/conseillé: 6/12


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