Une substance active contre le sida produite dans les plantes de tabac

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Une nouvelle méthode permet de produire des substances pharmacologiques dans des plantes de tabac. Une recherche, à laquelle participe l'Université de Neuchâtel et le professeur Jean-Marc Neuhaus, freinée par l'Union européenne.

Par RICHARD SCHNEIDER
  03.07.2009, 10:52

Certaines substances pharmacologiques peuvent être produites en grandes quantités dans des plantes de tabac au génome modifié. Mais un différend concernant les droits d'admission des nouveaux médicaments, créés par cette nouvelle méthode, oppose le consortium international Pharma Plant aux autorités européennes de l'Emea, l'Agence européenne des médicaments.

Le nouveau chemin pour produire plus de substances pharmacologiques et à moindres coûts est aussi simple qu'innovant: à la place des fermentateurs biotechnologiques, les chercheurs ont recours aux plantes de tabac aux génomes transformés. Celles-ci peuvent produire des substances actives contre la tuberculose, la rage ou encore des agents antiviraux contre le sida.

Le consortium qui regroupe 32 partenaires d'instituts de recherches du monde entier, dont l'Université de Neuchâtel, vient de mettre au point un nouveau procédé de fabrication, notamment pour la substance 2G12 active contre le virus du sida. Les coûts de production seraient nettement inférieurs et en plus, comme l'explique le professeur Jean-Marc Neuhaus de l'institut de biologie de Neuchâtel: «on peut élargir sans facon les champs pour faire pousser plus de plantes de tabac.»

A l'institut Fraunhofer de biologie moléculaire et d'écologie appliquée d'Aix-la-Chapelle (qui est l'institut dirigeant), la dernière récolte pesait déjà plus de 100 kilos. Ces masses végétales, qui contiennent la substance pharmacologique désirée, ne doivent plus être traitées dans le fermentateur. Après la récolte, elles passent directement dans l'extracteur, puis dans la centrifugeuse, pour subir ensuite les procédés de filtration et de chromatographie.

Les travaux de recherches du consortium ont donc été couronnés de succès. Mais Jean-Marc Neuhaus, comme beaucoup de ses collègues, est irrité: «Les frais que demande l'Emea au consortium pour pouvoir tester les nouvelles substances dans les différentes phases cliniques sont disproportionnés». Voilà l'actuel obstacle auquel se heurtent les chercheurs. Et le biologiste, qui fut jeune chercheur à l'institut Max-Planck de biologie à Tübingen, poursuit: «Notre projet a démarré voici cinq ans avec l'aide financière de l'UE, et sera achevé en janvier 2010.»

Dans son labo, à Neuchâtel, il étudie et teste certains compartiments cellulaires comme le réticulum endoplasmique, l'appareil de Golgi ou la membrane plasmatique pour voir lequel serait le mieux placé pour produire les substances pharmacologiques, respectivement les protéines désirées en meilleur état et de meilleure quantité. Au sein du consortium, il collabore avec des groupes de chercheurs de l'uni d'Heidelberg et de l'IBBA-CNR de Milan. Tous ont déjà fait croître bon nombre de plantes de tabac dans leurs labos. La substance 2G12 contre le virus du sida fut déjà testée sur des lapins. A présent, elle est prête pour les essais cliniques. /RIS

Richard Schneider est journaliste scientifique à Tübingen, en Allemagne

Pour des médicaments bon marché

Les chercheurs affirment que les frais à payer par leur consortium à l'Emea vont forcément augmenter les coûts de production de leurs nouveaux médicaments. Et notamment les pays du tiers-monde auraient besoin de médicaments à bas coûts et en grandes quantités, ajoute Jean-Marc Neuhaus. Par contre, il n'existe à ce jour aucune expérience clinique avec ces substances pharmacologiques produites par des plantes de tabac génétiquement modifiées. Et l'Emea, à son tour, considère que les entretiens de travail que demandent régulièrement les chercheurs du consortium ressemblent davantage à un colloque où ses collaborateurs agiraient en conseils scientifiques d'admission pour le consortium.

Elle demande donc aussi le paiement de ses conseils. Autre complication formelle: à ce stade de travail, le consortium comprend également des entreprises pharmaceutiques. Par conséquent, l'Emea ne veut plus le considérer comme une association à but non lucratif. Pour éviter l'impasse, Pharma Plant prévoit d'acquérir d'abord les droits d'admission pour le seul marché pharmaceutique anglais. Ce qui réduirait les coûts et risques initiaux. /ris


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