«Big Crunch»: l’émotion théâtrale et musicale en expansion à Neuchâtel

L’amitié, la fêlure, l’ultime singularité où tout ce qui a été créé s’achève… avant un nouveau départ. «Big Crunch», c’est tout cela. Et tout le reste!
07 févr. 2020, 12:30
/ Màj. le 07 févr. 2020 à 12:30
Quatre amis se retrouvent après s'être perdus.

Ça s’appelle comédie musicale, parce que des acteurs – magnifiques – jouent et chantent en solo et en chœur et qu’il faut classer les œuvres dans un genre. Mais ça casse les frontières, pour donner au public – qui a salué la représentation, jeudi 6 février, au théâtre du Passage, à Neuchâtel, par une standing-ovation –, un moment d’intense vérité émotionnelle et artistique.

Musique d’exception

Cette émotion, on la ressent à travers les histoires de vie d’une jeunesse dont les repères, dans un univers en expansion ou en contraction, doivent s’inventer. C’est la symbiose d’un texte et d’une musique d’exception, pensés à quatre mains – les paroles des chants sont d’ailleurs cosignées – et pensés pour les cinq comédiens. Des artistes qui ont l’âge des personnages et forment, comme eux, une bande d’amis.

C’est «Friends» en chanson, mais avec la profondeur, les ratés, les vies parallèles au lieu de sa vie, la mort en plus. Et le message inspiré par l’astrophysique, tellement simple devant l’amie mourante: «Les étoiles disparues nous illuminent». Une synergie donc entre ces talents formant une constellation.

En construction ou en déroute

Renaud Delay a le rare don de susciter l’émotion par cinq notes égrenées au piano, par une rythmique entêtante donnant envie de danser ou de disparaître, par la rencontre inattendue de deux accords soutenant des lignes vocales qui épousent ces personnages en construction ou en déroute.

Un piano et un violoncelle qui forment un orchestre: il y a des filiations diverses, avec Michel Berger ou Joe Hisaishi (Miyazaki), mais surtout une vraie personnalité musicale, au service du récit doux-amer de Daniel Vuataz. D’un récit qui par la force de cette équipe – Frédéric Ozier à la mise en scène, avec Frédéric Brodard, Aude Gilliéron, Vincent Gilliéron, Constance Jaermann et Kim Nicolas – va profondément nous bouleverser.

Alexandre Traube