Covid et information: étroit passage entre deux écueils

Yves Sandoz, professeur honoraire de droit international humanitaire revient sur la contestation de faits avérés dans le contexte de la crise sanitaire.
20 oct. 2021, 14:00
/ Màj. le 22 nov. 2021 à 12:21
FOTOMONTAGE, Computertaste mit der Aufschrift Fake News und  Biogefährdungszeichen, Symbolfoto für Coronavirus-Falschmeldungen  (KEYSTONE/CHROMORANGE/Christian Ohde)D Lausanne. Le championnat Suisse de football est actuellement suspendu


Il existe aujourd’hui un très large consensus scientifique sur le fait que le vaccin est la meilleure barrière contre le Covid. Cela n’a pas empêché un professeur de l’Université de Neuchâtel de défendre ceux qui refusent le vaccin «sans entrer dans le controversé débat» sur son efficacité, ce qui revient à peu près à défendre une thèse en géographie sans entrer dans la controverse sur le fait que la terre est ronde.

Même au niveau académique, on se laisse donc influencer par des élucubrations répandues sur les réseaux sociaux qui provoquent la contestation non plus seulement des décisions politiques mais des faits, même largement démontrés, sur lesquels reposent celles-ci.

Les contre-vérités qui ont circulé à propos du Covid nous font comprendre que la Suisse n’est pas à l’abri

L’on a constaté avec effarement à quel point cette dérive avait affecté l’élection de Trump, sa présidence et la contestation de sa défaite. Les contre-vérités qui ont circulé à propos du Covid nous font comprendre que la Suisse n’est pas à l’abri de telles dérives, qui mettent en danger la démocratie.

Pourtant, et précisément dans le souci de défendre la démocratie, la Cour suprême des Etats-Unis était allée très loin dans la défense de la liberté d’expression, craignant avant tout que le contrôle de l’Etat ne fausse le jeu démocratique.

Et cela non sans raison quand on voit tant de dictatures écraser toute source d’information qui les dérange, à l’image des sinistres «ministères de la vérité» décrits prophétiquement par George Orwell dans «1984».

L’expression de Charybde en Scylla (en cherchant à éviter un mal, on risque de tomber sur l’autre) et ici parfaitement illustrée. Reste donc à trouver l’étroit passage entre ces deux écueils. Une presse libre et diversifiée, une prise en compte systématique des acquis scientifiques et, tout de même, un contrôle plus sérieux des réseaux sociaux et du pouvoir exorbitants de leurs gestionnaires sont en tout cas des pistes à suivre pour ce faire.

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