31.07.2015, 17:48

Neuchâtel s'offre le ciel ESPACE L'Europe va lancer fin décembre le premier satellite de son futur système de navigation. A bord de Giove-A, des horloges atomiques fabriquées par une entreprise neuchâteloise

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Par Françoise Kuenzi

AVauseyon, une bonne cinquantaine de collaborateurs piaffent d'impatience: «Grosso modo, le programme a pris un an de retard, constate Pascal Rochat, directeur de Temex Neuchâtel Time, pour qui l'aventure Galileo a commencé il y a déjà dix ans. Avec ce premier lancement, qui constitue un banc d'essai, il s'agit pour l'ESA de valider les technologies, mais aussi de sauvegarder les fréquences attribuées à Galileo». Des fréquences qui, si elles ne sont pas utilisées à temps, pourraient être attribuées à un autre opérateur. Le ciel est lui aussi soumis à forte concurrence...

«Nos horloges sont 1000 millions de fois plus précises qu'une montre à quartz»

Mais pour l'équipe neuchâteloise, l'envol des horloges atomiques constitue surtout une belle reconnaissance. Le premier satellite, baptisé Giove-A (pour Jupiter, en italien), sera lancé fin décembre du cosmodrome de Baikonour, au Kazakhstan, par une fusée russe Soyouz. Les horloges de Temex constituent l'élément clé de ce premier système de navigation européen, qui doit permettre au Vieux Continent de ne plus dépendre du GPS américain. Celui-ci, en effet, est susceptible d'être brouillé à tout moment à fins militaires.

Avec, en prime, une nette amélioration qualitative, due aux horloges neuchâteloises. Au rubidium et à l'hydrogène (dites «maser»), elles pourront localiser une position, sur terre, avec une précision d'un à trois mètres, contre 10 à 30 mètres avec l'actuel GPS. «Pour donner un point de comparaison, nos horloges sont 1000 millions de fois plus précises qu'une montre à quartz», calcule Fabien Droz, responsable des activités spatiales chez Temex.

Les premières études ont été initiées par Giovanni Busca au sein de l'Observatoire de Neuchâtel à la fin des années 1980 déjà, ce qui a permis à Temex, spin-off de l'Observatoire née en 1995, de prendre une bonne longueur d'avance.

Au total, 120 horloges doivent être livrées à l'ESA, qui en équipera ses 30 satellites. L'idée est d'avoir quatre horloges par satellite: deux actives, et deux de secours. Pour l'heure, seules deux horloges au rubidium seront embarquées sur Giove-A. Un second satellite d'essai, Giove-B, lancé début 2006, en accueillera quant à lui trois, deux au rubidium et un «maser».

120 horloges d'ici 2010

«Ce sera la première fois qu'un maser à hydrogène sera envoyé dans l'espace», note le chef de projet Pierre Mosset en montrant ces impressionnantes horloges, qui pèsent pas loin de vingt kilos, alors que leurs petites soeurs au rubidium sont six fois plus légères. Validées par l'ESA, elles ont subi tests sur tests: vibrations, pour simuler le décollage, température, mise sous vide, etc.

Pourquoi deux types d'horloges? «Avec deux technologies complètement différentes, on s'assure un maximum de sécurité, au cas où l'un des deux systèmes connaîtrait un problème», répond Fabien Droz.

Si tout se passe comme prévu, quatre satellites opérationnels devraient alors être lancés en 2007, avant que divers lanceurs (Ariane, Soyouz notamment) mettent en orbite les 26 restants, par bouquets, entre 2008 et 2010. Temex aura alors du pain sur la planche: il s'agira de fabriquer ces 120 horloges dans des délais très courts. Avec l'aide de sous-traitants, établis pour la plupart dans la région neuchâteloise. Et il y en aura peut-être même davantage, si d'autres contrats sont signés d'ici là... /FRK

Tout savoir sur Galileo

L'ancêtre. Le GPS (global positioning system) est né aux Etats-Unis dans les années 1970 à des fins militaires: le Département de la défense avait besoin de localiser ses appareils de combat. Le brouillage a été levé en l'an 2000 par le président Clinton, permettant un usage civil.

Le système. Le récepteur mobile capte le signal émis par au moins trois satellites. Il mesure les distances qui le séparent de chacun d'eux et peut ainsi, par triangulation et sachant que le signal voyage à la vitesse de la lumière, déterminer sa propre position: altitude, longitude et latitude.

Le projet européen. Lancé en commun par la Commission européenne et l'Agence spatiale européenne (officiellement en 2002, même si l'ESA y travaillait déjà depuis longtemps), Galileo sera le premier système de localisation et de navigation par satellite expressément conçu pour un usage civil. Il sera compatible avec le GPS américain et le yGlonass russe. Mais Galileo offrira une précision en temps réel inférieure au mètre, du jamais vu jusqu'ici.

La technologie. Trente satellites doivent être mis en orbite à 23.616 km d'altitude, inclinés de 56 degrés par rapport à l'équateur, ceci pour couvrir de manière satisfaisante les latitudes élevées. Deux centres de contrôle géreront en Europe le système de navigation. Pour éviter la dérive des horloges embarquées, il s'agira de les synchroniser avec des horloges installées dans ces centres, neuchâteloises elles aussi.

Les sous. Le budget de Galileo est de 5 milliards de francs suisses. Les enjeux économiques sont colossaux: le marché est estimé à 3,6 milliards d'utilisateurs en 2020. Un citoyen du monde sur deux, en gros. Ceci lorsque tous les téléphones portables seront équipés. Ambulances, taxis, secouristes sont autant de marchés porteurs dans un proche avenir. /FRK

Demain, un GPS chinois?

D'autant que jusqu'ici, seules deux sociétés dans le monde ont les compétences nécessaires à la fabrication de ces horloges. La seconde est aux Etats-Unis, qui refuse d'exporter ce type de technologie.

C'est tout bénéfice pour Temex, société en mains françaises. Même si les pays de l'Union européenne membres de l'Otan ne voient pas forcément d'un très bon oeil l'entreprise nouer des contacts en Asie. Mais ça, c'est encore une autre histoire... /frk


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