03.08.2015, 09:02

La BNS pieds et poings liés

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Par PATRICIA MICHAUD - LA LIBERTÉ

Alors que MétéoSuisse annonce des élclaircies pour ce week-end, le nuage noir qui plane au-dessus de la Banque nationale suisse (BNS) ne cesse de s'assombrir. Depuis plusieurs mois, de nombreuses voix s'élèvent pour accuser l'institut d'émission de passéisme dans le dossier du franc fort. Des critiques que risque bien d'amplifier le nouveau record franchi par la monnaie helvétique hier face à l'euro (1,1298 franc) et au dollar (78, 53 centimes).

Quant aux derniers résultats dévoilés par la BNS, ils sont peu réjouissants: au premier semestre 2011, ses pertes se sont creusées à 10,8 milliards de francs (voir ci-contre). Cet important débours renvoie lui aussi au boulet franc fort, directement responsable d'un manque à gagner de 11, 7 milliards.

Face à une valorisation de la monnaie suisse pesant doublement sur leurs épaules, les dirigeants de la banque centrale se contentent d'exprimer une vive inquiétude... et de rappeler que le rôle de la BNS n'est pas de soutenir la conjoncture mais d'assurer la stabilité des prix. Ce alors même que le Conseil fédéral leur a une nouvelle fois renvoyé la balle au début du mois.

Admettons que l'on suive l'avis du gouvernement et que l'on exige une intervention, une question toute simple se pose: que peut faire concrètement la BNS pour contrer la hausse du franc? «Pas grand chose!», répondent es analystes. Le point avec Janwillem Acket, chef économiste chez Julius Baer.

Janwillem Acket, parmi les outils dont dispose la BNS pour lutter contre la force du franc, quels sont ceux qui font couler le plus d'encre?

La mesure la plus souvent évoquée est l'achat massif de devises étrangères. Mais cet outil est plutôt cité en tant que voie à ne pas suivre (réd: fin 2010, les investissements de la BNS dans de telles devises représentaient plus de 200 milliards de francs; les risques financiers liés ont entraîné des pertes de change de l'ordre de 32,7 milliards). A mon avis, le montant des pertes engendré par cette méthode doit être relativisé lorsqu'il concerne une banque centrale. Mais je ne pense pas que la société soit prête à renouveller l'expérience.

Du coup, certains milieux préconisent plutôt de lier le cours du franc à celui de l'euro (une tactique adoptée par les autorités danoises). A mon avis, cette idée est irresponsable! En effet, elle obligerait la BNS à inonder le marché de francs, ce qui ferait courir au pays le risque d'hyperinflation à moyen terme. Et, à court terme, de perte d'indépendance.

Quid de l'introduction d'un taux d'intérêt négatif sur les comptes en francs des clients étrangers des banques? La rumeur (non confirmée par la BNS) court, dans les milieux de la finance, qu'un tel projet serait en discussion.

La BNS a déjà testé ce système (qui prévoit une forme d'impôt à la source pour décourager les investisseurs étrangers dont les flux font grimper le franc) à la fin des années 1970. Ca n'a pas marché à l'époque et ça ne marchera pas si on réessaie.

La BNS n'a donc aucune marge de manœuvre pour donner un coup de pouce à une économie suisse affaiblie?

Tant que la Suisse sera perçue à l'étranger comme un pays modèle, où tout va bien en matière d'exportations, de chômage et de PIB malgré la force du franc, la Banque nationale restera impuissante. Actuellement, la monnaie helvétique est traitée comme l'or, à savoir une valeur refuge. La BNS ne pourra agir qu'à partir du moment où cette perception changera. Malheureusement, ce ne sera le cas que lorsque les indicateurs économiques du pays seront moins bons. Une récession se profile justement pour le premier se mestre de l'année prochaine. pmi

Inquiétude des cantons

La BNS mène des discussions avec la Confédération et les cantons quant à la délicate question de la distribution de ses bénéfices aux deux collectivités publiques. Le 14 janvier, la banque centrale avait averti qu'au vu de la situation du moment les versements devaient être renégociés. Les 2,5 milliards prévus au titre de l'exercice 2010 seront versés, ainsi que le dividende de 1,5 million pour les actionnaires. Dès 2012 toutefois, l'attribution sera réduite dans le meilleur des cas, suspendue dans le pire. La perspective inquiète les cantons, la manne constituant en moyenne 2% des budgets. ats


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