03.08.2015, 09:02

Credit Suisse biffe 2000 emplois

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Confronté à un Environnement difficile et à la vigueur du franc, Credit Suisse a vu son bénéfice net chuter de moitié au 2e trimestre à 768 millions de francs. Afin de préserver sa rentabilité, le numéro deux bancaire helvétique va aussi réduire ses coûts et biffer 2000 emplois.

En Suisse, les mesures d'économies entraîneront la suppression de 500 emplois, a détaillé hier Credit Suisse, lequel employait à fin juin 50 700 collaborateurs au total. Contacté par l'ats, le porte-parole de l'établissement, Marc Dosch, a indiqué que la banque n'envisage pas de prononcer de licenciements.

«Le personnel concerné pourra bénéficier d'un programme interne de recherche d'emploi et de formation s'étendant sur plusieurs mois. Une partie des salariés touchés par les mesures de réduction des coûts pourront aussi retrouver un emploi à l'interne en fonction des fluctuations naturelles», a poursuivi Marc Dosch.

Si la coupe vise toutes les activités de l'institut en Suisse, les mesures d'économies dans leur ensemble se focaliseront sur la division de la banque d'affaires, Investment Banking, a précisé le chef des finances du groupe, David Mathers. Une unité qui est venue plomber la performance de Credit Suisse au 2e trimestre.

Economies estimées à un milliard

Le programme d'économies coûtera à la banque entre 400 à 450 millions de francs en 2011, dont 142 millions ont été comptabilisés au 2e trimestre. «Estimés à un milliard, les gains résultant de ces initiatives seront pleinement réalisés durant l'année 2012», a pour sa part relevé à Zurich Brady Dougan, le patron de Credit Suisse. Outre des taux d'intérêt stagnant à un bas niveau, l'Américain a relevé que la performance trimestrielle de la banque a souffert de vents contraires.

Désécurisés par une évolution conjoncturelle devenue incertaine avec la crise de l'endettement, la clientèle a réduit son activité à mesure que son aversion au risque s'est accrue.

Evoquant un trimestre difficile, Brady Dougan a aussi fait part d'une période marquée par des marchés financiers volatils et illiquides. A l'image du numéro un bancaire helvétique UBS et de l'ensemble du secteur bancaire, Credit Suisse traverse une période délicate.

UBS, qui a aussi annoncé mardi une chute de son bénéfice net de près de moitié à un milliard de francs au 2e trimestre, se prépare à de nouvelles suppressions de postes.

L'établissement, qui n'a toutefois pas dévoilé l'ampleur des coupes, veut économiser 1,5 à 2 milliards au cours des deux à trois prochaines années.

Sanction du marché

La sanction des investisseurs n'a pas tardé, le titre Credit Suisse cédant vers midi à la Bourse suisse plus de 3%, dans un marché en repli de quelque 1%. Les analystes, qui tablaient selon le consensus de l'agence financière AWP sur un bénéfice net de 1 milliard de francs, n'ont pas non plus caché leur déception.

Illustrant l'appréciation du franc, les effets de changes ont pesé à hauteur de 348 millions de francs sur le bénéfice avant impôts, lequel s'est monté à 1,1 milliard. «L'impact d'une variation de 10% du taux de change entre le franc et le dollar sur le résultat annuel avant impôts se chiffre à 375 millions», a expliqué David Mathers, chef financier.

Dans le détail des divisions, la banque d'affaires a vu son résultat avant impôts plonger de 71% à 231 millions de francs. Au regard des trois premiers mois de l'année, ce montant s'inscrit en repli de 83%.

Private Banking, division qui englobe la gestion de fortune internationale (Wealth Management Clients) et les affaires avec la clientèle commerciale et institutionnelle en Suisse, a mieux résisté.

Le résultat avant impôts a fléchi de 4% par rapport au 2e trimestre 2010 à 843 millions de francs. Hors effets de change, il a même bondi de 20%.

