23.11.2017, 16:17

Barbet Schroeder présentera à Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds son dernier film sur le mal

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Le moine bouddhiste Wirathu attise la haine avec un calme terrifiant…

 23.11.2017, 16:17 Barbet Schroeder présentera à Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds son dernier film sur le mal

Le cinéaste Barbet Schroeder sera présent à Neuchâtel, La Chaux-de-Fonds et Delémont pour présenter son dernier film, "Le Vénérable W.", portrait d'un moine bouddhiste génocidaire.

Immense cinéaste, Barbet Schroeder est adepte de sujets forts où l’ambiguïté est reine. En activité depuis 1969, le réalisateur du «Mystère Von Bülow» alterne fictions et documentaires. Il sera présent à Delémont, Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds pour présenter le troisième et dernier volet de sa trilogie du mal. Avant-propos révélateurs.

Qu’est-ce qui vous a incité à entreprendre cette...

Immense cinéaste, Barbet Schroeder est adepte de sujets forts où l’ambiguïté est reine. En activité depuis 1969, le réalisateur du «Mystère Von Bülow» alterne fictions et documentaires. Il sera présent à Delémont, Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds pour présenter le troisième et dernier volet de sa trilogie du mal. Avant-propos révélateurs.

Qu’est-ce qui vous a incité à entreprendre cette trilogie du mal?

Une simple question qui me poursuit depuis longtemps: qu’est-ce que ça fait de se confronter au mal, de le voir bien vivant? De là vient mon intérêt pour des personnes qui le représentent, le défendent ou le font.

En même temps est venue l’idée de l’autoportrait, où j’interviens le moins possible, tout en incitant la personne à parler d’elle-même librement, à dire ce qu’elle pense vraiment, sans qu’elle ne se sente jugée. L’autoportrait, il n’y a pas mieux comme révélateur!

Après Idi Amin Dada et Jacques Vergès, une troisième figure du mal, Wirathu, un moine bouddhiste… Pourquoi ce choix?

Dans ma jeunesse, j’avais été très attiré par le bouddhisme. En 2015, je suis parti en Birmanie pour renouer avec cette belle idée. J’ai découvert que le génocide des Rohingyas était en cours et que des bouddhistes en étaient les boutefeux, avec l’un d’entre eux qui jouait les porte-parole. Là, j’ai su que je tenais mon film… Un bouddhiste instigateur d’un génocide contre les musulmans, c’était tellement hallucinant!

Comment avez-vous fait pour rencontrer Wirathu?

Il a fallu y aller en clandestin, sans lui dire que je comptais l’approcher d’une autre manière que la plupart des journalistes. Je me suis fait passer pour quelqu’un qui voulait connaître son avis sur Marine Le Pen, au cas où elle serait élue… Evidemment, il était très intéressé par le sujet. Pour une fois, son interlocuteur ne lui disait pas: «Vous n’avez pas honte? Vous êtes quand même responsable d’un génocide!» C’est comme ça que j’ai gagné, disons, une certaine confiance.

Sa maîtrise des réseaux sociaux semble impressionnante…

Sa maîtrise est similaire à la nôtre. Ce n’est pas très compliqué. Facebook s’est répandu comme une traînée de poudre en Birmanie. De fait, ce n’est pas une question de maîtrise, mais de l’effet Facebook. Là-bas, ils n’ont pas encore tout à fait compris ce que ça signifie politiquement et ils croient tout ce qu’ils voient sur Facebook. Nonante pour cent des Birmans ont Internet et ne savent pas vraiment en quoi cela consiste. En revanche, ils savent très bien ce que c’est que Facebook. C’est cauchemardesque: Wirathu poste des fake news, et l’émeute se déclenche!

Que pensez-vous de l’attitude «réservée» du Prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi?

Je pense que c’est une attitude complice et criminelle. Si l’on créait un tribunal genre Nuremberg pour condamner ce génocide, elle serait condamnée comme ministre de la Propagande, parce qu’elle en nie la réalité tous les jours. Si elle devait être jugée, ce serait au même titre que l’armée, en tant que personne qui apporte tout son appui et son prestige à ces terribles exactions!

Votre film est constellé d’images à charge, comment les avez-vous obtenues?

Ce sont des images de pauvres gens qui ont vécu ces moments, souvent envoyées avec un smartphone. Encore maintenant, j’en reçois tous les jours. Avant-hier, un homme m’a envoyé les images de sa maison en train de brûler. Elles sont diffusées par des personnes qui veulent sensibiliser l’opinion publique. Elles sont prêtes à partager ces images avec n’importe qui, car elles sont accablantes.

 

Séances en présence du réalisateur:

Delémont, vendredi 24 novembre, 20h15, Cinemont. La Chaux-de-Fonds, samedi 25 novembre, 17h30, Cinéma Scala. Neuchâtel, samedi 25 novembre, 20h15, Cinéma Bio.

«Le vénérable W», de Barbet Schroeder. Durée: 1h40. Age légal/conseillé: 16/16

Conjurer le mantra de la haine

Barbet Schroeder boucle avec «Le vénérable W.» sa trilogie documentaire dite du mal. Commencée avec «Général Idi Amin Dada» (1974), où le dictateur ougandais déversait une haine surréaliste, poursuivie avec «L’avocat de la terreur» (2007), alias Jacques Vergès impressionnant d’impassibilité morale, cette trilogie se termine avec un moine bouddhiste génocidaire faisant peu de cas du message d’amour que prône pourtant sa religion.

Fomenteur serein d’une symbiose terrifiante entre haine et bouddhisme, Wirathu attise la violence des Birmans envers la minorité musulmane des Rohingyas. Expert dans l’art fallacieux d’utiliser les réseaux sociaux, le bonze propage ses prières mortifères avec une rare efficacité.
Comme à son habitude, Schroeder laisse le spectateur seul juge. «Mais plus mes monstres disent des horreurs», confie-t-il, «plus je suis content: ils se révèlent!» 

D’une façon magistrale, le réalisateur de «Calculs meurtriers» démonte la mécanique du mal, de celle qui entraîne l’exclusion et la négation de l’autre, avec le génocide comme ultime horizon… A voir absolument!.


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