Les vestiges aseptisés de Frédéric Clot

02 août 2015, 18:02
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39

Gigantesques villes blanches intemporelles, endroits déserts vides de présence, personnages sans regard, silence à la fois serein et insolite? Que s'est-il donc passé? Un sentiment étrange pénètre le visiteur intrigué, tel le témoin d'un événement passé ou en train de se faire, dès son entrée dans l'univers fascinant du peintre Frédéric Clot. A la fois fantomatiques et aseptisées, ses créations opalines hantent somptueusement la galerie Ditesheim jusqu'au 14 juin encore.

Le silence qui baigne les ?uvres de cet artiste de nationalité suisse et résidant à Lisbonne nous permet de ressentir la profonde solitude contenue dans cette création. Ainsi, vides de leurs habitants, ses «villes blanches» laissent place à des endroits quasi surréels, livrant l'architecture aseptisée de leurs bâtiments dans leur plus grande nudité. C'est l'instant que ce jeune artiste autodidacte semble avoir choisi, s'imprégnant du paysage à un moment unique, où tout semble à la fois présent et effacé,

Ajustées à un chromatisme opalin et onirique, ses cités intemporelles semblent s'inscrire dans des échelles improbables, pures expressions de mégapoles défuntes, exhibant des lieux abandonnés, comme remplis d'histoires passées, aujourd'hui, vides de présences? Comme victimes du temps, ces fantomatiques esquisses d'immeubles aux traits parfois gommés, parfois affirmés sont rehaussées irrégulièrement par de légères touches de couleur verte. Par l'amplification expressionniste du trait, l'angoisse et la solitude qui prennent forme sur la toile deviennent celles du spectateur. Cette réalité abîmée ou menacée semble toucher également les figures, aux contours incertains ou effacés et aux regards occultés. Seuls transparaissent les visages et parfois les mains, tels deux pôles atteignant leur paroxysme d'expressivité, à l'instar de l'?uvre «Autoportrait en plein soleil», 2007 (photo sp).

Tension psychologique ou tension liée à l'acte de la création dont les mains seraient l'outil d'exécution, l'organe qui traduit l'activité mentale sous une forme matérielle. Sa facture est empâtée et blanchâtre, les touches larges dissolvent parfois les formes et créent des effets de turbulence. Mais c'est la vigueur, l'élégance et la précision de son trait qui laissent particulièrement pantois. Les quelques coups de «gomme» achèvent de créer cette incertitude intense à la fois sereine et angoissante. Hors du temps, hors des normes, cette création paradoxale est empreinte d'un mystère silencieux dont on ne sort pas indemne!

Neuchâtel, galerie Ditesheim, jusqu?au 14 juin