Afflux de capitaux

Asset Management, la division de la gestion d'actifs, a en revanche fortement amélioré son résultat avant impôts à 202 millions de francs, contre 22 millions un an auparavant. Jugées solides par Brady Dougan, les entrées nettes de fonds se sont au total hissées à 14,3 milliards de francs, dont 11,5 milliards pour Private Banking. ats

La deuxième banque suisse plus mal lotie qu'UBS aux Etats-Unis

Trois ans après le début de l'affaire UBS, Credit Suisse est la cible d'une enquête du Ministère de la Justice américain.

Scott Michel et Lawrence Horn, avocats de clients d'UBS et de Credit Suisse, estiment que la situation de la deuxième banque helvétique est plus grave que celle de la première. «Les allégations très graves contre Credit Suisse portent sur une gamme plus étendue de comportements qui dépasse le cadre d'un complot contre le fisc et concerne un champ plus large d'activités criminelles», affirme Scott Michel du cabinet Caplin & Drysdale à Washington.

«Ce ne sont pas seulement des allégations selon lesquelles une banque a ouvert des comptes dont elle savait qu'ils ne seraient pas déclarés, mais des allégations selon lesquelles la banque a menti à la Réserve Fédérale, détruit des archives relatives à des comptes, aidé des gens à tenter d'échapper au filet de l'enquête et fourni à des clients des services bancaires sans licence», explique cet avocat qui représente une trentaine de clients de la banque. Ce dernier ainsi que Lawrence Horn, du cabinet Sills, Cummis & Gross à Newark, notent que les mesures prises sur moins d'une semaine par les autorités américaines laissent présager une inculpation de la banque elle-même.

L'évolution de l'environnement juridico-politique depuis le scandale UBS complique la situation de Credit Suisse. Début juillet, le Tribunal Fédéral suisse a décidé que Berne avait agi légalement en ordonnant à UBS de livrer ses clients américains aux autorités de leur pays. À Washington, le climat politique marqué par le marasme économique est de mauvais augure pour Credit Suisse. «Il n'y a aucune sympathie au sein du gouvernement américain pour ceux qui ne paient pas leur part dans un contexte de problèmes budgétaires», observe Me Horn.

Du reste, le gouvernement américain semble vouloir agir vite contre Credit Suisse pour consacrer ses ressources à un problème d'évasion fiscale qui va au-delà de la Suisse, au vu de ses enquêtes ailleurs en Europe ainsi qu'en Asie. Le fait que le procureur ait présenté les nouveaux inculpés au tribunal fédéral d'Alexandria, en Virginie, reflète ce désir car ce tribunal est réputé pour sa justice rapide.

Les enquêteurs bénéficient aussi des renseignements fournis par des clients de Credit Suisse qui coopèrent en échange d'un plafonnement de pénalités. «Plusieurs sont interrogés par le Service des impôts, certains sont mes clients, et cela va continuer», confie Me Michel.

Rapportées par la «Sonntagzeitung» et Reuters, les rumeurs de rupture des négociations entre Berne et Washington en vue d'un accord-cadre sur les questions fiscales sont démenties par l'ambassade. «La Suisse mène des négociations avec les autorités américaines (…) et n'a pas de commentaire sur leur déroulement», indique la porte-parole Salomé Ramseier. Mais l'avocat Michel pense qu'une rupture des négociations «aurait un impact négatif pour Credit Suisse, dans le sens où les procureurs sentiraient qu'ils peuvent vraiment y aller à fond.»

Face à ce climat défavorable et au risque de perte de licence que Credit Suisse encourrait aux Etats-Unis en cas d'inculpation, la banque a intérêt à coopérer et à faire amende honorable, selon les avocats Horn et Michel.

«Credit Suisse fera comme UBS, elle passera un accord avec les autorités américaines, elle paiera des millions de dollars d'amende et elle livrera un certain nombre de ses déposants», prédit même Lawrence Horn. «Il n'y a pas d'échappatoire car la banque veut continuer à opérer aux Etats-Unis», poursuit cet avocat.

marie-christine bonzom - swissinfo.ch


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