D'encombrants déchets nucléaires

Alors que le monde politique s'interroge sur la sortie du nucléaire, la question de la gestion des déchets revient sur le devant de l'actualité.
03 août 2015, 08:50
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39

L'imposant portail de la galerie de s?curit? se referme derri?re le 4x4 blanc de Swisstopo. Log? dans la montagne qui surplombe la commune jurassienne de Saint-Ursanne, le Projet Mont Terri vit sa quinzi?me ann?e. Au c?ur des plis de roches argileuses qu'emprunte, ? une quarantaine de m?tres, le tunnel de la Transjurane, chercheurs et techniciens testent, exp?rimentent, mesurent, analysent. Objet de toute leur attention, l'argile ? Opalinus, du nom des mollusques fossilis?s qu'elle renferme. N?e de la s?dimentation des d?p?ts marins il y a environ 180 millions d'ann?es, cette roche est ?tudi?e sous toutes les coutures. Pression, perm?abilit?, chaleur, propri?t? autocicatrisante... rien ne semble laiss? au hasard dans la montagne jurassienne. Et pour cause, l'argile ? Opalinus est pressentie pour accueillir ? terme l'ensemble des d?chets nucl?aires du pays.

?Mais aucun d?chet nucl?aire ne sera stock? ? Saint-Ursanne?, rassure Paul Bossart, directeur du Projet Mont Terri, chapeaut? par Swisstopo. Six autres sites sont en effet pr?s?lectionn?s pour accueillir d'ici 2030-2040 (sc?nario le plus optimiste), les d?chets radioactifs du pays (voir infographie). Un encombrant paquet qui ?dort?, pour l'heure, dans des entrep?ts s?curis?s situ?s aux abords des centrales nucl?aires ainsi que dans deux d?p?ts interm?diaires centraux dans le canton d'Argovie.

R?versibilit? ? d?montrer

Pr?sent? comme la solution id?ale par la Nagra (soci?t? coop?rative regroupant les exploitants de centrales nucl?aires), le concept d'enfouissement en couches g?ologiques profondes des d?chets nucl?aires ne satisfait pas tout le monde. ?Plus on avance et plus la Nagra semble dire qu'une fois les d?chets enfouis il suffira de reboucher, laisser pousser le gazon et oublier l'histoire?, lance Sabine von Stockar, de la Fondation suisse de l'?nergie. ?Mais que cela soit pendant la construction ou par la suite, nous allons ?tre confront?s ? des probl?mes impr?vus. On ne peut pas se reposer sur un concept sans retour.?

Inscrite dans la loi, la r?versibilit? du projet doit effectivement encore ?tre d?montr?e par la Nagra, confirme Heinz Sager responsable de la communication pour la Nagra. De m?me que les modalit?s li?es aux travaux d'enfouissement, de stockage, de surveillance ainsi que les conditions d'acc?s au site doivent ?tre pr?cis?es. ?Le percement d'un acquif?re (r?d: une roche qui peut contenir une nappe d'eau souterraine) par une rampe d'acc?s ? faible d?clivit? pourrait s'av?rer probl?matique?, note par exemple Paul Bossart. ?Un puits vertical limiterait cependant les risques.?

?D'autres questions mettent en question la s?curit? d'un futur stockage?, insiste Sabine von Stockar. ?La Nagra ne cesse de nous dire que nous avons le temps, mais ces questions doivent ?tre prises en compte d?s aujourd'hui.? Du c?t? des exploitants de centrales, Heinz Sager, assure que la s?curit? est une priorit? et que les r?sultats des ?tudes men?es sur le site de Saint-Ursanne sont pris en consid?ration. ?Tous les partenaires ?changent les r?sultats. Nous prenons en compte tout ce qui est important.?

Etudi? depuis une vingtaine d'ann?es d?j?, le concept d'enfouissement propos? par la Nagra doit encore passer par le cap d'une longue s?rie d'?valuations (?ventuel d?but des travaux estim? ? 2021). A commencer par une premi?re d?cision du Conseil f?d?ral bouclant l'?tape 1 (sur trois) de s?lections des sites et qui devrait tomber ? l'automne. En parall?le, cantons et commission de s?curit? nucl?aire sont aussi appel?s ? se prononcer. De mani?re consultative cependant.

La stabilit? conf?r?e ? l'argile ? Opalinus par plusieurs de ses caract?ristiques physico-chimiques la fait appara?tre aux yeux de certains comme la ?moins mauvaise des solutions?. Sa tr?s faible perm?abilit? est ainsi r?guli?rement mise en avant. ?Les infimes traces d'eau que l'on retrouve dans cette roche sont tr?s riches en sel. Celui de la mer qui recouvrait une partie de l'Europe au moment de la formation de l'argile ? Opalinus?, explique Paul Bossart, directeur du Projet Mont Terri. ?Cette eau y est toujours pi?g?e 180 millions d'ann?es plus tard. C'est dire si cette roche est "imperm?able".?

Autre qualit? de l'argile ? Opalinus, son pouvoir autocicatrisant. ?Cette argile gonfle en pr?sence d'eau et r?pare elle-m?me les atteintes qu'elle pourrait subir?, note Paul Bossart. Le sp?cialiste explique toutefois que, selon les essais men?s ? Saint-Ursanne, cette propri?t? tend ? dispara?tre au-del? d'une temp?rature de 90 degr?s. ?Le concept d'enfouissement doit en tenir compte. Une distance suffisante, 40 m?tres au minimum, devra ?tre conserv?e entre les diff?rents f?ts entrepos?s afin d'?viter, ? la suite d'un ?ventuel accident, une surchauffe excessive de la roche.?

Selon Sabine von Stockar, de la Fondation suisse de l'?nergie, un autre probl?me existe: ?celui de la corrosion de l'acier des f?ts et de la formation de gaz?. ?Ce sont des ?l?ments qui doivent effectivement ?tre observ?s de pr?s?, confirme Paul Bossart. ?L'utilisation de cuivre ou encore mieux de porcelaine en lieu et place de l'acier pourrait ?tre une solution. Cela doit cependant ?tre ?tudi?. Il est par ailleurs vrai que si la roche offre de nombreuses garanties, l'enveloppe technique (r?d: f?t et environnement direct) doit ?tre am?lior?e.?

A noter encore que les argiles, par leur pouvoir de sorption, retiennent naturellement une partie des radionucl?ides, uranium et plutonium notamment. ?Ils ne peuvent ainsi pas se retrouver dans la biosph?re via un processus de diffusion mol?culaire (r?d: comparable au sachet de th? dans l'eau chaude).? Au contraire de l'iode qui voyage, par exemple. ?Mais ce processus est tr?s lent, on parle ici d'un million d'ann?es.? / yhu


Plus de renseignement sur:
www.d?chetsradioactifs.ch
www.energiestiftung.ch
www.nagra.ch
www.mont-terri.ch

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