Point de vue de Nicolas Rousseau: «Cachez ces mèches que je ne saurais voir!»

Selon un mollah, «les cheveux attiseraient le désir de l’homme, les cacher en libérerait la femme», rapporte Nicolas Rousseau, poète, essayiste et chroniqueur. Comme d’autres personnalités locales, nous l’invitons à s’exprimer régulièrement sur des sujets d’actualité.
04 déc. 2019, 12:00
/ Màj. le 04 déc. 2019 à 15:07
«Les femmes qui portent le voile ne réduisent-elles pas à une seule dimension l’espace du dialogue que leur entourage pourrait avoir avec elles?», interroge Nicolas Rousseau.

Un récent séjour en Iran: toutes les femmes doivent porter le voile, y compris les touristes. Celles qui l’enlèvent en public sont arrêtées. Une Vaudoise, élue à la tête d’une association musulmane: elle revendique le droit de porter un foulard qui lui enserre la tête. Là-bas un signe d’oppression, ici une liberté? Je m’interroge.

Un mollah que je consultais me répondit que se voiler équivalait à un geste de pudeur: les cheveux attiseraient le désir de l’homme, les cacher en libérerait la femme. Cette dernière, une simple victime potentielle du regard concupiscent des mâles, eux-mêmes toujours animés de pulsions incontrôlables? Curieux féminisme!

Autre question: celles qui ici se voilent veulent être reconnues comme des adeptes de leur religion, elles signent leur appartenance à une communauté. Mais ce faisant, ne réduisent-elles pas à une seule dimension l’espace du dialogue que leur entourage pourrait avoir avec elles? Leur liberté se limiterait-elle donc à celle d’afficher une croyance, sans autres orientations à envisager? Leur Dieu voudrait-il vraiment un tel rétrécissement de leur personnalité?

Se désigner ostensiblement comme croyant, n’est-ce pas là un geste de faiblesse?

Qu’une religieuse porte un habit, rien à redire, elle montre ainsi à qui elle a consacré sa vie. Mais si toutes les femmes l’imitaient, quelle uniformité! Le monde profane se réduirait à une seule couleur, souvent le noir! 

Dernière interrogation: des théologiens m’ont appris que la foi relevait d’un acte personnel et intime. Se désigner ostensiblement comme croyant, n’est-ce pas là un geste de faiblesse? Je me sens peu sûr de mon choix, aux autres de me le confirmer!

Je ne conteste pas aux femmes le droit d’arborer en public divers signes extérieurs de leur religion; mais qu’elles me reconnaissent aussi celui de voir là un certain appauvrissement de la liberté féminine, du lien social, de l’espace public, de la vraie spiritualité même, de celle qui se vit sans avoir besoin de se montrer.