02.08.2015, 19:52

Qualité en baisse, coûts en hausse, le patron de La Semeuse se bat

chargement
Par FRÉDÉRIC MAMAÏS L'AGEFI

Brandie depuis plusieurs mois par Nespresso, la menace d'une pénurie de certains types de café est-elle fondée? Marc Bloch, directeur de La Semeuse, à La Chaux-de-Fonds, livre son point de vue.

Nespresso a exprimé des problèmes d'approvisionnement dans certains cafés. Quelle est votre situation?

Marc Bloch: Je crois volontiers Nespresso concernant ces difficultés. Nous sommes sur le même segment de qualité et, depuis un an, nous avons dû éliminer trop d'échantillons. C'est devenu beaucoup plus difficile de trouver ce qu'on veut. Peut-être que la hausse actuelle des prix aura une bonne conséquence, celle d'obliger à soigner la qualité.

Vous constatez une baisse générale de qualité?

Oui, la biodiversité gustative se dégrade. Des cafés qui étaient caractéristiques deviennent similaires. Il y a une disparition des spécialités d'Amérique centrale. En Amérique du Sud, nous sommes de moins en moins intéressés par la Colombie. C'est un nivellement des goûts qui existe depuis cinq ou six ans.

Cette dégradation s'est-elle renforcée ces derniers temps?

Nous trouvons des cafés fermentés ou au goût terreux. Il y a peut-être moins de soin ces derniers temps. Si la qualité se détériore encore, beaucoup de monde va changer ses mélanges.

Cela entraîne-t-il une hausse de vos coûts d'approvisionnement?

Les bons cafés sont plus chers et plus rares, car la demande est beaucoup plus forte. Cela signifie qu'il faut davantage chercher pour trouver la qualité que nous souhaitons. Avant, je passais 25% de mon temps à acheter des cafés, maintenant cette activité a grimpé à 40%. Il faut aussi davantage d'échantillons, c'est devenu plus complexe.

Vous disiez à l'automne dernier que si les cours du café continuaient leur hausse, vous alliez adapter vos prix. Qu'en est-il aujourd'hui, avec un plus haut en 34 ans atteint début mars à New York?

Nous avons adapté nos prix au 1er février. L'adaptation était calculée sur un prix moyen du café de 180 cents par livre, mais nous sommes aujourd'hui déjà à 270 cents! Nous devrons donc à nouveau les revoir.

Vous ne voyez pas d'alternative pour compenser cette hausse?

Nous n'avons pas d'alternative, si ce n'est un programme d'économie. Nous avons baissé notre budget publicitaire, retardé des investissements et revu également des mécénats.

Faudra-t-il à un moment donné modifier votre approvisionnement?

Non, nous ne touchons pas à l'approvisionnement. Nous restons intraitables sur la qualité, c'est notre marque de fabrique et notre réputation.

Comment voyez-vous les prochains mois sur le marché du café?

Je pense que la situation actuelle va continuer encore un moment. Nous voyons bien que la consommation va augmenter, les pays émergents (Brésil, Chine) alimenteront la demande. Nous avons pour notre part la chance que nos clients comprennent et acceptent une augmentation des prix. Heureusement également que le dollar soit si bas. Mais si la tendance se poursuit, il y aura un vrai problème pour les restaurateurs.

Si la tendance se poursuit, devrez-vous imaginer des solutions telles que des regroupements avec d'autres torréfacteurs pour vos achats?

Le gain serait misérable. Nespresso achète 100 à 200 fois plus de volume que moi et ne doit pas payer beaucoup moins cher son café. Il faut dire que d'une manière générale, le café reste un produit relativement bon marché. Chez nous, il faut compter entre 16 et 25 centimes par tasse. Il y a autre chose: j'achète par groupe de 600 sacs et Nespresso par 10 000. Un gros volume entraîne forcément d'autres problèmes de régularité.

Comment s'est déroulé l'exercice 2010 pour La Semeuse?

Ce n'était pas une année de croissance, mais de stabilisation par rapport à 2009. Notre chiffre d'affaires se situe autour des 12 millions de francs. Notre part actuelle est de 1% du marché suisse, la marge de progression est donc grande.

Et comment se portent vos activités dans le café en capsules?

La croissance continue sur sa lancée, le café en capsules représente 10% de nos activités. Nous observons tout de même qu'en Suisse, les consommateurs ont tendance à revenir au café en grain. /FMA-L'Agefi

Le contexte est tendu

Le message répété de Nespresso sur les risques de pénurie dans certains types de café ne prépare-t-il pas le terrain pour une éventuelle nouvelle hausse du prix de ses capsules?

«La pénurie évoquée n'existe pas», estime en tout cas Ethical Coffee Company (ECC). «Notre business model nous permet de continuer à nous approvisionner en café, en assurant la qualité et en absorbant cette hausse de prix, sans aucune répercussion sur le consommateur.» Des propos de bonne guerre de la part du challenger. Le véritable enjeu serait ailleurs. «Certains concurrents ont baissé leur niveau de qualité», estime le créateur et CEO d'ECC, Jean-Paul Gaillard, ancien directeur de Nespresso. «Vous trouvez toujours ce que vous voulez, ce n'est qu'une question de prix.» /fma-réd


Résumé du jour

Ne ratez plus rien de l'actualité locale !

Abonnez-vous à notre newsletter et recevez chaque soir toutes les infos essentielles de la journée!

Recevez chaque soir les infos essentielles de la journée !

À lire aussi...

AppréhensionG20: en Arabie, les leaders mondiaux se penchent sur les retombées du coronavirusG20: en Arabie, les leaders mondiaux se penchent sur les retombées du coronavirus

TÉLÉCOMSUPC veut supprimer près de 160 emploisUPC veut supprimer près de 160 emplois

criseTélécommunications: UPC prévoit de supprimer 160 emploisTélécommunications: UPC prévoit de supprimer 160 emplois

Un emploi sur dix supprimé chez UPC

Après l'échec de la fusion avec Sunrise, UPC annonce la suppression de 160 emplois. Le câblo-opérateur et les syndicats...

  21.02.2020 12:00

GOUVERNANCEUBS change de patronUBS change de patron

UBS change de patron

Le numéro un de la banque en Suisse a déjoué les pronostics en jetant son dévolu sur le Néerlandais Ralph Hamers.

  21.02.2020 00:01
Premium

LuxeEpidémie: la Suisse n'est pas épargnée par le coronavirusEpidémie: la Suisse n'est pas épargnée par le coronavirus

Top