Point de vue de Denis Müller: «L’interdit de tuer, une protection pour chacun»

L’euthanasie active directe pose un problème en soi plus profond et plus radical que l’assistance au suicide, estime le théologien et éthicien Denis Müller. Comme d’autres personnalités locales, nous l’invitons à s’exprimer régulièrement sur des sujets d’actualité.
14 oct. 2019, 12:00
/ Màj. le 14 oct. 2019 à 12:00
L'euthanasie active, sous quelle que forme que ce soit, est le fait d'un médecin ou d'un soignant.

Régulièrement, des questions surgissent dans notre société au sujet de l’euthanasie active directe d’une part, de l’assistance au suicide d’autre part. Il convient de ne pas confondre ces deux pratiques. L’euthanasie concerne la médecine; si elle a lieu, elle est le fait de médecins ou de soignants (infirmières notamment). L’assistance au suicide, au contraire, n’est jamais un acte médical, même si, dans la forme actuellement légalisée en Suisse, elle passe techniquement par l’assistance médicamenteuse procurée par une ordonnance médicale.

Dans le premier cas, c’est le soignant, médecin ou infirmière, qui «donne la mort», dans le second, il s’agit d’un suicide, effectué par un sujet malade, librement décidé à en finir, et qui demande à un médecin de lui fournir le médicament adéquat.

L’euthanasie active directe, à laquelle je me limiterai dans la suite de cet article, pose un problème en soi plus profond et plus radical, comme l’a montré le récent procès du Dr Christian Mathez à Lausanne. Le tribunal n’a finalement condamné le médecin de Pully qu’à deux ans de prison avec sursis, au lieu des cinq ans demandés par le procureur Cottier.

Chaque médecin doit savoir qu’il encourt le risque d’une condamnation.

Le médecin généraliste était accusé d’avoir administré une dose létale de poison à sa patiente, sans avoir suffisamment vérifié les conditions d’approbation de cette dernière et de ses proches. Mon intention n’est nullement de discuter ici en détail les arguments respectifs de l’accusé, du procureur et des juges.

Il me semble important de relever un point qui a fait l’objet d’une vive réaction des médecins vaudois après le verdict. Le motif ayant conduit les juges à atténuer la peine réside dans la compassion évidente dont a fait preuve le médecin. Certains en ont bien vite déduit qu’il fallait changer la loi.

Mon point de vue est diamétralement opposé: c’est parce que la loi actuelle existe que l’euthanasie active directe peut apparaître comme une faute morale répréhensible et que chaque médecin doit savoir qu’il encourt le risque d’une condamnation pénale pour un tel acte. Des circonstances atténuantes peuvent toujours être prises en compte, comme on le voit dans le cas d’une compassion évidente.

Mais la compassion n’efface pas la faute, de même que l’amour n’abolit jamais la possible légitimité du tribunal. C’est une question de morale sociale: la vie de chacun doit demeurer objet permanent d’attention et de protection.