02.12.2017, 00:01

Des skis suisses à la conquête du monde

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Les skis Stöckli existent depuis 1935 et sont devenus le principal producteur en Suisse.

 02.12.2017, 00:01 Des skis suisses à la conquête du monde

Par Sevan Pearson

SPORTS D‘HIVER L’entreprise Stöckli, située à Malters (LU), vient d’accroître ses capacités de production et regarde l’avenir avec confiance.

Alors que les sommets sont devenus blancs, les skieurs trépignent d’impatience. Parmi eux, certains possèdent des skis Stöckli. L’entreprise du même nom fait partie des derniers fabricants suisses. Son usine est située à Malters, dans la campagne lucernoise. Au prix de quelques entorses au 100% «Swiss made», Stöckli met près de 50 ...

Alors que les sommets sont devenus blancs, les skieurs trépignent d’impatience. Parmi eux, certains possèdent des skis Stöckli. L’entreprise du même nom fait partie des derniers fabricants suisses. Son usine est située à Malters, dans la campagne lucernoise. Au prix de quelques entorses au 100% «Swiss made», Stöckli met près de 50 000 paires de skis chaque année sur le marché, ce qui en fait le principal producteur en Suisse.

Ayant modernisé et agrandi son usine entre janvier et mars 2017, pour un investissement de quatre millions de francs, l’entreprise compte conquérir de nouveaux marchés. «Près de 50% de nos skis s’écoulent à l’étranger, particulièrement en Autriche, en Italie, aux Etats-Unis, en Allemagne et en France», indique Marc Gläser, directeur de la firme depuis 2014. Un autre marché semble prometteur: l’Asie. «Pour le moment, nous exportons environ 10% de notre production vers ce continent. Nous espérons doubler cette part d’ici cinq ans. Les Jeux olympiques d’hiver de 2022, en Chine, pourraient y contribuer.»

Du passé vers le futur

L’histoire débute en 1935. Josef Stöckli, un menuisier du village voisin de Wolhusen, s’amuse à développer ses propres skis. Très vite, à la suite du succès rencontré auprès de ses amis qui ont testé ses lattes, il se lance dans sa propre production. Doté d’un esprit très inventif et bricoleur, il innove dès le début en utilisant différents types de bois.

En 1986, pour faire face à la demande, l’usine est déplacée à Malters. L’entreprise prend alors une nouvelle dimension. Depuis 1994, elle est présente auprès de l’équipe de Suisse de ski. «Les victoires d‘Urs Kälin ou de Tina Maze (réd: une skieuse slovène), chaussés de skis Stöckli, contribuent à faire davantage connaître la marque», explique le directeur.

Très fier du succès de l’entreprise, Marc Gläser regarde vers l’avenir et s’est fixé un objectif ambitieux: «Nous voulons être la meilleure marque de ski au monde d’ici 2035, année du centième anniversaire de l’entreprise.» Pour ce faire, Stöckli a notamment investi «dans les capacités de production et dans les infrastructures (toilettes, douches, salles de repos)».

La protection de l’environnement n’est pas en reste. «Nous venons d’investir près d’un demi-million de francs dans deux installations. L’une permet d’économiser l’eau lors du ponçage du bois et l’autre de récupérer un maximum de poussières de différents matériaux, que nous recyclons ensuite.» Et les économies d’énergie? «Nous ne sommes pas pionniers dans le domaine», reconnaît le directeur. «Nous utilisons beaucoup d’électricité, et il est important qu’elle soit avant tout bon marché.»

Un modèle qui marche

Alors que la plupart des fabricants suisses de ski ont disparu, quel est donc le secret de la longévité de l’entreprise Stöckli? «Il n’y en a pas», glisse avec un sourire Marc Gläser. Un peu plus chères que la concurrence étrangère, les lattes de la firme suisse s’adressent à un public averti. «Près de 2,7 millions de Suisses pratiquent le ski et apprécient d’avoir du matériel fabriqué dans notre pays», estime le directeur. «Nous visons avant tout le segment premium, entre l’entrée de gamme et le grand luxe.»

Cette philosophie se retrouve dans la politique de distribution, plutôt sélective. Les skis Stöckli ne sont disponibles à la vente ou à la location que dans 60 magasins en Suisse, dont 15 appartiennent à la marque. Le succès est au rendez-vous, puisque ces trois dernières années, la croissance moyenne annuelle a été de 5%.

Une autre stratégie consiste à s’équiper de machines ultraperformantes permettant de réduire les coûts de production et d’augmenter la qualité. «L’innovation est également importante pour nous», ajoute Marc Gläser. L’entreprise collabore de manière intense avec les Ecoles polytechniques fédérales de Lausanne et de Zurich, ainsi qu’avec plusieurs Hautes Ecoles spécialisées, afin d’améliorer la performance des skis.

«Swiss made», un slogan

Mais l’entreprise n’échappe pas à une délocalisation partielle. Les skis pour enfants débutants sont produits dans l’Union européenne, «selon nos spécifications», assure Marc Gläser. Visiblement, il ne souhaite pas en dire plus. Impossible donc de connaître les pays dans lesquels ces lattes sont produites. De même, sur les 50 000 paires produites annuellement, aucune information ne filtre sur la part fabriquée à l’étranger.

Quant aux matières premières, elles sont issues de différents pays. «Les matériaux employés proviennent de Suisse, quand c’est possible», indique le directeur. Même si la majeure partie du bois est helvétique, une partie doit être importée d’Allemagne et d’Autriche, tandis que des essences plus rares, tel le bambou, viennent de pays éloignés, notamment de Chine. Quant à la colle, elle est amenée du Japon. «En revanche, nous travaillons les matériaux nous-mêmes», insiste Marc Gläser.

L’entreprise emploie un total de 250 personnes, auxquelles s’ajoutent 150 collaborateurs à temps partiel. La majorité provient de la région. Stöckli investit également dans la relève, puisqu’elle forme 30 apprentis, dont neuf se spécialisent dans la fabrication de skis. «Notre entreprise est vraiment très suisse», assène le directeur.

La «technique du sandwich»

Loin de se limiter à de simples lattes en bois, les skis impliquent un processus complexe de fabrication. Daniel Baumgartner, directeur de production chez Stöckli, entame la visite guidée. Un schéma montrant les différentes couches nécessaires à la production d’un ski accueille les visiteurs à l’entrée de l’usine. «Nous appliquons à tous nos modèles la technique de fabrication du sandwich, qui est la plus raffinée et la plus chère», explique le directeur. Différentes strates (jusqu’à dix) sont ainsi superposées. Outre une latte en bois aggloméré, des couches d’aluminium et de fibres de verre sont ajoutées. «Cela améliore la maniabilité du ski», ajoute Daniel Baumgartner. «Et le choix du bois varie, il est plus lourd pour les skis de compétition», précise-t-il encore.

Le processus de fabrication commence par la préparation des différents matériaux, qui sont enduits de colle des deux côtés. Après de trois à cinq jours de séchage, les couches sont pressées une à une à 135 degrés. «Ensuite, un ouvrier taille les skis, afin qu’ils prennent leur forme», indique le directeur de production. Suit alors une étape cruciale: l’ajout de la semelle, qui doit assurer une bonne tenue sur la neige, ce qui implique un travail de ponçage. De même, les arêtes sont ajoutées sur les côtés des skis. Enfin, intervient l’impression en sérigraphie, qui donne aux lattes leur design. «Le processus complet de production dure de 17 à 18 jours», conclut Daniel Baumgartner.


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