20.11.2017, 00:01

L’horlogerie 4.0, la nouvelle révolution

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Samedi, le public était invité à écouter divers conférenciers regardant la thématique sous l’angle de leur spécialité.

 20.11.2017, 00:01 L’horlogerie 4.0, la nouvelle révolution

ÈRE DE LA CONNEXION Les développements technologiques touchent aussi l’industrie horlogère. Le syndicat Unia a invité des spécialistes à se pencher sur leur impact dans le monde de la montre.

Vous aimez être connecté et ne quittez plus votre iPhone, faites presque tout avec? Vous vivez à l’ère de la numérisation et de la digitalisation. Le monde professionnel s’adapte à cette tendance, nette tant elle est évidente.

L’horlogerie suit le mouvement. Pour elle aussi a sonné l’heure de se caler sur les aspirations de ses clients à vivre...

Vous aimez être connecté et ne quittez plus votre iPhone, faites presque tout avec? Vous vivez à l’ère de la numérisation et de la digitalisation. Le monde professionnel s’adapte à cette tendance, nette tant elle est évidente.

L’horlogerie suit le mouvement. Pour elle aussi a sonné l’heure de se caler sur les aspirations de ses clients à vivre une connexion virtuelle totale avec l’univers qui les entoure. Elle s’est donc mise à élaborer des montres connectées.

«Qui n’a pas entendu parler de la montre Apple Watch Series 2? Le module GSM est à l’intérieur. Plus besoin d’un téléphone, pour être branché», rappelle François Courvoisier, responsable en marketing horloger et professeur à la HE-Arc.

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Bienvenue dans ce que les initiés appellent la 4e révolution horlogère, ou l’horlogerie 4.0. Thème auquel, samedi, le syndicat Unia a dédié une journée dans ses locaux du Locle, où nous avons par ailleurs croisé le professeur de la HE-Arc.

Plusieurs conférenciers se sont saisi du sujet et succédé pour l’évoquer, chacun par la lorgnette de sa spécialité.

Avant l’horlogerie 4.0 il y a eu la 3.0, précédée de la 2.0 et auparavant encore la 1.0.

«L’horloger 3.0 travaille avec des outils informatiques et non plus de manière manuelle pour développer des plans», explique toujours François Courvoisier.

Celui 2.0 s’ancre dans la manière de faire du début du 20e siècle, lorsque les établisseurs devenaient des fabriques. «Lors de ce virage, amorcé à la fin du 19e, on prenait conscience de la concurrence horlogère des Américains qui s’industrialisaient. Alors qu’en Suisse on n’était que des paysans horlogers, donc au degré 1.0.»

Parmi les marques ou groupes ayant commencé à surfer sur la vague 4.0, on compte entre autres Tag Heuer à La Chaux-de-Fonds, Montblanc au Locle, ou encore le Swatch Group à Boncourt.

Des gagnants et des perdants

Cette nouvelle vague, est-elle une chance ou un danger pour l’industrie horlogère de l’Arc jurassien? Que signifie-t-elle pour ses employés? Sont-ils prêts? Assez formés? Assez qualifiés? Réussiront-ils tous à monter dans le train? La digitalisation et la robotisation en laisseront-elles beaucoup sur le carreau?

«Au niveau macro-économique, selon plusieurs études, le risque est d’avoir de plus en plus besoin de qualifications superpointues d’un côté, et très basses de l’autre», commente d’abord le chercheur et responsable de l’unité prospective au sein de l’European Trade Union Institute (Etui) Christophe Degryse, venu de Bruxelles au Locle, samedi.

Polisseurs inquiétés

«Entre eux, progressivement, pourrait se creuser un fossé. Nous assisterions alors à une polarisation, tant au niveau des formations qu’au niveau des emplois. En résumé, le risque est qu’il y ait les gagnants et les perdants.»

Cette polarisation, José Corpataux, chargé de mission au service cantonal de l’emploi, l’évoque aussi. «Dans l’industrie en général, les emplois les moins qualifiés seront en effet les plus menacés. En ce qui concerne l’emploi dans l’industrie horlogère, si l’on en croit une étude qui y a été conduite fin 2015, le nombre de polisseurs risque notamment de baisser d’ici à 2021.»

A ce stade, il attire toutefois l’attention sur le fait qu’entre les métiers en péril et ceux qui se développeront, le résultat du sondage est au final positif. «Selon les prospections, on sera loin de la destruction d’emplois. Je précise que cette étude a été menée fin 2015, donc en basse conjoncture dans l’horlogerie. Ce qui signifie qu’aujourd’hui, les chiffres seraient peut-être meilleurs.»

le 4.0 inscrit dans l’automatisation du luxe horloger

L’anthropologue Hervé Munz relève qu’aujourd’hui «on parle beaucoup de la révolution 4.0. On y inclut tout un processus d’industrialisation. Mais ce dernier n’est pas nouveau. Il s’inscrit dans l’automatisation du secteur du luxe horloger, qui s’est intensifiée durant ces 25 dernières années». Pour lui, «la révolution 4.0 n’a pas encore vraiment eu lieu dans l’horlogerie. Elle est plus ou moins en train d’être mise en place, mais pas pour toutes les marques, pas pour toutes les gammes de produits et pas de la même façon. C’est donc très difficile de se prononcer sur ce qui va arriver».

Il a observé aussi, au fil de ses recherches, que la polarisation des emplois inquiète en effet les gens qui œuvrent à la production. «On ne pensait pas que ce phénomène toucherait l’horlogerie, secteur à forte valeur ajoutée. Sans être en lien direct avec le processus de numérisation, en réalité cette polarisation a déjà lieu depuis un moment. On voit bien désormais que le luxe n’est pas une niche qui préserverait l’artisanat de l’industrialisation, bien au contraire.»

En même temps, il évite de diaboliser ce cours des choses. «Car alors qu’on a automatisé à tous crins le monde du luxe entre1995 et2015, on a gagné dans cette industrie des emplois pour près de 20 000 personnes en Suisse, en passant de 35 000 à 55 000 postes créés. Mais il s’agit d’un cas particulier, lié au fait que l’horlogerie suisse est devenue, au cours des mêmes années, une industrie concentrée dans le haut de gamme, remportant un succès mondial.»


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