La radiologie en plein essor sur le site de La Chaux-de-Fonds

Le développement de l’imagerie médicale du RHNe se traduit par une spécialisation par zone du corps à l’hôpital de La Chaux-de-Fonds. Avec, à la clé, un effectif médical doublé et de nouveaux équipements.
18 oct. 2021, 14:00
/ Màj. le 18 oct. 2021 à 14:00
Les radiologues Karen Kinkel et Julien Cohen, respectivement spécialistes du sein et du thorax, dirigent le Service d'imagerie médicale de l'hôpital de La Chaux-de-Fonds.

Le service d’imagerie est au cœur d’un important projet de développement à l’hôpital de La Chaux-de-Fonds. Son équipe médicale a été étoffée dans le but de passer d’une activité généraliste à une spécialisation par zone du corps. Elle est dirigée par les radiologues Karen Kinkel et Julien Cohen, respectivement spécialistes de l’imagerie du sein et du thorax, tous deux issus d’hôpitaux universitaires.

Plusieurs radiologues ont été recrutés depuis le début de l’année pour renforcer les filières sur les deux sites de soins aigus du Réseau hospitalier neuchâtelois (RHNe). L’effectif a doublé à l’hôpital de La Chaux-de-Fonds, où un nouveau scanner a été installé dans le courant de l’été. En parallèle, les horaires d’accès à l’IRM et scanners ont été élargis pour diminuer les délais d’attente. Afin de remédier à cette augmentation d’activité, le support opérationnel des radiologues de l’hôpital Pourtalès, à Neuchâtel, joue également un rôle essentiel.

«Pour schématiser cette évolution, toutes les prestations étaient effectuées auparavant par des radiologues généralistes. Maintenant nous pouvons compter sur des radiologues de formation générale avec une spécialisation dans un ou deux organes. Dans la mesure du possible et hors urgences, les images sont lues par le radiologue expert de l’organe», expose la Dre Kinkel. «C’est une plus-value importante pour les médecins prescripteurs qui veulent pouvoir obtenir des réponses détaillées à partir des images».

«Avec Karen, on ne fait pas le même métier!», lâche avec une pointe d’ironie le Dr Julien Cohen pour illustrer la spécialisation de la radiologie. «Dans nos domaines respectifs, nous ne travaillons pas avec les mêmes appareils: elle utilise plutôt l’IRM et l’échographie et moi, le scanner et la radiographie.»

L’imagerie médicale englobe la radiographie, l’échographie, le scanner, l’IRM ou encore la médecine nucléaire… Or, «plusieurs techniques sont applicables à un même organe, mais avec des résultats différents. Nous pouvons dès lors aider le médecin prescripteur à choisir le procédé le plus approprié, en fonction de la pathologie», précise le radiologue.

«Par exemple, si on nous envoie une patiente pour un scanner lors d’une suspicion de cancer de l’utérus, nous recommanderons plutôt un IRM, plus adapté à cette situation.» La Dre Kinkel relève aussi que «l’on nous demande parfois des examens très spécialisés qui ne sont pas forcément nécessaires. Dans ces cas, nous appelons le médecin pour lui suggérer une solution alternative.»

Mammographies en 3D

Exit les anciens mammographes: des machines dernier cri, capables de produire des images en 3D, seront installées à l’hôpital de La Chaux-de-Fonds en décembre et à l’hôpital Pourtalès en avril. «Nous passerons de 4 à 90 images par patiente et serons aidés par un logiciel d’intelligence artificielle», détaille la doctoresse. «Le potentiel de détection sera ainsi amélioré de l’ordre de 20 à 40%!»

Cet équipement s’avère nécessaire en vue du prochain renouvellement de la certification du Centre du sein, à La Chaux-de-Fonds, également centre de référence pour les hôpitaux de St-Imier et Delémont. Pour obtenir l’accréditation, les exigences ont été revues à la hausse (mise à jour de la prise en charge psychologique, imagerie, formations complémentaires, etc..) avec une kyrielle de critères additionnels à mettre en place. «C’est un gros challenge», résume la radiologue.

L’imagerie du thorax porte sur un nombre important de maladies à partir des images en coupe des structures des poumons, os, tissus mous, muscles, vaisseaux sanguins ainsi que du cœur et de la plèvre… Le rôle du spécialiste consiste à détecter les pathologies, les localiser et les identifier. Une conséquence de l’arrivée du Dr Cohen, c’est qu’un plus grand nombre de cancers du poumon sont dépistés qu’auparavant. Le spécialiste effectue également de la radiologie interventionnelle thoracique, prélèvements et drainages par exemple. Côté cœur, il réalise notamment des scanners des coronaires pour des patients à faible risque cardiaque qui souffrent de douleurs thoraciques.

Eviter la chirurgie

Le service d’imagerie compte aussi un spécialiste du système uro-digestif qui effectue des échographies abdominales et de la radiologie interventionnelle digestive (ponctions, drainage). Des gestes pratiqués avec une aiguille, sous anesthésie locale et en ambulatoire.

Pour les problèmes d’os et de tendons, il y a plusieurs radiologues experts du domaine ostéo articulaire qui réalisent des infiltrations (rachis, épaule, coude…).

L’équipe comprend également un spécialiste de l’imagerie oto-rhino-laryngologique et du cerveau. «Les échographies de la thyroïde, c’est assez pointu», explique la doctoresse, en relevant que les problèmes thyroïdiens sont fréquents dans la région.

Les radiologues pratiquent des gestes thérapeutiques «simples» à l’hôpital de La Chaux-de-Fonds, comme les drainages d’abcès sous scanner ou échographie. Ils travaillent en introduisant une aiguille (ou un petit tuyau), en se guidant avec l’image. «Nous pouvons voir à l’écran si nous devons passer entre deux organes pour poser un drain ou injecter des médicaments. Procéder ainsi peut éviter la chirurgie», rapporte la Dre Kinkel. «Autrefois, il fallait opérer et retirer une partie du sein en cas d’abcès de la poitrine. C’est moins lourd aujourd’hui: les patientes sont traitées ambulatoirement en radiologie. Nous effectuons des drainages puis un traitement d’antibiotiques.»

La satisfaction d’un pneumologue

Selon la FMH, presque tous les centres radiologiques de Suisse emploient des sous-spécialistes en neuroradiologie et radiologie pédiatrique depuis les années 60. Au fil des décennies, d’autres domaines s’y sont ajoutés tels que la radiologie interventionnelle, la radiologie musculo-squelettique, la radiologie de la tête et du cou, ainsi que l’imagerie cardiovasculaire, thoracique ou urogénitale.

Pneumologue en ville de La Chaux-de-Fonds, le Dr Jean-Paul Ketterer se dit très satisfait de l’arrivée du spécialiste de radiologie thoracique à l’hôpital. «L’énorme intérêt pour nous, c’est de pouvoir travailler avec un professionnel d’excellence que même certains hôpitaux universitaires nous envieraient», réagit-il.

«Quand je lis un rapport de scanner du Dr Cohen, ses descriptions s’accompagnent toujours d’hypothèses diagnostics précises, qui souvent se confirment lors de la poursuite des investigations. Ses connaissances spécifiques en radiologie thoracique sont impressionnantes.» Le pneumologue salue aussi le fait qu’il peut aisément appeler le spécialiste pour discuter du résultat des examens.


par Brigitte Rebetez